croix

Veuillez effectuer une recherche.

Veuillez effectuer une recherche.

Inégalités sociales, inégalités environnementales : le cercle vicieux

La santé environnementale est le thème d'une journée de débats organisée par la Mutualité Française, le 28 septembre, à Nancy. Un ouvrage intitulé "Les inégalités environnementales" montre comment celles-ci sont corrélées avec les inégalités sociales.

S'adapter à son environnement n'est pas toujours, loin s'en faut, signe de bien-être. Chacun, selon ses ressources et le lieu de résidence qu'elles autorisent, fait de son mieux pour vivre. Voire pour survivre. Et la question mondiale du changement climatique est loin d'être la seule en jeu, explique la philosophe Catherine Larrère, dans "Les inégalités environnementales", ouvrage collectif qu'elle a coordonné (1).

Thème d'une journée de débats organisée par la Mutualité Française, le 28 septembre, à Nancy, la santé environnementale n'est pas exempte de profondes inégalités, à l'instar de la santé publique. Evoluer, faute de mieux, à proximité d'une décharge ou d'un site industriel chimique n'induit évidemment pas les mêmes conséquences qu'un mode de vie choisi dans un quartier cossu.

Ainsi, montre cet ouvrage, les inégalités environnementales se nourrissent des inégalités sociales et les populations les plus défavorisées sont les plus exposées aux activités polluantes ou sanitairement risquées. Dans sa Stratégie nationale de santé, présentée en 2013, le ministère de la Santé reconnaissait d'ailleurs que les facteurs sociaux et environnementaux pèseraient pour 80% dans la constitution des inégalités de santé "soit directement, soit indirectement par leur influence sur les facteurs comportementaux ".

Réclamer une "justice environnementale"

Comme le souligne Eloi Laurent, de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), "l'exposition environnementale n'est pas socialement neutre". Une récente étude, citée par cet expert, montre que "non seulement la présence d'incinérateurs est positivement corrélée à la présence de personnes à faibles revenus et d'immigrés, mais de surcroît les nouveaux incinérateurs sont installés à proximité des populations vulnérables et non l'inverse".

En France, ajoute-t-il en guise d'illustration, "pour 1% de population d'origine étrangère en plus, une commune voit augmenter de près de 30% la probabilité de voir s'installer sur son territoire un incinérateur". Cette situation aboutit à un cercle vicieux : "Les inégalités environnementales viennent renforcer les inégalités sociales, qui elles-mêmes attirent les inégalités environnementales", écrit Catherine Larrère.

Pour 2015-2020, la nouvelle "stratégie nationale de transition écologique vers un développement durable" vise à "prévenir, réduire les inégalités environnementales et sociales et territoriales". En vue d'une meilleure justice, enchaîne Eloi Laurent, l'ambition de ces mesures est censée "repérer, mesurer et corriger les conditions environnementales" d'existence.

Dans ce domaine, les Etats-Unis ont été précurseurs. Dans les années 1970-1980, des groupes de pression alertaient l'opinion publique sur les liens entre santé et environnement dégradé. Cela, pour réclamer une meilleure "justice environnementale" eu égard aux conditions de vie défavorisées des Afro-Américains.

Si le critère social est déterminant dans les inégalités environnementales, il n'est pas le seul en cause. En effet, l'air pollué émanant d'un périphérique de grande métropole n'est pas plus enviable pour la santé des habitants des HLM voisins, que les vapeurs de pesticides qui parviennent jusqu'aux demeures amènes et privilégiées des régions viticoles.

Adaptation à son environnement

Agir pour améliorer l'environnement n'est pas si simple. Cyria Emelianoff, professeure d'aménagement et d'urbanisme à l'université du Maine, considère qu'à l'heure actuelle, "la richesse et la pauvreté environnementales restent des impensées". En cause, en partie : "Le fait que les individus s'adaptent et s'attachent à une variété d'environnement [qui] masque sans doute une partie des problèmes." Les populations s'accoutumant à la qualité (ou la non-qualité) de l'air extérieur et intérieur de leur espace d'habitation, la réponse des pouvoirs publics demeure "encore inopérante".

Reste que les problèmes de santé persisteront, sinon s'aggraveront, si aucune résolution sur le thème de la sensibilité environnementale n'est concrètement prise. D'où la nécessité de mettre en place, comme le suggère Eloi Laurent, "un lien institutionnel permettant de rapprocher les études épidémiologiques qui relèvent des effets sanitaires des facteurs environnementaux et les travaux en matières de justice environnementale". En somme, une nouvelle institution à même "de produire en un temps relativement court un état précis des connaissances sur les inégalités environnementales.".

(1) Les inégalités environnementales, Catherine Larrère, La vie des idées et Puf, 2016.

Frédéric Lavignette

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)