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Santé environnementale : des hôpitaux sans phtalates

Publié le 26/06/2012, Dernière mise à jour le 29/06/2012

Des établissements de soins s’efforcent d’éliminer certains plastiques fortement suspectés d’entraîner des troubles de la reproduction et des pathologies comme le cancer, le diabète ou l’obésité. Lors d’une conférence organisée à Paris, le Réseau environnement santé a tiré la sonnette d’alarme sur ces produits.

Canules, cathéters, matériel d’oxygénation et de dialyse, poches et tubes de nutrition : ces matériels – aussi appelés dispositifs médicaux – ont tous un point commun : ils contiennent des phtalates. Ces derniers font partie d’une famille d’additifs dérivés de l’acide phtalique. "Ils sont utilisés depuis les années 1950 pour assouplir les plastiques, principalement de type PVC", indique le Réseau environnement santé (RES), dont est partenaire la Mutualité Française.

Ces substances sont notamment soupçonnées de perturber le système reproductif et d’occasionner des troubles du comportement ou, pour certains phtalates, des cancers et des maladies comme le diabète et l’obésité. Pour tirer la sonnette d’alarme sur ces dangers, le RES a organisé le 10 avril, à Paris, une conférence intitulée "Hold-up sur la fertilité !".

Des produits de substitution
"La liste des produits qui contiennent des phtalates en milieu hospitalier est très longue !", affirme Wiebke Winkler, du comité développement durable en santé (C2DS), organisme créé en 2006 par des professionnels de santé. Il vise à sensibiliser les établissements de soins et à les accompagner dans leurs démarches pour mettre en œuvre les principes de santé environnementale. Notamment, le C2DS aide les établissements à éliminer autant que possible les phtalates et les substances reconnues comme perturbateurs endocriniens.

Pour sa démonstration, cette représentante du C2DS cite en exemple les initiatives conduites par des établissements autour des dispositifs médicaux. "Lorsqu’un établissement de santé se lance dans une politique volontaire de substitution des phtalates, il agit par ordre de priorité", indique-t-elle. "Il s’intéresse tout d’abord aux patients les plus vulnérables, à commencer par les prématurés et les enfants", précise-t-elle. D’ores et déjà, dans certains pays, "comme la Suède ou l’Autriche, les services de néonatalogie sont aujourd’hui quasiment sans PVC".

C’est le cas de la maternité de la clinique de l’Essonne, à Evry. Cet établissement s’est engagé dans un calendrier de suppression de tous les produits classés comme cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques probables (CMR2), comme les phtalates. La clinique Pasteur à Royan (Charente-Maritime), pour sa part, donne la priorité aux fournisseurs qui évitent de commercialiser des dispositifs médicaux contentant des phtalates.

Outre les services de maternité, d’autres activités de soins sont concernées comme "les actes médicaux qui combinent plusieurs paramètres, comme une importante surface de contact, une température ambiante élevée ou un volume perfusé important". Les centres de dialyse sont concernés puisque les patients sont sous traitement pendant de nombreuses années, trois fois par semaine, pendant quatre heures.

Milène Leroy

Encadrement législatif

A titre d’exemple, la clinique Delay, à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), "a depuis 2007 remplacé ses lignes de dialyse. Au-delà de ce secteur, les deux tiers de l’activité de cet établissement sont garantis sans phtalates", indique Wiebke Winkler. "La substitution a été réalisée à coût identique", précise-t-elle. Autre exemple, la polyclinique de Blois (Loir-et-Cher) "dispose depuis 2008 d’une charte d’achat pour les secteurs de la pharmacie et du biomédical", poursuit-elle. "Ce document précise que la polyclinique applique une politique de diminution de l’acquisition de produits contenant du PVC assoupli et favorise tout produit sans phtalates, à qualité identique".

Mais globalement, peu d’établissements semblent pour l’heure engagés dans une telle démarche. "Tous les professionnels de santé ne sont pas encore conscients des problèmes posés par ces substances, notamment dans les maternités", indique cette représentante du C2DS. Autre frein possible : le coût de la substitution.
Mais pour faire avancer ce chantier, seule la législation pourra "faciliter et globaliser cette démarche". En 2010, les parlementaires ont voté à l’unanimité l’interdiction du bisphénol A, un perturbateur endocrinien, dans les biberons.

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