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Accueil > L’actualité > Evénements > Crise de la protection sociale : un enjeu essentiel des élections 2012
Publié le 06/10/2011, Dernière mise à jour le 06/10/2011

La protection sociale est en crise ! C'est le constat partagé par Bruno Palier et Nicolas Baverez, deux économistes de la santé qui ont débattu de l'avenir de la protection sociale le 6 octobre, à l'occasion des Journées de rentrée des mutuelles, à Tours. Raison de plus pour que la santé soit au cœur des élections de 2012.
Déficits sociaux, baisse du pouvoir d’achat, renoncement aux soins: la protection sociale subit de plein fouet la crise économique et financière. "Aujourd'hui, l'Europe est le continent malade de la mondialisation avec une spirale infernale des dettes publiques", constate Nicolas Baverez, historien et économiste. Cet expert participait le 6 octobre à un débat sur la société française et la santé à la veille des échéances électorales de 2012, organisé à Tours lors des Journées de rentrées de la Mutualité Française.
"Nos sociétés ont muté, ce qui implique une mutation profonde des risques sociaux", précise à son tour Bruno Palier, directeur de recherche CNRS à Sciences Po. A elle seule, la dette sociale de la France s'élève à 134,6 milliards d'euros. "Aujourd'hui la santé représente 11,6% du produit intérieur brut (PIB) en France", souligne Nicolas Baverez.
S’ils ne sont pas d’accord sur l’analyse de la crise, les deux économistes pointent le fléau de la dette sociale. "On n'a pas le droit de transmettre aux générations futures le remboursement des soins des générations présentes", s'insurge Nicolas Baverez. "Le problème, c'est la dette, renchérit Bruno Palier. Le fait de la remettre aux générations à venir qui ne sont pas du tout gâtées dans notre monde actuel, c'est un avenir plombé."
Un monde en profonde mutation
A la dette s'ajoute le désengagement de la Sécurité sociale qui ne rembourse plus que 50% des soins de ville, hors patients en affection longue durée (ALD). "Le vieillissement de la population pose le problème crucial de la dépendance ", fait remarquer Nicolas Baverez.
La famille n'est pas épargnée. Plus de la moitié des enfants naissent aujourd'hui hors mariage. En région parisienne, un mariage sur deux débouche sur un divorce. "Les familles monoparentales ont beaucoup de difficultés dans notre société. Nos systèmes ne savent pas encore accompagner les besoins des femmes seules avec des enfants", remarque Bruno Palier.
"De nouveaux fléaux sociaux voient le jour : 18% des jeunes sont pauvres et l'exclusion est de plus en plus importante", déplore Nicolas Baverez. Enfin, les progrès scientifiques font évoluer la médecine qui passe de la réparation du corps à sa transformation, posant également de nombreux problèmes éthiques.
Les nouvelles configurations démographiques de la France changent aussi la donne. Finies les longues carrières dans une entreprise unique et les emplois à temps plein. "25 à 30% des emplois sont actuellement atypiques : CDD, intérim, périodes de chômage…", explique Bruno Palier. Ce qui entraîne un "accès considérablement réduit et diminué à la protection sociale pleine et entière", signale-t-il.
La santé, un enjeu crucial pour 2012
Dans ce contexte de crise sociale, tous les acteurs de la santé ont un rôle essentiel à jouer : l’Etat, les mutuelles, les professionnels de santé, les citoyens. La solidarité est plus que jamais une valeur indispensable. C’est pour cette raison que le mouvement mutualiste interpelle dès à présent les candidats aux élections législatives et présidentielles pour que la santé soit au cœur des débats de 2012 !
Ghislaine Trabacchi
Nicolas Baverez, historien et économiste, et Bruno Palier, directeur de recherche CNRS à Sciences Po.
Dépendance, affections de longue durée (ALD), prévention, risques liés au travail…les mutuelles sont jugées capables d’apaiser certaines inquiétudes liées à ces questions de santé. C’est ce que montre une étude de l’institut Médiascopie intitulée Les mots et les valeurs mutualistes dans l’univers de la santé, présentée le 6 octobre, à Tours par le sociologue Denis Muzet, président de cet institut. Son principe ? "Deux cent mots et valeurs mutualistes jugés par 1000 Français".
Résultat : les mutuelles ont une carte à jouer sur d’autres domaines touchant par exemple à la vieillesse, au travail, ou à l’évolution des dépenses de santé, synthétise Denis Muzet. "Même si les Français perçoivent leur capacité à jouer un rôle social, ils attendent surtout des mutuelles qu’elles se concentrent sur les adhérents plus que sur les citoyens", commente-t-il.
L’étude confère toutefois à ces organismes une légitimité à intervenir dans le débat sur la santé dans le cadre des élections présidentielle et législatives de 2012, ou à s’exprimer sur la réforme du médicament. "Les Français les jugent notamment à même de prendre le relais sur des domaines délaissés par l’Etat", poursuit le sociologue.
Au delà de ces questions de légitimité, cette étude fait surtout ressortir la force des valeurs cardinales de la Mutualité. "Raison de plus pour communiquer sur ces valeurs car ce sont elles qui distinguent les mutuelles des assureurs."
Sabine Dreyfus
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