Thierry Beaudet : l’heure de la « transition mutualiste »

Thierry Beaudet, président de la Mutualité Française, lors de son discours d'ouverture des Journées de rentrée de Lille, le 29 septembre 2016.

Dans une société en mutation et alors que le contexte législatif et réglementaire a, à plusieurs reprises, bousculé les équilibres économiques des mutuelles, Thierry Beaudet, le président de la Mutualité Française, a défendu, en ouverture des Journées de rentrée de Lille, le 29 septembre 2016, les vertus d'une "transition mutualiste" vers des réponses innovantes et solidaires dans le sens du progrès pour tous.

"Mobiliser le meilleur de chacun pour faire du lien, contrer les inquiétudes, la défiance qui minent notre société", c'est l'invitation qu'a lancée Thierry Beaudet, le président de la Mutualité Française, ce jeudi 29 septembre 2016, aux plus de 800 militants réunis à Lille à l'occasion des Journées de rentrée de la Mutualité Française.

Pour sa première intervention devant le mouvement depuis son élection, le 23 juin 2016, Thierry Beaudet a souhaité partager sa confiance dans le modèle mutualiste. "Nos valeurs, nos actions, notre modernité n'ont jamais autant fait écho aux attentes et aux préoccupations actuelles", assure-t-il.

Malgré les taxes et les restructurations à répétition qui ont fragilisé les équilibres économiques des mutuelles au cours des dernières années, malgré les "contraintes fortes" et les "injonctions paradoxales" qui pèsent sur les organisations, il souligne "la formidable capacité d'adaptation et de résilience du modèle mutualiste".

Rénover le lien entre individuel et collectif

C'est donc tout naturellement que Thierry Beaudet a sollicité cette qualité pour inviter le mouvement à s'engager sans tarder dans une "transition mutualiste".

"La nostalgie ne nous sera d'aucun secours", assène-t-il, exhortant les mutualistes à s'interroger sur le modèle de société qu'ils souhaitent défendre, "afin d'en proposer des déclinaisons conformes à [leurs] convictions, à [leurs] idéaux"

Face au "pessimisme ambiant" et aux fractures qui touchent le pays, "la transition mutualiste, c'est actualiser, moderniser dans les actes nos singularités qui font nos forces : innovation sociale, modèle participatif, élévation et émancipation des personnes", fait-il valoir.

Ainsi, la Mutualité a toute sa place dans la redéfinition du lien entre l'individu et le collectif. Alors que "la stricte revendication individuelle tend à isoler, à séparer" et que la seule réponse collective anonymise et rend impersonnel, il y a une voie intermédiaire à explorer, celle de "l'intérêt mutuel, l'intérêt réciproque". "Traduisons-le !", "N'ayons pas de complexes !", s'enthousiasme Thierry Beaudet.

Logement, jeunesse, grand-âge…

Dans un contexte chahuté, où les parcours professionnels sont "moins linéaires, plus volatiles, plus incertains, plus complexes", comment répondre aux nouveaux besoins de couverture ? Comment prendre en compte le vieillissement de la population ? Quels services et accompagnement proposer pour tailler "les nouveaux habits de la protection sociale" ?

L'ensemble de ces thèmes ont été débattus ce 29 septembre à tous les étages du Grand Palais de Lille lors des douze ateliers qui ont rythmé cette première journée d'échanges.

Pour coller à ces évolutions, les mutuelles peuvent, bien sûr, capitaliser sur leur expertise et leur savoir-faire. Mais, dans la transition mutualiste imaginée par Thierry Beaudet, elles doivent aussi "s'ouvrir aux autres, coopérer pour étendre leur action à d'autres pans de l'économie. Qu'il s'agisse du secteur du logement, de la jeunesse ou encore du grand âge".

L'éthique comme fil directeur

Au-delà de ces ambitions, il leur faut assurer la transition mutualiste vers un monde de plus en plus digital, "sans renoncer à la relation humaine", prévient le président de la FNMF. Et en laissant une place de choix aux principes de solidarité. Concrètement, il s'agit de "relever le défi du traitement, de l'usage des données de santé et des modèles prédictifs, en plaçant l'éthique comme principe directeur de la réflexion et de l'action".

La transition mutualiste, résume Thierry Beaudet, "c'est placer nos entreprises mutualistes dans le camp du progrès. Comprendre pour maîtriser, ne pas se laisser dominer par l'innovation et le changement, vouloir les orienter dans le sens du progrès pour tous". C'est tout l'objet de ces Journées de rentrée, placées sous le signe de l'innovation et de la prospective.

Avec une certitude, réaffirmée par le président de la Mutualité : "Les marqueurs de notre identité, que sont la diversité de notre mouvement, la capacité à tisser des liens, l'ancrage dans les territoires, sont nos meilleurs atouts face à l'émergence de ce monde nouveau."

Assurance santé comportementale : l'opposition du mouvement mutualiste

"Je ne crois pas que conduire sa santé comme une automobile mériterait un bonus !" Une formule sans détour pour réaffirmer l'opposition de la Mutualité Française à toute forme d'assurance santé comportementale, à l'image de celle que propose l'assureur italien Generali.

En la matière, a estimé Thierry Beaudet le 29 septembre 2016, en ouverture des Journées de rentrée de Lille, "nous sommes face à un choix de société". Récompenser par des avantages commerciaux les assurés qui adoptent un mode de vie sain serait un dispositif de prévention ?

"J'y vois plus de communication, plus de stratégie de sélection que de véritable responsabilisation ou stratégie de prévention", dénonce le président de la Mutualité Française.

"Qui n'a jamais eu l'occasion de choisir ses gènes, ses parents, son milieu de naissance et d'éducation ?, interroge-t-il. Au nom de quoi la chance d'être en bonne santé devrait-elle être récompensée ? Faudrait-il alors punir de leur malchance celles et ceux qui sont malades ou vivent une situation de handicap ?"

"Il y a des limites que nous devons nous imposer", insiste Thierry Beaudet, soulignant la nécessité d'amener à la prévention ceux qui en sont éloignés au lieu de sélectionner la partie bien portante de la population qui a déjà la possibilité d'y consacrer du temps et des moyens.

En matière de santé, conclut-il, "le meilleur équilibre doit présider entre la dimension personnelle et la dimension collective, entre le bénéfice individuel et l'esprit de solidarité, entre l'intérêt du marché et l'intérêt général".

Sabine Dreyfus

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)