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Robot Paro : un rapport évalue son usage en Ehpad

Onze établissements d'hébergement mutualistes pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) ont mené une étude scientifique sur l'usage du robot émotionnel Paro auprès de résidents souffrant de troubles cognitifs. Un rapport d'évaluation présenté le 24 octobre 2018 évoque des effets positifs sur "le comportement, le bien-être, voire le lien social" et sur la prise en charge de la douleur.

Comment utiliser l'intelligence artificielle au service des personnes âgées atteintes de troubles cognitifs ? Le robot Paro est l'illustration concrète des possibilités offertes en matière d'interactions émotionnelles. Ce petit phoque blanc est capable de communiquer des émotions de joie, de surprise ou de mécontentement, lors d'un contact avec une personne. Grâce à ses différents capteurs (son, toucher, positionnement…), il transmet des informations à un algorithme qui lui indique, en temps réel, comment adapter ses mouvements et son intonation.

Bien plus qu'un simple objet de distraction, ce robot a un effet positif sur la prise en charge de la douleur et sur "le comportement, le bien-être, voire le lien social des résidents" des établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), révèle le rapport Paro présenté le 24 octobre 2018 à la Mutualité Française.

Ce document rassemble les conclusions d'une expérimentation lancée en 2016 dans onze résidences mutualistes de la Loire et de la Haute-Loire. Cette initiative a été menée durant dix-huit mois à l'initiative de la Mutualité Française Loire-Haute-Loire Ssam (service de soins et d'accompagnement mutualistes), avec le soutien de la Mutualité Française et de la Fondation Paul Bennetot. Cette dernière a été créée en 2006 à l'initiative du groupe Matmut, sous l'égide de la Fondation de l'avenir, rappelle-t-on.

Triple étude en milieu médico-social

"Dans la littérature internationale, il n'y avait aucune étude sur ce type de robot émotionnel menée sur une population de résidents en Ehpad, qui soit significative sur la durée, avec une cohorte conséquente et respectant les critères de la recherche scientifique. Nous avons donc décidé de mener un vrai projet scientifique d'évaluation", explique Dominique Letourneau, président de la Fondation de l'avenir. "Si la robotique fait spontanément penser au secteur hospitalier, les robots constituent désormais une perspective de plus en plus forte dans le domaine médico-social, dont il fallait évaluer l'utilisation", ajoute-t-il.

L'enjeu de l'expérimentation était de mener une triple étude. Les deux premiers objectifs visaient, d'une part, à observer les usages ou non-usages du robot Paro et, d'autre part, à évaluer son impact émotionnel sur le lien social entre les résidents, le personnel soignant et les aidants. Troisième objectif : analyser "les possibles effets du robot sur la douleur induite par les soins chez les personnes âgées souffrant de troubles cognitifs", indique le rapport.

"Nous avons souhaité que l'évaluation ne repose pas uniquement sur les usages auprès des résidents, mais aussi auprès des équipes professionnelles. Nous avons insisté pour que soient notamment associés les médecins coordonnateurs, les infirmières, les aides-soignants, les directeurs d'Ehpad et bien sûr les familles", insiste Dominique Joseph, secrétaire générale de la Mutualité Française et présidente du comité de gestion du fonds de développement des Ssam.

Paro "éveille la curiosité"

Les résultats de cette triple étude font apparaître "des effets bénéfiques, tant sur la relation que sur la prise en charge médicale", poursuit le rapport. Ainsi, le robot Paro "permet de diminuer les manifestations douloureuses grâce à son effet distracteur vis-à-vis de la situation aversive de soins". Cela répond "à un réel besoin des équipes de soins accueillant des personnes avec démence", car il existe peu d'alternatives non-médicamenteuses pour soulager la douleur aiguë.

Par ailleurs, Paro facilite la communication, en favorisant "les échanges de regard, l'expression des émotions, l'usage du toucher et le rapprochement physique entre soignant et résident". Le phoque "attendrit, console, déclenche la parole, éveille la curiosité et l'intérêt des résidents". Pour autant, certains d'entre eux refusent le contact avec le robot, notamment en raison d'une phobie des animaux ou parce qu'ils craignent d'être infantilisés.

Compléter la relation avec le soignant

"L'acceptation du résident, l'appropriation par le soignant et/ou l'aidant, dans le cadre d'un environnement favorable, est un facteur clé du succès de Paro, qui ne doit pas perturber mais, au contraire, compléter la relation entre le résident et le soignant", note l'étude. Pour faire du robot Paro "un objet familier du quotidien" accepté de tous, l'étude recommande qu'une organisation et un pilotage appropriés accompagnent le déploiement de l'innovation.

L'étude précise également que l'usage du robot Paro apparaît "particulièrement utile à un personnel soignant expérimenté […], au sein de petites unités de vie". A cet égard, l'importance de la formation du personnel est soulignée.

"Cette évaluation scientifique, qui était nécessaire, pourra désormais servir à d'autres gestionnaires d'Ehpad éventuellement intéressés par ce robot, se félicite Dominique Joseph. Les enseignements et les recommandations permettront de faire des choix plus rapides et plus efficients, dans la mesure où les équipes n'auront pas à partir de zéro."

Paula Ferreira

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)