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La cigarette électronique dans le collimateur des autorités sanitaires

Des cigarettes électroniques sont vendues, sur Internet et dans certaines boutiques, aux fumeurs qui veulent éviter les dangers du tabac. Mais ces fausses cigarettes peuvent renfermer des substances chimiques toxiques pour la santé. Certaines contiennent aussi de la nicotine mais elles ne sont pas reconnues comme des substituts de sevrage tabagique. En attendant les résultats d'une évaluation approfondie, les autorités sanitaires recommandent la plus grande prudence aux utilisateurs.

Elle ressemble à une vraie cigarette, elle a le goût du tabac et dégage même de la fumée : la cigarette électronique a de quoi séduire les fumeurs ! Atout supplémentaire : on peut l'utiliser dans des lieux publics comme les restaurants. Mais de quoi s'agit-il exactement ? En réalité, la cigarette électronique ne produit pas de la fumée à proprement parler mais une vapeur chargée d'essences aromatiques.

Le dispositif est composé d'un tube de métal dans lequel se trouve un circuit électronique, une batterie et une cartouche de liquide pouvant contenir de la nicotine. Lorsque l'utilisateur aspire une bouffée, le microprocesseur active un pulvérisateur qui mélange le liquide avec l'air inspiré formant une vapeur chaude.

Problème : le liquide contenu dans les cartouches renferme des produits chimiques qui peuvent être toxiques comme le propylène glycol, le linalol et le menthol. "Le premier est un solvant irritant qui peut entraîner des effets neurologiques comparables à l'état d'ébriété", prévient Anne Castot, du service d'évaluation et de surveillance des risques à l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps). "Les deux autres sont des substances aromatiques qui risquent de provoquer des convulsions, notamment chez les personnes qui souffrent d'épilepsie et les personnes âgées", prévient-elle.

Déconseillée aux femmes qui allaitent

La cigarette électronique est-elle un gadget potentiellement dangereux ou une nouvelle aide au sevrage tabagique ? Début octobre, les directeurs généraux de la Santé de l'Union européenne se sont penchés sur la question. De leur côté, les autorités sanitaires françaises s'apprêtent à mener une évaluation approfondie des risques. "Trois à six mois au minimum seront nécessaires pour savoir si le risque est avéré, s'il y a des populations particulièrement exposées et si l'on peut édicter des mises en garde", précise Anne Castot.
En attendant les résultats de son évaluation, l'Afssaps recommande la plus grande prudence aux utilisateurs. "En particulier, l'usage de cigarettes électroniques est à éviter chez les femmes qui allaitent en raison de la toxicité de certaines substances et de l'absence de données sur leur passage dans le lait maternel", alerte l'agence. Sentant le vent tourner, certains fabricants proposent déjà des "e-cigarettes" dépourvues de propylène glycol. Mais ils ne précisent pas par quelle substance ils remplacent ce solvant, dont l'évaporation produit la fausse fumée.

Publicité illégale pour le sevrage tabagique

Au-delà de la toxicité de la cigarette électronique, un autre sujet oppose les autorités sanitaires aux fabricants : "De nombreux distributeurs vendent des e-cigarettes avec de la nicotine en revendiquant, plus ou moins clairement, une action de sevrage tabagique. C'est illégal, car ils n'ont pas obtenu d'autorisation de mise sur le marché (AMM)", met en garde Marie-Laurence Gourlay, responsable du département sur la publicité de l'Afssaps.

L'autorisation de mise sur le marché est en effet obligatoire pour tous les substituts nicotiniques : ces produits relèvent de la réglementation du médicament. Mais l'obtention d'une AMM est un processus long et coûteux. "Nous n'avons ni la taille ni les moyens pour faire une telle demande", se défend Sébastien Morel, gérant de la société Techmadis, qui commercialise des e-cigarettes. "Nous attendons avec impatience les résultats des études en cours pour savoir si nous pourrons ou non continuer à commercialiser notre produit."

Si vous souhaitez arrêter de fumer, mieux vaut donc faire confiance aux substituts nicotiniques comme les patchs ou les gommes à mâcher. Ils ont depuis longtemps fait la preuve de leur efficacité et de leur sécurité dans le sevrage tabagique.

Jean-Philippe Braly et Philippe Rémond

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)