Le coût social exorbitant de l’alcool et du tabac

Le poids économique de la consommation d'alcool et de tabac en France s'établit à 120 milliards d'euros pour chacun de ces produits, bien loin de celui des drogues illégales, évalué à 8,7 milliards. Ce sont les estimations de l'économiste Pierre Kopp, dans une étude financée par la direction générale de la Santé (DGS) et publiée par l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT).

Alors que s'ouvre aujourd'hui au Sénat le débat sur le projet de loi de santé, "ces chiffres tombent à point nommé pour la ministre de la Santé, Marisol Touraine, qui s'apprête à faire face à de nouveaux assauts parlementaires contre la loi Evin ou la mise en place du paquet de cigarettes neutre", écrit le journaliste François Béguin, dans Le Monde de samedi (pages 1 et 9).

Pour parvenir à ce bilan, Pierre Kopp, professeur à Paris I et avocat du Comité national contre le tabagisme (CNCT), a d'abord pris en compte le nombre de vies perdues chaque année : 49.051 pour l'alcool, 78.966 pour le tabac et 1.605 pour les drogues illicites. Avec un coût pour une année de vie perdue fixée à 115.000 euros, les décès liés à l'alcool reviennent à près de 66 milliards d'euros et ceux liés au tabac à près de 62 milliards.

Le coût social de l'alcool et du tabac est monstrueux par rapport à d'éventuelles recettes de taxation.

Cette différence, alors que le nombre de décès liés au tabac est plus important, s'explique par les décès prématurés liés à l'alcool (moyenne d'âge 63 ans, contre 71 ans pour le tabac), et les nombreux décès accidentels engendrés par l'alcool, qui touchent souvent les jeunes.

Pour sa part, le coût des soins s'élève à près de 26 milliards d'euros pour le tabac, 8,5 milliards pour l'alcool et 1,4 milliard pour les drogues illicites. "Le coût social de l'alcool et du tabac est monstrueux par rapport à d'éventuelles recettes de taxation", résume Pierre Kopp, qui dénonce chez ceux qui utilisent cet argument "un cynisme de façade basé sur un chiffre faux". "La taxation sur les alcools ne représente que 37 % du coût des soins des maladies engendrées par l'alcool", précise-t-il.

Par ailleurs, l'économiste juge que les chiffres liés à l'alcool sont toujours "sous-estimés". Par exemple, les dépenses engendrées par les infractions, délits et crimes (violences, vols, viols, accidents de la route) imputables à l'alcool ne sont pas prises en compte.

"Ce rapport doit permettre de prendre conscience du coût important des drogues pour la collectivité" et de "hiérarchiser les problèmes afin de mieux éclairer les choix d'engagement des dépenses pu­bliques", souligne Pierre Kopp. Il suggère notamment un doublement du prix des cigarettes, qui permettrait selon lui de "réduire de moitié la consommation".

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Loi de santé : la grogne des médecins

Alors que les sénateurs entament aujourd'hui l'examen du projet de loi de santé, "la colère des médecins ne faiblit pas", observe Le Figaro-économie (page 22), en particulier à l'encontre de la généralisation du tiers payant. "La loi de santé est une remise en cause profonde de notre système de santé", es­time Stéphanie Grassi, porte-parole du mouvement organisateur de la marche des médecins, "Ma santé j'y tiens 71", qui a réuni la semaine dernière 300 praticiens. "C'est une loi totalement inadaptée aux vrais problèmes comme la baisse de la démographie médicale", considère Jean-Paul Hamon, président de la FMF. "Les sénateurs des Républicains et centristes de l'UDI, qui détiennent la majorité à la Haute assemblée ont entendu les médecins (…). Ils veulent supprimer la généralisation du tiers payant", indique Le Figaro. Les débats au Sénat s'achèveront le 2 octobre, avant un nouvel examen du texte à l'Assemblée nationale, en dernière lecture. La FMF, le SML et la coordination de l'Union nationale pour la médecine libérale (UFML, non représentative) appellent à la fermeture des cabinets médicaux à partir du 3 octobre. De son côté, le syndicat de généralistes MG France lance une grève à partir du 5 octobre.

John Sutton

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