Un sans-abri sur dix n’a aucune couverture sociale

En France, 10% des sans-abri ne bénéficient d'aucune protection sociale et 25% n'ont pas de complémentaire santé, indique une étude publiée le 17 novembre par l'Institut de veille sanitaire. De ce fait, ils recourent moins aux soins malgré "un mauvais état de santé, physique et psychique".

En France métropolitaine, le nombre de sans domicile fixe (SDF) est estimé à 141.500, dont 10% ne disposent d'aucune couverture sociale. Ces données résultent d'une enquête menée en 2012 auprès des personnes fréquentant les services d'hébergement ou de distribution de repas, et publiée le 17 novembre par l'Institut de veille sanitaire (InVS).
Les sans-abri interrogés déclarent, pour près de la moitié d'entre eux, "bénéficier de la couverture maladie universelle (CMU), tandis que 29% se disent couverts par la Sécurité sociale et 8% par l'aide médicale d'Etat (AME) qui s'adresse à toute personne étrangère en situation irrégulière", précise le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH).

Autre enseignement : un quart des sans domicile fixe (SDF) ne dispose pas de complémentaire santé. Cette proportion est un peu plus faible parmi les sans-abri français (22%) mais atteint près de 30% chez les sans domicile étrangers.

Une situation qui renforce les difficultés d'accès aux soins de cette population déjà marginalisée. Si neuf SDF sur dix ont consulté un médecin au cours de l'année écoulée, l'InVS déplore un "moindre recours tant au médecin qu'au dentiste pour les sans domicile sans couverture complémentaire santé" (voir graphique).

Recours au médecin et au dentiste d'un sans-abri selon sa couverture santé

Recours au médecin et au dentiste d'un sans-abri selon sa couverture santé

Ce phénomène, qui augmente avec l'âge et concerne davantage les hommes, est "encore plus marqué pour ceux qui ne disposent d'aucune couverture maladie, parmi lesquels figure une part importante de sans domicile étrangers".

Des problèmes de santé bucco-dentaire majeurs

Un constat d'autant plus regrettable que les sans-abri sont touchés par un "mauvais état de santé, physique et psychique", poursuit l'InVS. Malgré leur jeune âge – 40 ans en moyenne –, les sans domicile jugent leur état de santé à peine "assez bon" (22%), voire "mauvais" ou "très mauvais" (23%), c'est-à-dire près de la moitié d'entre eux. Paradoxalement, l'InVS observe que les personnes les plus éloignées du système de soins sont aussi celles qui se disent en meilleure santé.

Parmi ceux qui ont des soucis de santé, un SDF sur quatre affirme être atteint de dépression. Les moins de 60 ans déclarent plus souvent une pathologie chronique ou durable (maladie respiratoire, tuberculose, diabète, migraine, VIH, etc.) que l'ensemble de la population, soit un taux de 33% contre 26%. Ils sont également davantage touchés par de "fortes limitations fonctionnelles", l'obésité ou, au contraire, un poids trop faible.

Par ailleurs, leurs problèmes de santé bucco-dentaire sont majeurs : près de 24% des sans domicile "déclarent être en partie édentés et 7% l'être totalement ou presque". Des résultats à mettre en parallèle avec les 7% des sans-abri témoignant n'avoir "jamais vu de dentiste" et les 36% n'ayant pas bénéficié de soins dentaires "depuis au moins deux ans".
Enfin, sans pouvoir déterminer un taux de mortalité en raison de sources non exhaustives, l'InVS a toutefois évalué à 6.730 le nombre de décès des sans domicile entre début 2008 et fin 2010, ce qui représente plus de 2.000 morts par an.

L'étude de l'Institut de veille sanitaire (InVS)

Paula Ferreira

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)