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Allergies : reconnaître une intolérance alimentaire

Mal connues du grand public, les intolérances alimentaires sont difficiles à diagnostiquer. Leurs symptômes englobent des réactions allergiques à certains aliments, mais aussi d’autres mécanismes qu’il est important de distinguer des allergies. Seul traitement possible : éviter ces aliments.

Qu’entend-on exactement par "intolérance alimentaire" ? "C’est un terme général qui correspond à des mécanismes allergiques ou non, mais qui ont l’apparence des allergies, expose la Dre Martine Morisset, allergologue à l’hôpital universitaire de Nancy (Meurthe-et-Moselle). La communauté scientifique préfère parler d’“hypersensibilité”. Les patients font des petits malaises, présentent des démangeaisons ou des rougeurs sur tout le corps. Ils peuvent aussi avoir des troubles digestifs."

Moins de lactose
Le lait s’inscrit au premier rang de ces aliments qui tantôt provoquent de vraies allergies, tantôt une intolérance non allergique. L’allergie aux protéines de lait se traduit par des diarrhées et un mauvais développement chez le nourrisson. Elle doit être distinguée de l’intolérance au lactose, qui concerne 10% des adultes. "Celle-ci est liée à un déficit en lactase, explique la Dre Morisset. La personne n’a plus cet enzyme, qui permet de couper le lactose. Non digéré, il fermente dans le tube digestif, ce qui provoque des douleurs dans le ventre, des diarrhées et des maux de tête."

Il faut alors éliminer le lait de vache et de chèvre de sa consommation, ou bien se tourner vers des laits à teneur très réduite en lactose. Les yaourts et les fromages, fermentés en particulier, contiennent moins de lactose que le lait.

La maladie cœliaque touche une personne sur 300
Il est fréquent d’évoquer également l’intolérance au gluten, la partie protéique de la farine des céréales. "A ce terme, nous préférons celui de “maladie cœliaque”, ce qui permet de bien la différencier de l’allergie à la farine du blé, précise l’allergologue. Les patients ont des manifestations digestives en consommant la farine du blé, mais aussi d’autres céréales qui contiennent du gluten, comme l’orge, le seigle, l’avoine – même si elle en contient moins –, et le kamut également, contrairement à ce qui est dit parfois." Le kamut est le nom commercial du blé de Khorasan cultivé aux Etats-Unis et au Canada.

Fréquente, la maladie cœliaque touche une personne sur 300 en France. Chez le petit enfant, elle peut se traduire par des troubles du développement staturo-pondéral, c’est-à-dire la croissance sur le plan de la taille et/ou du poids. Constipation, anémie inexpliquée, fatigue et même parfois troubles neurologiques et douleurs articulaires peuvent être des symptômes associés à la maladie. Le diagnostic est établi à partir d’une prise de sang qui met en évidence certains anticorps et d’une endoscopie digestive.

"Il est nécessaire de faire ces examens pour ne pas confondre la maladie cœliaque avec l’allergie à la farine de blé, poursuit la Dre Morisset. Cette dernière peut provoquer aussi des troubles digestifs. Elle se traduit également par des réactions d’allergie communes, comme l’urticaire, des œdèmes, des crises d’asthme. C’est le rôle de l’allergologue de faire la différence. Mais dans les deux cas, le traitement est le même : l’éviction. Il faut cesser de manger des aliments qui contiennent de la farine de blé ou du gluten."

Rougeurs et démangeaisons
Il est courant de parler d’allergie au poisson lorsque surviennent des rougeurs et des démangeaisons après en avoir mangé, mais là encore il peut s’agir d’un autre mécanisme. "Ces symptômes apparaissent en particulier après la consommation de poissons à chair rouge, comme le thon", fait remarquer la Dre Morisset.

Lorsqu’ils ne sont pas conservés dans de bonnes conditions et que la chaîne du froid se trouve rompue, une prolifération bactérienne a pour conséquence d’enrichir le poisson en histamine, la substance libérée lors d’une réaction allergique. Les effets sont les mêmes : on devient rouge, on se gratte. "En réalité, il s’agit d’une intoxication alimentaire. Le travail de l’allergologue est justement de distinguer réaction allergique et intoxication alimentaire ponctuelle", précise-t-elle.

"Alors que les allergies alimentaires explosent – elles concernent 3% de la population générale et 4 à 8% des enfants –, les intolérances d’origine non allergique demeurent stables", conclut Martine Morisset.

Corinne Renou-Nativel