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Retraites : l’impact du système à points

Quels sont les enjeux du système universel de retraites par points, prévu par la réforme de 2020 ? Ce dispositif est-il garant de plus d'équité ? Le magazine Mutations d'octobre 2019 analyse l'impact de ce système qui prend en compte l'intégralité de la carrière pour calculer la pension.

Le régime de retraites suédois figure parmi les modèles qui semblent inspirer la prochaine réforme des retraites prévue en France en 2020. Un reportage à Stockholm, paru dans le numéro de Mutations d'octobre 2019, fait découvrir au lecteur les rouages de ce système universel composé de deux étages : un régime de base public fonctionnant principalement par répartition et une retraite supplémentaire basée sur la capitalisation.

Un compte virtuel

"Chaque Suédois actif voit ses cotisations, et celles de son employeur, comptabilisées sur un compte virtuel, dit notionnel, une sorte de compte d'épargne individuel. Réajusté chaque année, le taux d'intérêt appliqué à ces cotisations dépend du niveau global des salaires", explique Ole Settergren, chef du département analyse à la Pensionsmyndigheten, l'Agence suédoise des pensions.

S'il est financièrement équilibré, le système suédois pêche notamment par son faible niveau de pensions. "Près de 245 000 retraités vivent sous le seuil de pauvreté", déplore Christina Tallberg, présidente de Pensionärernas riksorganisation (PRO), la plus importante association de retraités du pays.

Le niveau des pensions varie en fonction des fluctuations économiques et des évolutions démographiques. En raison de l'allongement de l'espérance de vie, une réforme sera présentée au Parlement l'an prochain pour reculer l'âge de la retraite jusqu'à 64 ans en 2026. "Avant de voter une telle mesure, nous demandons à ce que les gens aient réellement la possibilité de travailler plus tard. Cela suppose de discuter de l'environnement de travail, de prendre en compte les questions de santé et de sécurité, et d'investir dans la formation des seniors", prévient Samuel Engblom, directeur des affaires publiques de la Tjänstemännens Centralorganisation (TCO), une confédération syndicale d'employés.

Des inégalités perdurent

Autre difficulté du dispositif suédois : il est porteur d'inégalités entre les femmes et les hommes. "En moyenne, une retraitée touche chaque mois 600 euros de moins qu'un homme. Et quasiment une sur deux est bénéficiaire de tout ou partie du minimum vieillesse", ajoute Christina Tallberg.

Pour l'ingénieure Christiane Marty, membre du conseil scientifique d'Attac et de la Fondation Copernic, "avec un dispositif par points, la pension prend en compte toute la carrière, et est censée refléter au plus près les cotisations versées", ce qui pénalise les personnes ayant connu une période de précarité ou d'inactivité, en particulier les femmes. "Dans une réforme de retraites menée au nom de l'équité, il est inacceptable que des inégalités importantes perdurent entre hommes et femmes, voire même qu'elles s'amplifient", lance cette experte qui craint un "appauvrissement des retraités". "Dans le futur système, on aura le même niveau de dépenses et de recettes que dans le système actuel", estime Antoine Bozio, directeur de l'Institut des politiques publiques (IPP). Malgré le vieillissement de la population, le poids des dépenses de retraites ne devra pas excéder 13,8% du PIB, ce qui annonce des baisses de pensions.

Face à ces craintes, Jean-Paul Delevoye, haut-commissaire à la réforme des retraites, assure dans un entretien que "le pouvoir d'achat des retraités sera garanti par une indexation des pensions sur les prix", tandis que "les points acquis sur les salaires évolueront comme les salaires". Pour lui, le système universel, dont le projet de loi sera voté à l'été 2020, permet "une redistribution au profit des carrières courtes et précaires, et des déciles 1,2,3 et 4, soit les revenus les plus faibles". L'ambition est de répondre aux nouveaux parcours professionnels, désormais moins linéaires, avec un dispositif qui, "dès le premier revenu, accorde des droits et donc des points", rappelle-t-il.

Age pivot ou durée de cotisation ?

Un point sensible reste à trancher : "comment arriver à concilier un âge d'équilibre collectif et un âge individuel de durée de travail ?", s'interroge Jean-Paul Delevoye. Autrement dit, faut-il privilégier une notion d'âge pivot pour le départ en retraite, option qui a sa préférence, ou plutôt une durée de cotisation, comme le propose le président de la République ?

"Prendre en compte le seul critère de l'âge est défavorable aux personnes qui ont commencé à cotiser jeune, et ne peuvent pas partir plus tôt", note Maxime Della Coletta, consultant chez France Retraite, interrogé dans le dossier de Mutations consacré aux enjeux de la réforme. Le critère de durée de cotisation "est plus favorable aux ouvriers qui ont commencé tôt, mais il nuit fortement aux carrières incomplètes, qui devront continuer à cotiser jusqu'à un âge indéterminé, et aux jeunes qui ont des difficultés à s'insérer dans l'emploi", complète Henri Sterdyniak, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

Répondre à ces questionnements apparaît crucial au regard du taux d'activité des 60-64 ans qui représente seulement 30% en France, contre 70% en Suède. "Plus de la moitié des travailleurs qui liquident leur retraite ne le font pas depuis l'emploi, constate Michaël Zemmour, maître de conférences à l'université Paris 1 et chercheur associé à Sciences Po. "Cette année, l'âge légal a atteint 62 ans. Or, dès 61 ans, en 2018, la population était répartie en trois tiers : un tiers en retraite ou en préretraite […], un tiers en emploi, et un tiers en situation intermédiaire, sans emploi ni retraite. Dans cet entre-deux, une partie est au chômage, le reste en invalidité ou en inactivité", détaille Michaël Zemmour redoutant, par ailleurs, que cette "zone grise" s'allonge dans le cadre du futur système à points.

Paula Ferreira

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)