Faux médicaments : prendre la « pleine mesure » de cet enjeu de santé publique

Le nouvel Envoyé spécial du ministère des Affaires étrangères et européennes chargé de la lutte contre les médicaments falsifiés, Thierry le Lay, est l’un des intervenants du colloque sur le trafic de faux médicaments organisé le 15 octobre par la Mutualité Française. Cet ancien commissaire divisionnaire de la police nationale, ex directeur général à la mairie de Paris, était auparavant numéro deux de la mission interministérielle chargé de la reconstruction d’Haïti.

Vous venez d’être nommé Envoyé spécial du ministère des Affaires étrangères et européennes chargé de la lutte contre les médicaments falsifiés : en quoi consiste ce nouveau poste ?

Thierry Le Lay – Au plan national, il s’agit de contribuer à l’élaboration des positions de la France en facilitant, le plus en amont possible, une étroite coordination entre les ministères concernés : Affaires étrangères et européennes, Santé et Sports, Outre-mer et Collectivités territoriales, Intérieur, Enseignement supérieur, Budget, Comptes publics, Réforme de l’Etat et Recherche. Je dois également veiller à entretenir un dialogue et un suivi étroit avec l’ensemble de nos partenaires : associations, fondations, industries pharmaceutiques.

Par ailleurs, dans le cadre international, ma mission consistera en liaison avec les directions du ministère à mobiliser notre réseau diplomatique afin de sensibiliser les dirigeants des pays concernés et de les amener à prendre la pleine mesure de ce fléau. Je devrai également porter cette problématique dans les enceintes européennes et internationales (OMS, Interpol, OIF..).

Quelles sont vos priorités ?
Thierry Le Lay – Depuis ma prise de fonction, j’ai engagé la consultation de tous les acteurs afin de définir un cadre national d’intervention approprié, pour lutter contre la diffusion et les trafics de médicaments falsifiés. Ma seconde priorité sera de sensibiliser les organisations internationales et l’ensemble des pays émergeants et pays en voie de développement par un plaidoyer au plus haut niveau.

Il faut bien mesurer que le trafic de médicaments falsifiés est un fléau aussi grave que le trafic de drogue ! Il draine des capitaux frauduleux dans des proportions comparables. Et avec des conséquences tout aussi dévastatrices ! Dans les pays pauvres, ce sont en effet des centaines de milliers d’hommes, de femmes mais aussi d’enfants qui trouvent la mort chaque année en croyant se soigner.

Derrière ce marché, se cachent des organisations qui réalisent des bénéfices considérables, sans prendre beaucoup de risques, car les institutions répressives ne disposent pas de l’arsenal juridique nécessaire pour lutter efficacement contre ces activités criminelles.

Que peut-on attendre d’un colloque sur le trafic de faux médicaments ?
Thierry Le Lay – En rassemblant un grand nombre d’experts, une telle manifestation ne peut que contribuer à faire émerger une action collective forte favorisant une prise de conscience de la communauté internationale. Regardez l’écho reçu par l’appel de Cotonou lancé il y a un an par la Fondation Jacques Chirac ! Ce type de plaidoyer politique permet aux dirigeants de prendre la pleine mesure de cet enjeu international de santé publique. Pour cette raison, je suis heureux de voir le président de la Mutualité Française, Jean Pierre Davant, engager le mouvement mutualiste dans ce combat. Son expertise sera beaucoup appréciée notamment dans les pays qui ne disposent pas de système de protection sociale efficients. Je n’oublie pas non plus l’engagement très important de la fondation Pierre Fabre.

Propos recueillis par Sabine Dreyfus