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Publié le 11/03/2010, Dernière mise à jour le 11/03/2010

La Journée nationale de l’audition (JNA) a lieu le 11 mars. Cette 13e édition a pour thème les nouveaux comportements d’écoute des adolescents et jeunes adultes, en particulier l’utilisation grandissante des baladeurs numériques. Cet usage concerne une population de plus en plus large, qui n’a pas toujours conscience des dangers qu’elle encourt.
Ils sont peu encombrants, de moins en moins chers et capables de stocker des heures de musique. Les baladeurs numériques ont bouleversé le comportement d’écoute des Français. Les adolescents et jeunes adultes en sont particulièrement friands : "Quand j’écoute un morceau sur la chaîne, ma mère me demande souvent de baisser le son", raconte Antoine, 13 ans. "Mais ce n’est pas le cas avec mon iPod".
En 1998, un arrêté a fixé le niveau sonore maximum des baladeurs à 100 décibels (dB) mais cette règle est contournable. "Les baladeurs vendus en France peuvent être débridés, et ceux qu’on trouve dans certains pays n’ont pas de limite", commente le Pr Christian Gélis, président de l’association JNA, organisatrice de la Journée nationale de l’audition du 11 mars.
Le Pr Gélis déplore également le "côté pervers" de cette réglementation : "Elle fait croire qu’un tel niveau n’est pas dommageable alors que le seuil de nocivité commence à 85 dB pour une écoute de longue durée. 100 dB, c’est à peu près le niveau sonore d’un marteau-piqueur !", déclare-t-il
10 millions de jeunes Européens risquent une perte auditive
C’est l’allongement de la durée d’écoute, favorisé par le format de compression MP3, qui génère le plus de danger. Or, selon une enquête commandée par l’association, les jeunes de 12 à 25 ans utilisent en moyenne leur baladeur plus de 1h30 par jour. Les 15-17 ans sont les plus accros avec plus de deux heures d’écoute quotidienne, dont au moins une heure d’affilée. "Et plus ils s’en servent, plus ils l’écoutent fort", constate le Pr Gélis. "L’oreille n’est pas conçue pour supporter ces agressions indéfiniment : elle a besoin de se reposer."
Selon un rapport du Comité scientifique des risques sanitaires émergents, en écoutant leur baladeur à plein volume plus de 30 minutes par jour pendant cinq ans, près de 10 millions de jeunes Européens risquent, à terme, une perte auditive.
"Le seul bruit du vent m'était insupportable"
Cette écoute excessive se combine souvent aux sorties bruyantes : concerts, discothèques, où, malgré la réglementation, le volume sonore peut excéder 100 dB. Le principal risque est celui du "traumatisme sonore aigu" (TSA). Après une exposition à un bruit particulièrement fort, certaines personnes ressentent des sifflements d’oreille, des difficultés d’audition ou une hypersensibilité de l’ouïe, qui peuvent durer de quelques heures à bien plus longtemps.
"A 16 ans, j’ai assisté à la Love Parade, à Berlin", raconte Anastasia, 24 ans. "Ayant toujours eu les oreilles sensibles, j’hésitais à m’approcher mais, là, j’ai voulu suivre ma sœur, qui dansait près d’un char dont les enceintes hurlaient. Au bout de quelques minutes, j’ai eu l’impression que mes oreilles allaient exploser ! Je me suis aussitôt éloignée mais, pendant trois jours, la douleur est restée. Le seul bruit du vent m’était insupportable et mes oreilles sifflaient sans arrêt ! Depuis, j’écoute toujours mon baladeur très bas et les rares fois où je sors en boîte, je me munis de bouchons auditifs. Sinon, la douleur revient…"
Les cas de TSA sont rares avec un baladeur "mais le risque est plus sournois, car la nocivité est masquée par le plaisir de l’écoute", indique le Pr Gélis. "Comme les neurones, les cellules ciliées, qui filtrent le son, ne se reproduisent pas. Jusqu’à -30 dB, on ne se rend pas compte qu’on perd l’ouïe. Pire : certaines personnes, entendant moins bien, montent encore le son. A ce rythme, la génération actuelle risque de connaître une presbyacousie – baisse de l’audition due à l'âge – précoce : vers 50-55 ans, contre 65 ans aujourd’hui."
Une "journée sans baladeur"
Pour éviter ou limiter ces risques, l’association JNA parie sur la prévention. L’enquête montre qu’une fois informés des dangers encourus, 87% des jeunes se disent prêts à modifier leur comportement. "Réglez le volume à 60% de la limitation sonore", conseille le Dr Paul Zylberberg, vice-président de l’association. "Cela ne vous empêchera pas d’apprécier la mélodie : plus on monte le son, plus c’est la rythmique que l’on perçoit." Le risque dépendant à la fois du volume et de la durée d’exposition, il est recommandé de limiter son temps d’écoute hebdomadaire à 20 heures à ce niveau moyen et 4 heures à niveau maximum.
Conscients des dangers de ces comportements, les pouvoirs publics français et européens planchent sur la prévention et le dépistage des troubles auditifs. Un plan gouvernemental lancé début février prévoit un dépistage annuel systématique pour les 16-25 ans et la commissaire européenne en charge de la protection des consommateurs, Meglena Kuneva, a proposé de limiter le volume des baladeurs à l’allumage entre 80 et 89 dB. En attendant, l’association JNA organise, le 11 mars, une "journée sans baladeur."
Alexandra Capuano
Près de 99% des 15-19 ans savent qu’une écoute à fort volume sur plusieurs années peut endommager leur audition, et 37% rapportent au moins un symptôme de troubles auditifs. Pourtant, un Français sur deux ne fait jamais évaluer son audition.
La Journée nationale de l'audition (JNA) du 11 mars offre, dans plus de 850 villes, l’opportunité de faire tester son audition. Pour connaître le programme des lieux de contrôles et de tests près de chez vous, vous pouvez consulter le site Audition-Infos ou appeler le 0810 200 219 (numéro Azur).
Quel type d’écouteurs choisir pour mieux préserver son audition ? "La différence entre les écouteurs traditionnels et les casques englobant l’oreille, c’est leur perméabilité aux bruits extérieurs", explique le Pr Christian Gélis, président de l’association JNA, organisatrice de la Journée nationale de l'audition. L’écouteur traditionnel laisse passer le bruit environnant : pour le masquer, on a tendance à monter le son.
Comme de nombreux professionnels du son, Jean-Paul, 39 ans, a testé les écouteurs intra-auriculaires. Ils ressemblent à des écouteurs classiques, pourvus d’embouts en silicone et qui se glissent dans le conduit auditif pour isoler totalement l’oreille. Ces embouts ne présentent pas de risques hygiéniques particuliers tant que l’hygiène de l’oreille est bonne. Néanmoins, la silicone peut occasionner des réactions locales de type allergique. Leurs avantages sur les écouteurs classiques : un meilleur rendu des sons graves et une qualité sonore supérieure.
"J’ai vite arrêté", déclare pourtant Jean-Paul. "Ce n’est bon pour les oreilles que si l’on baisse vraiment le son. Or, comme j’écoutais quand même la musique à fort volume, je ressentais souvent des douleurs subites et aiguës, comme des coups secs frappés sur mes tympans." De plus, l’isolation phonique étant presque totale, on a tendance à ne plus entendre le monde extérieur. "Quand je courais avec ces écouteurs, j’ai déjà été surpris par des voitures que je n’avais pas entendues arriver. Je préfère les casques à coques : l’isolation phonique est meilleure que celle des écouteurs classiques, sans contact avec les tympans."
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