La prévention, une priorité pour la Mutualité Française
La prévention est érigée en « bataille de la décennie » dans le rapport « Charges et produits » de la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) pour 2027. C’est aussi une priorité de santé pour les mutuelles. La prévention doit être considérée comme une prestation de santé à part entière, explique Pascale Vatel, représentante de la Mutualité Française au conseil de la Cnam.
Chaque année, la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) remet au gouvernement et au Parlement un rapport intitulé « Charges et produits ». Comme son nom l’indique, il analyse les dépenses et les recettes de l’Assurance maladie. Ce rapport comprend également des propositions visant à améliorer la qualité et l’efficience des soins et à maîtriser les dépenses de santé. Le dernier en date, publié en juillet 2026, fournit de nombreuses orientations pour élaborer le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2027. La Mutualité Française siège au Conseil de la Cnam. Elle a contribué au rapport « Charges et produits » pour 2027 et présenté ses propositions, notamment en matière de prévention sur lesquelles revient Pascale Vatel, présidente de la commission santé-prévention au conseil de la Cnam pour la Mutualité Française.
Pouvez-vous expliquer l’enjeu de la prévention pour la santé de demain ?
Nous évoluons dans un environnement économique et politique incertain. L’Assurance maladie accuse un déficit record : 15,9 milliards d’euros en 2025 et 13,8 milliards attendus en 2026. Les inégalités sociales et territoriales de santé se creusent, tandis que les besoins liés au vieillissement, aux maladies chroniques et au changement climatique augmentent fortement. Un chiffre à retenir : le nombre de personnes atteintes de maladies chroniques pourrait atteindre entre 27,7 et 30,4 millions en 2035, contre 25,6 millions en 2024 si nous n’agissons pas en prévention. Ces pathologies pourraient alors représenter près de 70 % des dépenses remboursées par l’Assurance maladie.
Il faut savoir que les bénéfices de la prévention sont considérables en qualité de vie pour la population. Ainsi une année supplémentaire d’espérance de vie sans incapacité représenterait 1,5 milliard d’euros d’économies en dix ans, selon la Cour des Comptes. Dans ce contexte, la Mutualité Française souhaite un investissement durable dans la prévention afin de passer d’un système qui finance principalement la production de soins à un système contribuant à maintenir la population en bonne santé. La prévention constitue un enjeu de santé publique. Pour 2027, elle apparaît comme une priorité plus clairement affirmée que dans les précédents rapports « Charges et produits ».
Quelles sont les mesures à retenir dans le dernier rapport ?
La Mutualité Française approuve la poursuite et l’amplification des mesures initiées en 2026 : augmenter les dépistages et la couverture vaccinale, faire reculer l’exposition aux facteurs de risque en luttant contre les addictions et la mauvaise alimentation. Cette année, elle se félicite aussi du renforcement de la prévention dans le parcours de santé des personnes âgées et de la prise en compte des spécificités des départements et régions d’outre-mer (DROM).
Les territoires ultramarins sont confrontés à d’importants défis sanitaires par rapport à la métropole. La santé mentale y apparaît plus dégradée, tout comme la prévalence du diabète qui est deux fois plus forte. Ils subissent également une exposition accrue aux produits nocifs, tel le chlordécone, un pesticide utilisé jusqu’en 1993 dans les bananeraies qui a pollué les sols, les rivières et le milieu marin aux Antilles.

Quelle prévention à l’avenir ? Avec quels outils ?
La Mutualité Française soutient une prévention plus précoce, personnalisée et évaluée. Pour y parvenir, elle souhaite que les données de santé anonymisées soient davantage accessibles aux mutuelles. Une demande partagée par l’ensemble des organismes complémentaires. Cela permettrait de mieux cibler les actions de prévention et d’adapter les programmes aux caractéristiques des territoires et des populations, notamment pour le dépistage des cancers ou la lutte contre l’obésité. Fortes de leur proximité avec leurs adhérents, les mutuelles pourraient ainsi mieux repérer et accompagner les personnes notamment les plus fragiles et celles éloignées des soins, à l’instar des personnes âgées ou en situation de précarité, afin de réduire les inégalités de santé.
Mon espace santé, le carnet de santé numérique sécurisé, permet de centraliser l’historique médical d’une personne et de lui transmettre des informations ou des rappels de prévention. Il comporte aussi des applications axées sur la prévention. Il se développe et doit de plus en plus devenir un outil au service de cet enjeu. Toutefois, cela implique que les patients et les professionnels de santé alimentent et consultent plus cet espace.
Par ailleurs, il faudrait plus d’échanges entre les différents acteurs et financeurs de la prévention, qui interviennent aujourd’hui de manière dispersée : Etat, Assurance maladie, complémentaires santé, agences régionales de santé. Avec ces différentes mesures, nous pourrions ainsi agir sur les déterminants de santé, comme le travail, le logement, l’environnement et la qualité de l’air. En effet, 80% des facteurs influant sur la santé sont extérieurs au système de santé.
