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Grand âge : quelle place pour les robots auprès des plus fragiles ?

La Dre Emilie Guettard, spécialiste de médecine physique et de réadaptation à la clinique Beau-Soleil, à Montpellier, et Pepper le robot d'assistance.

Une équipe de la clinique Beau-Soleil, à Montpellier, mène une étude sur la satisfaction de patients âgés accompagnés à leur sortie d'hospitalisation par le robot d'assistance Pepper. "Il s'agit notamment de déterminer pour l'avenir les missions qui pourraient être confiées à des robots et celles que l'on ne souhaite pas leur laisser", explique la Dre Emilie Guettard, spécialiste de médecine physique et de réadaptation dans cet établissement mutualiste.

Vous êtes en charge du projet ROBOd'home, qui vise à étudier l'acceptabilité des robots dans des situations de sortie d'hospitalisation. Pourquoi une telle étude ?

Dre Emilie Guettard – Dans un contexte de vieillissement de la population, on entend dire que la robotique d'assistance va prendre une place croissante auprès des personnes âgées. En même temps, il n'est pas naturel de laisser à des robots le soin de s'occuper des plus fragiles. La notion de "prendre soin" est, en effet, très liée à des facultés humaines, émotionnelles.

Mais le pragmatisme nous pousse à trouver de nouvelles solutions d'accompagnement, et donc à étudier un peu mieux cette question : pour quelles missions est-il opportun de proposer des robots ? Pour quels usages refuse-t-on que ces derniers s'occupent des personnes âgées ou des personnes en situation de handicap ? C'est tout l'objet du projet ROBOd'home, qui vise à étudier la satisfaction et l'acceptabilité d'un robot d'assistance comme complément à toutes les aides humaines habituelles, infirmière, kinésithérapeute, aide-ménagère, auprès de personnes âgées isolées en sortie d'hospitalisation.

En amont de cette étude, nous avons travaillé sur les attentes des seniors vis-à-vis de la robotique, sujet pour lequel il y a finalement peu de données. Un sondage européen, mené auprès de 10.000 personnes dans dix pays, laisse toutefois entrevoir une méfiance de prime abord vis-à-vis du robot, qui représente l'inconnu. Mais on sait aussi que c'est la rencontre avec la technologie qui crée les nouveaux usages.

Il y a deux ans, nous avons monté une pièce de théâtre-forum avec le robot Nao, qui devait s'occuper d'une personne âgée en Ehpad. La discussion avec le public après le spectacle a montré que chacun peut abandonner ses clichés et ses représentations, et aller plus loin dans sa réflexion sur le sujet.

Par qui est menée cette étude ?

Dre Emilie Guettard – Elle est conduite par une équipe de la clinique Beau-Soleil, en partenariat avec le Laboratoire d'informatique robotique et microélectronique de Montpellier et les ergothérapeutes de l'Etape, le pôle autonomie santé de Lattes. Le travail de robotique est assuré par un doctorant intégré à notre équipe. L'étude est financée par la Fondation Mutuelle générale et la Caisse d'assurance retraite et de santé au travail, la Carsat Languedoc-Roussillon. Nous travaillons avec Pepper, un robot humanoïde parmi les plus performants du marché en termes d'échanges et de communication.

Les roboticiens sont chargés de le programmer en lien avec les médecins : c'est une opération sur-mesure, qui tient compte de l'environnement des patients et de leurs habitudes de vie. Les ergothérapeutes, de leur côté, se rendent à domicile pour installer le robot, leur montrer comment il fonctionne, les accompagner dans la prise en mains.

Concrètement, quel type d'accompagnement peut-on attendre du robot Pepper ?

Dre Emilie Guettard – On voit bien qu'il y a des manques dans notre système de prise en charge, notamment en post-opératoire ou après un problème aigu de santé. Les patients arrivent parfois dans des structures de soins de suite et de réadaptation alors que leur souhait premier serait de rentrer chez eux.

La sortie d'hospitalisation est un véritable enjeu de santé publique car c'est une période de fragilité, avec un risque maximal de tomber dans la dépendance.
C'est pourquoi il est primordial d'être très investi durant cette phase, en particulier les quatre premières semaines.

A domicile, le robot peut s'assurer que la personne mange bien, la stimuler pour boire, mais aussi lui proposer des activités ludiques, diffuser des vidéos d'activité physique, ou donner la météo. Il peut aussi rappeler l'heure des prises de médicaments, ce qui est très utile car, souvent, après une hospitalisation, les traitements sont modifiés et le patient n'est pas dans sa routine habituelle.

Pepper surveille également la douleur. Des alarmes sont programmées pour contacter un aidant référent si la personne déclare trois fois de suite une douleur supérieure à 5 sur 10. Le robot renseigne en outre des questionnaires de surveillance du transit, mais aussi de l'état émotionnel. Si, trois fois de suite, la personne indique qu'elle ne va pas bien, ce n'est pas normal, et il faut agir.

Quelles suites peut-on imaginer à ces travaux ?

Dre Emilie Guettard – Notre protocole de recherche porte sur 12 personnes à la sortie de Beau-Soleil, durant quatre semaines. Pour mesurer l'utilité de ce robot, le critère principal de cette étude pilote est la satisfaction des patients, mais aussi de leurs aidants, qu'ils soient professionnels ou familiaux. Elle sera mesurée par un score entre 0 et 10 et complétée par des interviews qualitatives, qui permettront en cours de route d'apporter les modifications nécessaires à cet outil.

L'étude devrait commencer fin janvier-début février 2019. Aujourd'hui, la Sécurité sociale prend en charge des dispositifs pour l'apnée du sommeil, par exemple. Pourquoi ne pas envisager une prise en charge sur le même modèle pour un robot d'assistance ? Plutôt que de payer une journée de convalescence en hospitalisation, on pourrait imaginer un financement de la location du robot et de l'accompagnement de l'ergothérapeute. Mais avant, il nous faut démontrer que cela a du sens.

Propos recueillis par Sabine Dreyfus

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)