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Radiothérapie : 32 mesures pour éviter de nouveaux drames

Publié le 03/12/2007, Dernière mise à jour le 20/01/2010

Suite aux récents accidents de radiothérapie d’Epinal et Toulouse, la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, a présenté le jeudi 29 novembre 32 mesures visant à assurer la sécurité et la qualité des pratiques. Objectif : "assurer un égal accès à une offre de soins sécurisée" sur tout le territoire national. Les centres de radiothérapie devront se conformer à de nouvelles normes d’ici fin 2010. Un contrôle des doses réellement reçues par le patient pendant l’irradiation est imposé.

En finir enfin avec les accidents dramatiques de radiothérapie. C’est l’intention affichée par la ministre de la Santé. Roselyne Bachelot a présenté le jeudi 29 novembre, devant le congrès de la Société française de radiothérapie oncologique (SFRO), 32 "mesures nationales" visant à assurer la sécurité et la qualité des soins en radiothérapie. D’ores et déjà, 24 d’entre elles, "soit 70%, seront mises en oeuvre avant la fin janvier 2008" et "les autres le seront progressivement" d’ici 2010, affirme la ministre.

Ce plan gouvernemental intervient avec, en toile de fond, l’affaire des surirradiés de l’hôpital Rangueil de Toulouse (Haute-Garonne) et du centre hospitalier Jean-Monnet d’Epinal (Vosges). Dans ce dernier établissement, 5 patients traités pour un cancer de la prostate sont décédés en raison d’une trop forte dose de rayons. Au total, plus de 5.000 patients y ont été surexposés depuis 1987.

200.000 malades traités chaque année
Pour la ministre, "la tragédie d’Epinal, comme celle de Toulouse, est un désastre humain autant qu’une crise sanitaire". "Il est inconcevable, insupportable qu’un malade puisse mourir des suites d’un traitement", a-t-elle lancé. C’est d’autant plus désolant que la radiothérapie est "indispensable à l’arsenal thérapeutique" existant pour soigner les cancers. En France, sur les 300.000 nouveaux malades annuels, "200.000 sont et seront traités chaque année par radiothérapie", rappelle Roselyne Bachelot.

Si le plan cancer et le plan hôpital ont notamment permis de rénover un appareil sur quatre depuis 2002, beaucoup de progrès restent à faire. En effet, "18% des appareils sont installés depuis quinze ans ou plus, fonctionnent correctement, mais ne peuvent satisfaire aux exigences des techniques récentes de radiothérapie", rapporte un document de l’Observatoire national de radiothérapie. Soit près d’un équipement sur cinq !

"C’est la sécurité qu’il nous convient désormais de garantir", renchérit Roselyne Bachelot. Et de poursuivre : "Tous nos efforts doivent tendre vers un seul et même objectif : assurer à tous nos concitoyens, sur tout le territoire national, un égal accès à une offre de soins sécurisée." Un contrôle des 179 centres de radiothérapie a été entrepris cette année et devrait être finalisé d’ici fin décembre. "A l’heure actuelle, nous avons inspecté 88% des centres", a précisé André-Claude Lacoste, président de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Un rapport global sera établi.

Contrôle de la dose reçue en temps réel
Changement important : les établissements devront disposer, à terme, d’une "autorisation spécifique" pour traiter les patients. Ce dispositif s’appuiera sur des critères d’agrément, publiés en décembre par l’Institut national du cancer (Inca). Il sera mis en oeuvre "à partir de mi-2008", en liaison avec les agences régionales de l’hospitalisation (ARH). Les centres auront jusqu’à fin 2010 pour satisfaire à l’ensemble des critères, soit "un délai de dix-huit mois", précise Dominique Maraninchi, président de l’Inca.

Parmi les principales obligations, figure l’application de la dosimétrie "in vivo". Cette technique permet de contrôler, pendant l’irradiation, les doses réellement reçues par le patient. Elle est aujourd’hui utilisée dans moins de la moitié des établissements. Une enveloppe de 3 millions d’euros est débloquée pour inverser cette tendance.

Le gouvernement entend également améliorer la sécurité des matériels et des dispositifs utilisés en radiothérapie, en collaboration avec l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps).

Les pouvoirs publics veulent également mettre l’accent sur la formation accrue des personnels en nombre insuffisant. En 2008, 2 millions d’euros seront affectés aux centres de formation. Avec le retard pris dans ce domaine, il faudra tout de même compter "entre cinq et dix ans" pour "être tout à fait au niveau", explique André-Claude Lacoste. Dans ce laps de temps, "nous aurons tous à porter collectivement la responsabilité de cette période de transition"…

Paula Ferreira

Epinal : plus de 5.000 patients concernés

Le centre hospitalier Jean-Monnet d’Epinal (Vosges) a connu "une chaîne de dysfonctionnements", indique un rapport d’étape sur les accidents de radiothérapie. Incident le plus dramatique : entre mai 2005 et août 2006, une erreur de calcul a abouti à une surirradiation de 20%, chez 24 patients atteints de cancer de la prostate. Cinq d’entre eux sont décédés. Les autres souffrent, pour la plupart, de rectites ou de cystites "invalidantes", avec des douleurs "rebelles aux traitements morphiniques".

D’autres surexpositions moins fortes (entre 8 et 10%) ont été révélées, également pour des traitements de cancers de la prostate chez 411 patients entre 2001 et novembre 2006. Enfin, entre 1987 et 2000, une erreur de calcul systématique a provoqué la diffusion d’une surdose de rayons (entre 3,1% et 7,1%) chez près de 5.000 patients au total ! Ces derniers étaient traités pour différents types de cancer, hormis le sein. "Il est encore trop tôt pour évaluer les éventuelles conséquences cliniques", souligne le rapport. Autre exemple de dysfonctionnement : une dose trop forte de radiation a également été relevée à l’hôpital de Rangueil de Toulouse (Haute-Garonne). Ce problème a concerné 145 patients traités entre le 6 avril et le 17 avril 2007.

P. F.

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