E-santé : une révolution pour les mutuelles

Guillaume Sarkozy délégué général de l’institution de prévoyance Malakoff Médéric, et Etienne Caniard, président de la Mutualité Française, lors du Carrefour de la télésanté, le 9 octobre, à Paris.

Le développement de la e-santé va modifier le métier des complémentaires, qui veulent proposer des services innovants pour mieux accompagner leurs adhérents. C'est ce qu'a indiqué le 9 octobre le président de la Mutualité Française, Etienne Caniard, lors du Carrefour de la télésanté.

Robotique, télémédecine, application mobile pour suivre un patient à distance ou encore systèmes d'information hospitaliers partagés : tous ces services basés sur les technologies de l'information et de la communication (Tic) font partie de la e-santé, un secteur en plein essor. Le Carrefour de la télésanté, organisé le 9 octobre, à Paris, a consacré une table ronde sur le rôle des organismes complémentaires dans le financement de la e-santé.

"Je suis absolument persuadé que nous sommes en train de sortir d'un monde et d'entrer dans un autre", a déclaré à cette occasion le président de la Mutualité Française. Pour Etienne Caniard, "la e-santé va faire éclater l'ensemble des frontières que nous connaissons aujourd'hui et l'ensemble des cloisonnements entre la médecine de ville et l'hôpital". Un avis partagé par Guillaume Sarkozy, délégué général de l'institution de prévoyance Malakoff Médéric : "Le digital va permettre de nouvelles intermédiations (…) et d'avoir une vision beaucoup plus globale."

"Une vraie valeur ajoutée"

Aujourd'hui, les organismes complémentaires restent focalisés sur le remboursement d'actes médicaux et de produits de santé, comme les médicaments. "Demain, nous allons également financer des dispositifs beaucoup plus complexes qui vont mêler des systèmes d'information et associer différents professionnels de santé", explique Etienne Caniard.

Pour Guillaume Sarkozy, les complémentaires ne se limiteraient pas au financement d'un objet connecté ou au remboursement d'un soin. En effet, intervenir après la Sécurité sociale, tel un "payeur aveugle", n'apporte qu'une "valeur ajoutée économique incroyablement faible", fustige le délégué gé­néral de Malakoff Médéric. Il défend un pilotage du risque santé "en temps réel" pour faire face aux défis d'avenir. En outre, et à l'instar du mouvement mutualiste, il plaide pour le renforcement des réseaux de soins et le développement d'actions de prévention, en particulier en entreprise dans le cadre de la généralisation des contrats collectifs.

"L'enjeu pour les complémentaires sera de développer un rôle ayant une vraie valeur ajoutée : un rôle d'accompagnement et d'orientation, ajoute Etienne Caniard. Il faut passer à une fourniture de services innovants et cela modifie complètement les métiers qui sont les nôtres." Le président de la Mutualité Française est convaincu de la capacité des mu­tuelles à inventer des services qui répondent aux nouveaux besoins des patients.

Accès aux données de santé anonymisées

Ces services innovants pourraient, par exemple, s'appuyer sur les données recueillies par les objets connectés. "Il faut que nous ayons accès aux données anonymisées de santé pour pouvoir faire notre travail, notamment proposer le meilleur parcours de soins à nos clients sans jamais rien leur imposer", réclame Guillaume Sarkozy. Interdire cet accès reviendrait à "refuser le progrès et la capacité à avancer", lance-t-il. "Et cela entraînerait des pertes de chances importantes pour certains pa­tients" qui pourraient être mieux suivis grâce à la e-santé, prévient Etienne Caniard.

"L'Etat va chercher à nous ralentir mais quelles que soient les décisions prises, j'ai la conviction que nous arriverons demain à proposer ces services à nos adhérents", poursuit le délégué général de Malakoff Médéric. "Nous sommes en train de basculer beaucoup plus rapidement qu'on ne peut l'imaginer", renchérit le président de la Mutualité Française.

En guise d'illustration, Etienne Caniard rappelle le bilan positif des expérimentations mutualistes de téléconsultation ou de télémédecine menées dans des établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Il en ressort que les patients et les professionnels de santé s'adaptent sans difficulté aux nouvelles technologies proposées pour faciliter la prise en charge.

En revanche, le financement pose toujours problème. "Aujourd'hui, ces expériences sont financées par quelques fonds dédiés des agences régionales de santé (ARS) et par les opérateurs eux-mêmes", indique Etienne Caniard. "Mais nous ne savons pas rémunérer un acte de télémédecine, déplore-t-il. Il faudrait modifier les règles de paiement à l'acte, aujourd'hui complètement désuètes."

Un rapport sur la transformation numérique du système de santé

"La santé, bien commun de la société numérique" : c'est le titre du rapport remis le 13 octobre à la ministre de la Santé par Benoît Thieulin, président du Conseil national du numérique (CNNum). Celui-ci formule 15 propositions pour "libérer l'innovation sous toutes ses formes", "passer du colloque singulier médecin-patient à un réseau du soin" et "outiller les citoyens pour leur permettre d'être effectivement tous “tributaires et dépositaires” de notre système de santé".

Pour le ministère de la Santé, ces recommandations doivent contribuer à ce que "la transformation numérique du système de santé favorise l'émergence d'une société plus solidaire, équitable et innovante, en cohérence avec la stratégie nationale du numérique annoncée par le Premier ministre le 18 juin dernier ". Trois chantiers prendront appui sur ce rapport : "La construction du futur service public d'information en santé, l'émergence de nouveaux espaces de co-innovation en santé et les travaux sur le futur dossier médical dématérialisé."

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Paula Ferreira

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)