Prévention : tout commence dans les 1 000 premiers jours

De la grossesse aux deux ans de l’enfant, les 1 000 premiers jours constituent une période décisive. Sans que tout s’y joue, beaucoup s’y noue : le développement de l’enfant, l’accompagnement des parents, mais aussi la manière dont se construisent – ou se réduisent – les inégalités. Ces enjeux étaient au cœur d’une conférence organisée par la Mutualité Française, le 2 avril 2026.

Lors de la conférence « Les 1 000 premiers jours : comment renforcer la prévention et l’accompagnement des enfants et de leurs parents ? », organisée le 2 avril 2026 au siège de la Mutualité Française, de nombreux intervenants prestigieux se sont succédé pour aborder cette période charnière, ses enjeux et ses défis.

« Ce n’est pas une période où tout se joue, mais une période où beaucoup de choses commencent », explique Sylviane Giampino, présidente du Conseil de l’enfance et de l’adolescence au sein du Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge (HCFEA). Durant ces premiers temps de la vie, le développement physique, affectif, relationnel et social de l’enfant est étroitement lié à la qualité de son environnement : soutien des parents, continuité de l’accompagnement, accès à des services de proximité.

Agir tôt pour lutter contre les inégalités

Si les 1 000 premiers jours font aujourd’hui l’objet d’une politique publique, c’est parce qu’ils constituent un levier puissant de justice sociale. Selon Sarah El Haïiry, haut-commissaire à l’Enfance, présente lors de cette journée, il s’agit d’abord d’une « prise de conscience de l’universalité et des réponses à apporter aux familles dans leur diversité ».
Les travaux de la commission d’experts présidée par Boris Cyrulnik, neuropsychiatre, et le rapport qui en a découlé ont mis en lumière un constat clair : les inégalités de destin se forment très tôt.

« C’est une politique de pure prévention : investir massivement dans les premières années de la vie pour éviter que les inégalités ne s’accroissent et ne coûtent ensuite beaucoup plus cher à corriger », souligne Adrien Taquet, ancien secrétaire d’État à l’Enfance et aux Familles et président du Conseil de surveillance de l’Institut Robert-Debré du Cerveau de l’Enfant. Agir dès les premiers jours, c’est donc s’attaquer aux inégalités à leur racine, avant qu’elles ne s’installent durablement.

Les parents, premiers acteurs du développement

L’arrivée d’un enfant bouleverse les équilibres familiaux. Les parents expriment avant tout un besoin de lisibilité, de repères et d’accompagnement. « Les parents ont besoin de services, mais aussi d’accompagnement. Aujourd’hui, beaucoup ont le sentiment qu’il est compliqué de savoir à quelle porte frapper », observe Gaëlle Choquer-Marchand, directrice des politiques familiales et sociales de la Caisse nationale des allocations familiales (CNAF).

C’est également un enjeu d’égalité femmes-hommes, puisque ce sont souvent les mères qui doivent s’arrêter de travailler, faute de mode d’accueil. La députée Céline Hervieu (11e circonscription de Paris) a porté une proposition de loi, adoptée à l’unanimité à l’Assemblée nationale, sur la régulation des acteurs privés lucratifs dans le secteur de la petite enfance. « On observe aujourd’hui une logique de marchandisation de ce service public, avec des acteurs du privé lucratif qui sont venus avec des objectifs de rentabilité élevés, en contradiction totale avec les principes d’égalité et de qualité d’accueil », déplore la députée.

Soutenir la parentalité, c’est aussi reconnaître les fragilités : épuisement, isolement, inquiétudes face aux responsabilités nouvelles. Des dispositifs de prévention et de répit parental se déploient ainsi dans les territoires, en lien étroit avec les collectivités et les partenaires locaux.

Des réponses concrètes, au plus près des territoires

Sur le terrain, la politique des 1 000 premiers jours se traduit par des initiatives très concrètes : la mise en place d’un label « Maison des 1 000 premiers jours » et l’émergence de projets innovants dans les quartiers.

« Une maison des 1 000 premiers jours, c’est à la fois de l’information, des professionnels bienveillants, du soutien à la parentalité et un accompagnement sans rupture », détaille Pierre Stecker, directeur de projet Développement des politiques de soutien à la parentalité et des 1 000 premiers jours, à la Direction générale de la cohésion sociale. « On peut aussi imaginer qu’elle soit portée par une collectivité ou par une association, au sein desquelles on aurait des interventions de la protection maternelle infantile (PMI) pour des consultations », poursuit-il.

En Seine‑Saint‑Denis, le projet des cabanes des 1 000 premiers jours illustre cette approche de proximité. « Nous avons voulu créer des lieux souples, accessibles, pensés à partir des besoins réels des parents et des enfants, notamment dans les quartiers populaires », témoigne Nadia Azoug, conseillère départementale au Conseil départemental de Seine-Saint-Denis, à l’origine de cette initiative.

Un enjeu profondément mutualiste

Prévention, accompagnement global, réduction des inégalités : les enjeux des 1 000 premiers jours font écho aux valeurs portées par les mutuelles. « Accompagner les parents, c’est accompagner les enfants. Et c’est là que se joue une promesse fondamentale d’égalité des chances », affirme Éric Chenut, président de la Mutualité Française. Il rappelle également que la politique en silo ne fonctionne pas et qu’il faut mobiliser les acteurs de manière concomitante pour une action collective efficace et durable.

Les acteurs mutualistes, par leurs établissements, leurs actions de prévention et leur présence territoriale, participent pleinement à cet investissement social précoce.

Agnès Blondeau, responsable petite enfance et initiatives sociales, Mutualité Française

Cette journée a permis de mettre en lumière les enjeux majeurs de cette politique publique, qui agit dès les premiers moments de la vie afin de prévenir et réduire les inégalités.

Les échanges, riches et denses, ont souligné la nécessité de renforcer le travail collectif, en dépassant les approches en silos et en allant vers toutes les familles, quelles qu’elles soient. L’accès à une information claire et accessible pour les parents et futurs parents demeure aujourd’hui un enjeu central.

La prévention joue un rôle déterminant et appelle à la construction d’une politique encore plus volontariste, lisible et fondée sur des objectifs clairement définis. Forte des enseignements de cette première journée, la Mutualité Française poursuivra son engagement en faveur des familles, en accompagnant les gestionnaires mutualistes dans le déploiement d’actions sur l’ensemble des territoires, notamment à travers le développement de maisons des 1000 premiers jours.

Agnès Blondeau, responsable petite enfance et initiatives sociales à la Mutualité Française.

Auteur / Autrice : Chloé Beaufils