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Faux médicaments : le Pr Marc Gentilini dénonce un « trafic odieux »

Mut’écho consacre sa "une" au fléau des faux médicaments dans le monde. Le mensuel publie une interview du Pr Marc Gentilini, délégué général de la Fondation Chirac. L’ancien président de la Croix-Rouge française plaide pour un renforcement des contrôles de qualité et une meilleure information des malades. Extraits de cet entretien.

En tant que délégué général de la Fondation Chirac pour l’accès aux médicaments et à une santé de qualité, vous êtes investi dans la lutte contre les faux médicaments. Quelle est la situation au niveau mondial ?

Marc Gentilini – Nous vivons dans une société perverse. Tous les moyens sont bons pour trouver de l’argent ! Après le trafic des armes, très rentable et destructeur, il y a eu celui des drogues, puis un commerce plus sophistiqué, celui des contrefaçons des marques de luxe. Le dernier-né est celui des faux médicaments. Ce trafic odieux se développe sans aucune contrainte, car il n’existe ni loi ni barrières économiques.
Quand une personne achète de la drogue, elle le fait en toute connaissance de cause, ce qui n’est pas le cas lorsqu’un malade acquiert à son insu un faux médicament. Il pense à tort qu’il le soignera. Or ces substances falsifiées sont à l’origine de meurtres programmés ! Le principe actif du faux médicament peut être surdosé, sous-dosé, voire inexistant… Certains produits contiennent même des substances toxiques ! Et le plus souvent, les victimes sont les patients des pays pauvres, où la santé représente la deuxième dépense du foyer. Nous devons donc nous battre pour que les plus démunis bénéficient d’un accès aux soins pour une santé de qualité.

Quels risques les patients encourent-ils ?

Marc Gentilini – Le décès est le risque extrême. Un faux sirop de paracétamol a fait plusieurs centaines de morts en Haïti en 1996, au Panama en 2006 et au Nigeria en 2009. Lors de sa préparation, le glycérol avait été falsifié et remplacé par du diéthylène glycol, un réfrigérant. Les autres risques sont multiples. On assiste fréquemment à des intoxications aiguës ou encore à la non-guérison d’infections chroniques. La plupart des patients sous dialyse de l’hôpital de Cotonou doivent leur condition à la consommation de faux médicaments. Ceux-ci peuvent accentuer aussi le développement des résistances aux antibiotiques dans des pays où les ruptures de traitements sont déjà fréquentes.

De quels moyens les Etats disposent-ils pour lutter contre ce fléau ?

Marc Gentilini – Le Conseil de l’Europe a élaboré une convention intitulée Medicrime. Elle devrait être signée par les 47 ministres des Affaires étrangères des Etats membres, en novembre prochain ou, au plus tard, en mars 2011. Ce texte punit pénalement le commerce de produits de santé falsifiés, ce qui est un grand pas en avant. Il encouragera les sanctions dissuasives et introduira des mesures de prévention et de protection des victimes.
En outre, nous attendons beaucoup des suites de l’appel de Cotonou lancé en octobre 2009 par Jacques Chirac. Ce plaidoyer politique et mobilisateur visait à montrer que des centaines de milliers de vies pourraient être sauvées chaque année si les médicaments utilisés étaient de bonne qualité et correctement prescrits. A l’heure actuelle, nous avons récolté une quarantaine de signatures d’Etats qui s’engagent à agir.
Pour assainir le marché, nous promouvons aussi la création d’un laboratoire de contrôle des médicaments par Etat, la formation de ceux qui seront en charge de ce contrôle et la mise en place d’une gouvernance multidisciplinaire sur le sujet : police, douane, professionnels de santé.

Propos recueillis par Paula Ferreira