Suicide : de nouvelles mesures au premier semestre 2016

Les suicides provoquent plus de 10.000 décès par an. La ministre de la Santé, Marisol Touraine, présentera un programme d'action dans le courant du premier semestre 2016 pour mieux prévenir ce fléau.

Chaque jour, 27 personnes mettent fin à leurs jours en France, ce qui représente plus de 9.700 morts par an. En réalité, ce chiffre avoisinerait plutôt 10.700 en raison d'une sous-estimation d'environ 10%.

A ces données alarmantes, s'ajoutent 200.000 tentatives de suicide annuelles qui entraînent près de 79.000 hospitalisations, indique le dernier rapport de l'Observatoire national du suicide. Ce document a été remis le 2 février 2016 à la ministre de la Santé, Marisol Touraine.

"L'enjeu, c'est de bien comprendre pour agir", a déclaré à cette occasion la ministre de la Santé, en amont de la Journée nationale de prévention du suicide du 5 février. Face à ce "drame de santé publique", Marisol Touraine a annoncé qu'elle présenterait une nouvelle feuille de route dans le courant du premier semestre 2016.

Améliorer la surveillance

Ce nouveau cadre opérationnel pour prévenir le suicide s'appuiera sur l'analyse de l'Observatoire national du suicide et d'autres travaux attendus "dans les prochaines semaines" : le rapport d'évaluation du plan psychiatrique et santé mentale, et celui du Haut Conseil pour la santé publique (HCSP).

L'Observatoire national du suicide préconise notamment d'améliorer le système de surveillance des suicides et des tentatives de suicide. Pour Marisol Touraine, la loi santé "va permettre d'avancer très rapidement dans cette voie", en particulier avec "l'ouverture des données médico-administratives, des données de l'assurance maladie et des données hospitalières".

Pour mieux adapter les actions de prévention, le rapport recommande de développer une approche du suicide par type de population (jeunes étudiants, jeunes en prison, jeunes filles, etc.). La recherche doit intégrer les facteurs de risque (psychiatriques, socio-économiques, environnementaux, etc.) mais aussi les facteurs de protection. Parmi les autres recommandations, figure le développement de la postvention, c'est-à-dire les actions de soutien aux personnes endeuillées par un suicide.

La France mal placée au niveau européen

Malgré une baisse de 17% depuis 2002, "la France se situe parmi les pays européens ayant un taux élevé de suicide, après l'Autriche, la Belgique et la plupart des pays de l'Est", déplore l'Observatoire national du suicide. Dans notre pays, le taux de décès par suicide s'élève à 16,7 pour 100.000 habitants en 2012, contre 11,7 pour l'ensemble des 28 pays de l'Union européenne.

Ce taux est "trois fois supérieur chez les hommes", soit 25,9, contre 7,4 chez les femmes. Autre enseignement : le taux de décès augmente fortement avec l'âge pour atteindre 67 pour 100.000 hommes parmi les plus de 75 ans.

Pour autant, la part de la mortalité par suicide représente moins de 1% du total des décès des seniors alors qu'elle est logiquement plus importante chez les hommes plus jeunes : près de 18% pour les 15-24 ans, 22% pour les 25-34 ans et 19% pour les 35-44 ans. Ce phénomène se retrouve dans la population féminine.

Davantage de décès en Bretagne

Par ailleurs, le rapport de l'Observatoire national du suicide confirme la persistance d'inégalités territoriales. La Bretagne demeure la région la plus touchée avec une mortalité par suicide "en moyenne supérieure de 65% au taux national". Le taux de décès par suicide grimpe à 39,5 pour 100.000 hommes et 11,9 pour 100.000 femmes.

Pour lutter contre ce fléau, la Mutualité Française Bretagne anime plus d'une dizaine de réseaux de prévention du suicide dans les départements des Côtes-d'Armor, du Finistère, d'Ille-et-Vilaine et du Morbihan. Cette union régionale travaille en partenariat avec l'agence régionale de santé (ARS), le Conseil régional de Bretagne et de nombreux professionnels de la santé, du social, de l'éducation ou encore de l'insertion.

Autres zones particulièrement touchées : Nord-Pas-de-Calais, Limousin et Pays de la Loire. A l'inverse, l'Alsace, la Corse, Midi-Pyrénées et Rhône-Alpes affichent les plus bas taux de décès, "inférieurs de plus de 15% au taux moyen en France".

Paula Ferreira

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