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Dre Irène Frachon : « Cessons d’infantiliser les usagers de santé »

Il aura fallu quatre ans de combats à la Dre Irène Frachon, pneumologue à l’hôpital universitaire de Brest, pour faire reconnaître les dangers du benfluorex, le principe actif du Mediator® de Servier. En marge de sa participation à la rencontre mutualiste "Médicament : ce qui doit changer", le 10 mai à Nantes, elle revient sur ce scandale et les leçons qu’on peut en tirer.

Avec le recul, quel regard portez-vous sur le scandale du Mediator ?
Dre Irène Frachon – J’ai été surprise des difficultés que j’ai rencontrées pour faire éclater la vérité. En particulier de l’aveuglement des autorités de santé, même après la parution de mon livre, en juin 2010. Le scandale n’a vraiment éclaté que plusieurs mois plus tard, en novembre, après une tribune du député et ex-cardiologue Gérard Bapt, exigeant des réponses de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) sur le Mediator®. Jusqu’alors, l’agence ne donnait pas l’impression d’avoir pris conscience des conséquences concrètes de santé publique occasionnées par ce médicament.
J’ai été étonnée par la pression qu’il a fallu exercer pour arriver à faire admettre officiellement l’existence d’un nombre potentiellement considérable de victimes à dépister et à informer. Si Gérard Bapt n’était pas tombé sur un article concernant la polémique autour du sous-titre de mon livre : "Combien de morts ?", s’il n’avait pas eu la curiosité de le lire et s’il n’était pas monté au créneau, rien de tout cela ne serait arrivé. Au moins cette affaire permettra-t-elle aux lanceurs d’alerte d’être mieux entendus… et crus !

Comment interprétez-vous les réactions des principaux impliqués ?
Dre Irène Frachon – Selon l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), les experts savaient que le benfluorex était un dérivé de fenfluramine, un anorexigène aux effets secondaires redoutables sur le cœur et les poumons. Pourquoi n’ont-ils pas réagi plus tôt ? J’aimerais bien le comprendre.
Pire : Servier savait, au moins depuis 1999, qu’il existait des cas de valvulopathie liés au benfluorex. Il avait toutes les cartes en mains pour le retirer de la vente dès cette époque mais il ne l’a pas fait ! Au contraire, le laboratoire a étouffé l’affaire, ce qui confine à une attitude de "pharmaco-délinquance" en lieu et place d’une pharmacovigilance responsable. Ses dirigeants ont beau jeu de rétorquer qu’on n’avait qu’à mieux les surveiller. Pour moi, le principal responsable, c’est d’abord celui qui a vendu ce produit en toute connaissance de cause. C’est à lui qu’incombe l’indemnisation du préjudice, sur le principe "pollueur-payeur". Mais c’est à la justice de dire si l’on peut identifier des coupables et décider d’éventuelles sanctions.

Après de tels scandales, comment redonner confiance aux usagers de santé ?
Dre Irène Frachon – En cessant de les infantiliser ! Il ne faut ni diaboliser, ni banaliser l’usage des médicaments, mais permettre à chaque personne de comprendre à quoi sert son traitement et quels effets secondaires il peut occasionner. Chacun doit pouvoir choisir en toute connaissance de cause. Le diable, c’est ce qu’on ne connaît pas : il y a, aujourd’hui, une exigence de transparence. Donnons aux gens l’ensemble des informations disponibles, dans un langage adapté et sans rien leur cacher. Il faudrait créer une base complète, indépendante et accessible au grand public. En résumé, il faut passer de la confiance aveugle à la confiance éclairée !

Propos recueillis par Alexandra Capuano