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Les nouveaux défis des institutions financières mutualistes

Michel Roux, économiste et doyen honoraire de l’université Paris 13- Sorbonne-Paris-Cité.

Selon Michel Roux, les institutions financières mutualistes traversent une crise d’identité. Dans son ouvrage "Stratégie et gouvernance des institutions financières mutualistes", paru le 7 septembre, cet économiste, doyen honoraire de l’université Paris 13- Sorbonne-Paris-Cité, les invite à relever le défi réglementaire, le défi de gouvernance et celui des nouvelles technologies.

Comment se portent les institutions financières mutualistes ?

Michel Roux – Les mutuelles ont porté au XIXe siècle le dé­veloppement de la protection sociale en France en imposant le principe d’une couverture santé et retraite pour tous. Dans le même esprit, les banques coopératives et mu­tualistes ont ouvert l’accès au crédit à ceux qui ne pouvaient pas y accéder, comme les agriculteurs ou les petits artisans et commerçants. Mais le développement d’une protection sociale d’envergure nationale et la démocratisation du crédit et de l’assurance ont bouleversé le leadership de ces modèles qui connaissent aujourd’hui une crise d’identité.

Les mutuelles d’assurance, qui ne proposaient à l'origine que des contrats d'assurance automobile ou d’habitation, se sont progressivement diversifiées dans la santé. Les mutuelles du Code de la Mutualité s’engagent pour leur part dans des propositions nouvelles d’épargne et de prévoyance.

Et suite aux réformes successives, le Code de la Mutualité et celui des assurances tendent à se rapprocher. De même, les banques coopératives et mutualistes, qui représentent 60 % des banques de détail en France, ont un fonctionnement de plus en plus proche des autres établissements bancaires. Le Crédit agricole, par exemple, est côté en bourse via sa holding Crédit agricole SA.

Les banques mutualistes, les mutuelles et les assureurs mu­tualistes se rapprochent aussi par la nature de leurs activités : les banques mutualistes proposent des assurances et les mutuelles peuvent désormais prêter à l’économie. Les nouvelles technologies facilitent ces synergies. Bref, les institutions financières mutualistes sont aujourd’hui confrontées à des questions de positionnement…

Quel rôle joue l’Union européenne dans ces évolutions ?

Michel Roux – Avec Solvabilité 2, l’Union européenne a engendré des bouleversements majeurs, obligeant les mutuelles, peu familières du concept de fonds propres puisqu’elles redistribuaient la totalité des gains à leurs adhérents, à constituer des réserves. Les fusions de mutuelles sont la conséquence de l’application de cette directive.

Elle a aussi permis la création de formes juridiques nouvelles : les unions de groupes mutualistes (UGM) et les unions mutualistes de groupe (UMG), qui ont facilité la mise en commun de fonds propres entre acteurs du mutualisme, mais aussi avec les institutions de prévoyance relevant du Code la Sécurité sociale ou les sociétés d’assurance mutuelle relevant du Code des assurances. Sur fond de lobbying intense, ces évolutions ont appris au mouvement mutualiste l’intérêt de l’alliance, en certaines circonstances, avec ses concurrents pour parler d’une seule voix à Bruxelles.

Dans ce contexte, comment les mutuelles peuvent-elles, selon vous, conserver leur identité ?

Michel Roux – Elles devront surmonter certains défis. D’abord, le prix de la modernisation ne doit pas être l’abandon des valeurs fondatrices que sont la lutte contre l’exclusion et la démocratie de la gouvernance. Cette partie de l’identité n’est pas négociable parce qu'elle fait la richesse du mouvement mutualiste.

Il faut pour cela relever le défi réglementaire. Cela signifie porter haut et fort l’exigence de mutualisation des risques. Les mutuelles n’ont pas vu venir l’obligation du contrat collectif. Elles doivent être plus réactives. Parler aux syndicats est une urgence !

Autre défi : celui de la gouver­nance. Il passe par une meilleure parité femme-homme ainsi qu’une ouverture aux plus jeunes. En outre, le fonctionnement démocratique, qui a fait la force de la Mutualité, ne doit pas être altéré malgré les fusions de mutuelles. Les nouvelles technologies peuvent être un appui.

Le dernier défi à relever est justement celui des nouvelles technologies. Les comparateurs sur Internet, qui appartiennent à des opérateurs privés, n’ont pas facilité la vie du mouvement mutualiste. Et demain, de nouveaux acteurs utilisant les réseaux sociaux et le croisement des données risquent de faire des propositions commerciales défiant toute concurrence en matière d’assurance et de crédit.

Ces propositions pourraient même faire fi de la réglementation. Les Gafa, autrement dit Google, Apple, Facebook et Amazon, sont déjà sur les rangs. Les institutions financières mutualistes doivent absolument se doter de cellules de veille technologique pour anticiper ces évolutions et faire des contre-propositions efficaces.

Cliquer ici pour découvrir l’ouvrage Stratégie et gouvernance des institutions financières mutualistes.

Caroline Fornieles

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)