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Maladies chroniques : bâtir la prise en charge à partir des besoins

La prise en charge médicale, médico-sociale et sociale doit être construite à partir des besoins des patients et non à partir de l'offre existante, préconise le Conseil économique, social et environnemental (Cese) dans un avis adopté le 11 juin 2019 sur les maladies chroniques.

Le système de santé et son mode financement doivent être adaptés au défi des maladies chroniques (diabète, asthme, insuffisance rénale chronique, maladies cardiovasculaires, cancers, etc), estime le Conseil économique, social et environnemental (Cese) dans un avis adopté à l'unanimité le 11 juin 2019.

"Les maladies chroniques concernent aujourd'hui plus de 20 millions de personnes en France. Conséquence du vieillissement de la population, du développement des expositions aux pollutions, ou encore de certains comportements, leur progression est constante et toutes les projections confirment qu'elles continueront de toucher un nombre croissant de Français et Française à l'avenir", rappelle le Cese.

Transition épidémiologique

"La hausse considérable de la prévalence des maladies chroniques est le signe d'une transition épidémiologique, et donc d'un changement profond dans les besoins de santé des populations, imposant une transformation d'ampleur de notre système de soins. C'est autour de ce constat que la section des affaires sociales et de la Santé a préparé l'avis", a indiqué le Dr Michel Chassang, co-rapporteur, lors de la présentation de ce texte.

Ainsi, le Cese émet des préconisations basées sur trois axes principaux : la prévention primaire, l'amélioration de la pertinence des soins et la fluidité des parcours, et enfin, la vie avec la maladie. "Cet avis s'inscrit dans la continuité de l'ensemble des travaux du Cese sur les politiques sanitaires, qu'il s'agisse des addictions au tabac et à l'alcool, de la fin de vie, des élèves en meilleure santé, des déserts médicaux ou du prix des accès aux traitements médicamenteux innovants", a énuméré Etienne Caniard, membre du groupe de la Mutualité Française au Cese.

Prise en charge médico-sociale

"Ce qui me semble important est le fil directeur entre tous ces travaux, et plus particulièrement la valeur ajoutée de la Mutualité Française dans ce cadre qui montre bien la nécessité de complètement inverser la construction de notre système à travers un regard prospectif. Il ne faut plus partir de l'offre en disant qu'elle va guider les besoins car, par définition, l'offre est toujours en retard sur la réalité des attentes des patients par rapport au progrès médical", explique-t-il.

Pour l’ancien président de la Mutualité Française, la transition épidémiologique et la chronicisation des maladies implique de passer "d'une approche exclusivement médicale à une approche plus transversale", en construisant "une prise en charge médico-sociale et sociale à partir des besoins des patients et des patientes". Ce prérequis est énoncé dans l'une des propositions visant à améliorer la vie avec la maladie, via le développement de l'autonomie et de la participation du patient. Plusieurs préconisations ont en effet pour but de "concrétiser la reconnaissance de la place du patient et des proches aidants", "lutter contre la désinsertion professionnelle" et "évoluer vers une société plus inclusive", notamment via la garantie du droit à emprunter ou le développement d'appartements de coordination thérapeutique, de lits de halte de soins et de lits d'accueil médicalisés.

En matière de prévention, le Cese recommande "un rapprochement plus fort entre les ministères de la Santé et de l'Environnement qui devraient se voir conjointement confier la mission de définir, mettre en œuvre, évaluer et contrôler en toute indépendance une politique publique de prévention des maladies chroniques", indique Anne-Gautier, co-rapporteure de cet avis.

Information fiable et compréhensible

Cette démarche institutionnelle visant à mieux organiser une action collective cohérente va de pair avec une action sur les comportements individuels. Pour mettre en œuvre une prévention efficace, la population doit pouvoir accéder à "une information transparente, fiable et compréhensible". Il importe de renforcer les formations initiales des professionnels de santé et de l'accompagnement social et médico-social sur le plan de l'annonce et du suivi des maladies chroniques. Bien entendu, l'éducation thérapeutique du patient doit aussi trouver sa place dans cette politique de formation afin de permettre au patient d'être acteur de sa santé.

Pour améliorer la prise en charge et fluidifier les parcours des patients, le Cese préconise d'accélérer le déploiement du dossier médical partagé (DMP) en proposant "systématiquement son ouverture au moment de l'annonce de la maladie, comme premier outil d'une relation de transparence, de confiance et d'échanges".
Par ailleurs, le Cese réclame une meilleure organisation de la prise en charge pluridisciplinaire, en simplifiant la mise en œuvre de projets de regroupement ou de coordination, en renforçant la pratique de contractualisation entre les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) et d'autres structures médicales, sociales et médico-sociales, et en accélérant le déploiement de la télémédecine.

Paula Ferreira

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)