Maladies chroniques : plaidoyer pour une « troisième médecine »

Notre système de santé n'est pas adapté à la prise en charge d'un nombre grandissant de malades chroniques. Un collectif de médecins, patients, sociologues, et philosophes réclame le développement d'une "troisième médecine", qui prendrait en compte le malade, ses soignants et ses proches.

"En France, dix millions d'assurés du régime ­général, soit 17%, sont inscrits en affection de longue durée (ALD), ce qui signifie qu'ils sont atteints d'une des vingt-neuf affections pour lesquelles la prise en charge est de 100%", écrit Le Monde dans un long dossier intitulé "Les maladies chroniques bouleversent la médecine".

En réalité, souligne le quotidien, ce chiffre "est loin de refléter l'ensemble des personnes atteintes de maladies chroniques". Ces dernières pourraient en effet être 20 millions, selon les estimations d'un ouvrage collectif publié par les éditions Odile Jacob, et intitulé "Les Maladies chroniques – Vers la troisième médecine".

Comme le rapporte Le Monde, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) observe la multiplication des maladies cardio-vasculaires, des cancers, des pathologies respiratoires chroniques, des cas d'Alzheimer ou encore du diabète au niveau mondial.

Par exemple, le nombre de diabétiques est passé de 108 millions en 1980 à 422 millions en 2014. Pour sa part, le cancer, qui touche chaque année 14 millions de personnes, devrait augmenter de 70% d'ici à vingt ans.

Pour les patients, médecins, sociologues et philosophes qui ont pris part à la rédaction de ce livre, il y a donc urgence à mettre en place une "troisième médecine". Celle-ci succéderait logiquement à la "première", consacrée aux maladies aiguës bénignes, et la "deuxième", destinée aux maladies aiguës graves et aux interventions complexes.

Cette nouvelle approche de la médecine aurait pour spécificité de ne pas seulement s'intéresser aux patients, mais aussi à ceux qui les soignent (professionnels de santé) ainsi qu'aux aidants et aux proches, de plus en plus sollicités dans ce contexte. Car ces catégories-là sont "bien souvent confrontées à l'épuisement, au stress, à la dépression".

A l'opposé d'un système encore centré sur la maladie aiguë, "la troisième médecine ne relève ni d'un exercice isolé de la médecine ni de la médecine de haute technicité (…). Le modèle adapté est une médecine intégrée (biomédicale, pédagogique, psychologique et sociale), qui doit être coordonnée entre soignants, paramédicaux, personnels administratifs, travailleurs sociaux…", écrivent les auteurs.

Mieux partagée entre les différents acteurs intervenant auprès du patient (médecins, établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes…), l'information médicale faciliterait alors la prise en charge. C'était la vocation du dossier médical personnel (DMP), annoncé depuis longtemps.

Au final, les auteurs de l'ouvrage résument leurs propositions dans une "charte pour une santé solidaire", axée autour de douze principes sur l'accompagnement des malades, la formation, la prévention, l'éducation à la santé ou encore la création d'un coordinateur des maladies chroniques. Avec, en toile de fond, la nécessité de "garantir l'égalité d'accès aux soins, les inégalités sociales de santé ne cessant de s'aggraver".

Au besoin, Le Monde rappelle qu'en 2011, les soins liés aux ALD ont représenté une moyenne de 9.200 euros par patient. Soit un total de près de 90 milliards d'euros, les deux tiers des dépenses de l'assurance maladie.

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Frédéric Lavignette

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