Glyphosate : tous contaminés par les pesticides ?

Des traces de glyphosate ont été décelées dans les urines d'une trentaine de volontaires par l'association Générations futures. L'association milite pour l'interdiction de cette molécule présente dans l'herbicide Roundup, du groupe Monsanto.

Sommes-nous tous contaminés au glyphosate, le pesticide le plus utilisé au monde, en particulier dans l'agriculture ? C'est le sens de l'analyse menée par Générations futures, dont Le Monde rapporte les résultats, rendus publics le 6 avril 2017.

L'association a en effet mesuré le taux de glyphosate décelable dans l'urine de diverses personnalités, "des individus d'âges différents, végétariens ou non, vivant en ville ou à la campagne".

Verdict : "100% des échantillons contiennent du glyphosate, la molécule active de l'herbicide Roundup produit par Monsanto", écrit le quotidien.

Les volontaires, parmi lesquels la chanteuse Emily Loizeau ou la chroniqueuse Charline Vanhoenacker, "présentent une contamination par le glyphosate de 1,25 microgramme par litre (µg/l) en moyenne, soit « 12,5 fois la concentration maximale admissible pour un pesticide dans l'eau »", souligne Le Monde, citant le rapport de Générations futures.

Lors d'une conférence de presse, le directeur de l'association, François Veillerette, a reconnu que ces résultats ne constituent "pas une étude scientifique", notamment en raison du faible échantillon retenu (30 personnes), note Sciences et avenir. L'association a néanmoins pris soin de comparer ses analyses avec d'autres rapports similaires réalisés en Europe et dit obtenir des "résultats concordants".

Son réel objectif, explique François Veillerette, est de faire en sorte que "les autorités européennes prennent conscience de l'urgence à agir et interdisent enfin le glyphosate". Ce produit, rappelle Générations futures, est classé "cancérogène probable" depuis mars 2015 par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

"On est dans une période charnière pour le futur du glyphosate avec la future position de l'Europe", assure, dans Le Monde, Nadine Lauverjat, coordinatrice de l'association.

Habituellement, l'Europe interdit l'utilisation de pesticides dès lors qu'ils sont classés cancérogènes "certains" ou "probables". Or le glyphosate n'est pas interdit car l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), puis l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA), n'ont pas confirmé le classement attribué par l'OMS.

Il y a quelques semaines, Génération futures avait déjà alerté les responsables politiques en mettant en évidence la présence de perturbateurs endocriniens dans les cheveux de diverses personnalités écologistes.

Au sujet de ces substances chimiques qui interagissent avec le système hormonal, une quinzaine de scientifiques européens et américains ont interpellé, dans une lettre ouverte du 7 avril 2017, "les ministres européens de la santé, de l'environnement, et de l'agriculture ainsi que le Commissaire européen de la santé pour que soit retenue une définition claire et indiscutable des perturbateurs endocriniens", indique Le Monde. Le quotidien publie à ce sujet une interview de Rémy Slama, épidémiologiste à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) de Grenoble.

"Depuis 2009, la réglementation prévoit les modalités de gestion de ces pesticides et leur interdiction s'ils contiennent des substances cancérigènes ou des perturbateurs endocriniens... mais sans avoir fourni la définition légale de ces substances, dénonce ce scientifique, signataire de la lettre ouverte.

"Nous militons simplement pour obtenir une définition efficace et la plus proche possible de l'état de la littérature scientifique. Retarder ces définitions ou adjoindre des clauses, c'est instrumentaliser la science."

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Sabine Dreyfus

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