Enfin, l’évaluation de la prévention apparaît aujourd’hui nécessaire pour définir les priorités. Dans ce but, le partenariat entre la Cnam et l’OCDE constitue une avancée majeure. Il vise à analyser le retour sur investissement des actions de prévention, dont le Nutri-Score, rendu « obligatoire » dans les recommandations du rapport « Charges et produits » pour 2027.
La Mutualité Française est le premier acteur privé en prévention. Quelles sont ses principales contributions pour 2027 ?
Pour la Mutualité Française, la prévention doit être reconnue comme une prestation santé à part entière. Elle doit être pleinement intégrée dans la formation et la rémunération des professionnels et de l’offre de soins. Les actions de prévention doivent être aussi reconnues comme des prestations pour les mutuelles. Aujourd’hui, elles sont comptabilisées dans leurs frais de gestion et non dans leurs prestations.
La Mutualité Française préconise de renforcer la prévention dès le plus jeune âge. En santé mentale, il faut développer les équipes pluridisciplinaires de repérage précoce et les maisons des adolescents. Autres priorités : reconnaitre les qualifications en prévention, professionnaliser l’activité sur le modèle des intervenants en activité physique adaptée. Cartographier les acteurs mobilisables sur le territoire en fonction des situations et développer la coordination entre eux.
Nous réclamons aussi qu’il n’y ait plus de dépassements d’honoraires pour les actes complémentaires en lien avec les dépistages organisés par l’Assurance maladie (mammographie, coloscopie). Ces frais supplémentaires, pour faire par exemple une échographie, sont un frein pour les patients.

Faut-il impliquer plus les patients ?
L’engagement actif des patients dans leur parcours peut effectivement être un levier d’amélioration de la qualité et de la pertinence des soins. En santé mentale, la Mutualité Française propose notamment de développer des réseaux de médiateurs santé pairs/patients experts qui pourraient expliquer les pathologies aux autres patients.
Comment les mutuelles s’engagent-elles au quotidien ?
En 2025, les acteurs mutualistes ont réalisé 27 000 actions de prévention en métropole et en outre-mer. Nous proposons des ateliers et des conférences sur l’alimentation et l’activité physique, la prévention des risques cardiovasculaires, le sommeil, la santé environnementale, le numérique et le bon usage du médicament. Nous soutenons les campagnes de vaccination de Santé publique France.
Par ailleurs, les mutuelles financent 40% de l’examen annuel bucco-dentaire M’T dents proposé entre 3 et 24 ans, pour créer une génération sans carie. Elles participent également à hauteur de 40%, aux côtés de l’Assurance maladie, à la prise en charge de Mon soutien psy, un dispositif qui permet aux personnes en souffrance psychique d’accéder à 12 séances remboursées chez un psychologue. Autre exemple : des formateurs mutualistes certifiés forment des citoyens aux premiers secours en santé mentale dans plusieurs villes de France.
Les mesures Prévention du rapport Charges et produits pour 2027
- Améliorer l’alimentation, notamment grâce à un Nutri-Score obligatoire sur les produits emballés et y ajouter une information sur le caractère ultra-transformé.
- Renforcer la prévention dans le parcours de santé des personnes âgées.
- Dépister les troubles visuels et du langage à l’école.
- Renforcer la détection et la prise en charge précoce des troubles de santé mentale chez les enfants et les adolescents.
- Prendre en compte les spécificités des départements et régions d’outre-mer (DROM) : en améliorant la participation aux dépistages précoces, en renforçant la prévention en matière de santé sexuelle auprès des jeunes ou encore en alignant les taux de sucre, plus importants dans les DROM, avec ceux des produits distribués dans l’Hexagone. Un moyen de réduire une obésité importante dans les territoires ultra-marins.
- Lutter contre les addictions (créer une « génération sans tabac » en interdisant la vente de cigarettes aux personnes nées après 2009).
- Mieux partager les tâches entre professionnels de santé, afin que les actions de prévention ne reposent pas uniquement sur les médecins.
- Permettre aux infirmiers de réaliser le dépistage précoce de la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO). La BPCO est une forme grave de bronchite qui provoque des dommages irréversibles des poumons. Actuellement, 70% des cas ne sont pas diagnostiqués.
La Mutualité Française promeut une réforme structurelle de la protection sociale
La Mutualité Française défend une réforme structurelle de l’organisation et du financement de la protection sociale, agissant à la fois sur les recettes et les dépenses, plutôt qu’une approche limitée aux transferts de dépenses de l’Assurance maladie vers les complémentaires santé et les patients, ainsi qu’une hausse des taxes et des franchises. Dans une tribune, Eric Chenut, président de la Mutualité Française, s’est adressé aux assurés sociaux, il les appelle à interpeller les parlementaires pour réclamer une baisse de la taxe sur les contrats de santé, la taxe de solidarité additionnelle (TSA).
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