Le cholestérol : quand s’en méfier ?

Il est vital. Pourtant, le cholestérol a mauvaise réputation. Trop de cholestérol dans le sang augmente les risques de maladies cardiovasculaires comme les infarctus du myocarde. Quand faut-il le craindre et chercher à le réguler ? Tout dépend du patient…

Le cholestérol, ami ou ennemi ? Les deux, en réalité ! Mais sa mauvaise réputation a tendance à faire oublier ses bienfaits. Le cholestérol n’est pas juste utile, il est vital. Il compose la membrane des cellules de notre corps.

Le cholestérol représente pourtant une menace. En excès dans le sang, cette graisse se dépose pour partie sur la paroi des artères. Elle fait courir le risque d’infarctus ou d’accidents vasculaires cérébraux. A quel moment s’en méfier ? Question délicate…

Une prise de sang dès 18 ans
Une hypercholestérolémie se montre par nature très discrète. “Il n’y a pas de signes”, résume le Pr Jean Ferrières, cardiologue au CHU de Toulouse. “Tout adulte de 18 ans doit avoir une prise de sang pour évaluer son cholestérol”, recommande-t-il. Le bilan lipidique est à renouveler tous les 5 ans si tout va bien.

Dans l’idéal, le taux de cholestérol total est inférieur à 2 g/l. Mais il n’est pas toujours un indicateur très fiable. “De nombreux patients disent “je n’ai pas de cholestérol, donc ça va” ; or, leur taux de bon cholestérol est trop bas”, constate le Pr Ferrières. Ce qui peut être aussi préjudiciable qu’un taux de mauvais cholestérol élevé…

Le bon et le mauvais
Le cholestérol total se décompose en effet en HDL-cholestérol et LDL-cholestérol, les fameux “bon“ et “mauvais“ cholestérols. Tandis que le mauvais cholestérol (LDL) favorise l’obstruction des artères, le bon (HDL) joue, lui, un rôle d’épurateur.

Le HDL-cholestérol se situe idéalement entre 0,4 à 0,6 g/l. Le LDL-cholestérol est normalement compris entre 1 et 1,6g/l. Les chiffres s’interprètent différemment d’un patient à l’autre cependant. Ce n’est pas parce que vous avez trop de cholestérol que forcément, vous risquez un infarctus.

"On traite un ensemble de facteurs"
“On ne traite pas un facteur de risque isolément mais un ensemble de facteurs”, explique le Pr Pierre Ambrosi, cardiologue à Marseille. Une personne diabétique et fumeuse avec un taux de cholestérol autour de 2g/l pourra se voir proposer un traitement.

En revanche, “il n’y a pas d’intérêt à donner un traitement à une femme de 35 ans qui a 2,8 g de cholestérol mais qui ne présente aucun autre facteur de risque cardio-vasculaire”, poursuit-il.

Un régime avant tout
En principe, le traitement ne doit être prescrit qu’après avoir respecté au moins six mois de régime. “On peut parfois obtenir des résultats tout à fait spectaculaires en diminuant les apports d’acides gras saturés”, insiste le Dr Laurent Chevallier, nutritionniste à Montpellier.

Attention toutefois à ne pas ranger tous les acides gras saturés dans le même panier : ”Certains sont plus athérogènes que d’autres”. C’est-à-dire qu’ils favorisent davantage la formation de plaques sur la paroi des artères.

Des efforts pas toujours récompensés
Vincent, un Lyonnais de presque 30 ans, surveille ainsi son assiette. Une prise de sang a révélé chez lui un LDL-cholestérol de 1,9 g/l vers 22 ans. Depuis il réfléchit à deux fois avant de craquer pour du fromage ou du saucisson dont il est très friand. ”Un jour ou l’autre, il faudra que je prenne des statines mais le plus tard sera le mieux.”

Malheureusement, même un régime bien suivi ne dispense pas toujours de médicaments. Thérèse qui habite près d’Angers, a toujours eu “une certaine aversion pour les graisses”, confie-t-elle. Pourtant, vers 55 ans, son médecin lui a découvert un taux de cholestérol de 3 g/l, en plus d’une hypertension artérielle. Aujourd’hui, elle suit un traitement médicamenteux.

Moins de médicaments
“Nous sommes très inégaux face au régime”, reconnaît le Pr Ambrosi. “Quand le taux de cholestérol dépasse les 3 g/l, “il est néanmoins illusoire de croire que la diététique va faire des miracles”, alerte le Pr Ferrières. Question de génétique.

La diététique reste incontournable malgré tout, insistent les Drs Françoise Dauchy et Patrick Bautier dans “Sauvegardez vos artères”. Au moins, “elle permet de diminuer les doses de médicaments”.

Sandra Jégu

Glossaire

Hypercholestérolémie. Augmentation anormale du taux de cholestérol dans le sang.
Lipide. Corps gras non soluble dans l’eau. Le cholestérol fait partie des lipides.
Triglycérides. Ce sont aussi des lipides. Ils constituent la majeure partie des lipides alimentaires mais aussi des lipides de l’organisme stockés dans le tissu adipeux. Le taux de triglycérides varie normalement entre 0,5 et 1,5 g/l. Une triglycéridémie élevée doit retenir l’attention car elle est souvent associée à une hypercholestérolémie, à du diabète, au tabagisme…
Statines. Ces médicaments inhibent la synthèse du cholestérol par le foie.