Tiers payant : position commune des trois familles de complémentaires

Alors que la généralisation du tiers payant à l'ensemble des assurés est prévue pour 2017, les trois présidents des grandes familles d'assurance complémentaire (Mutualité française, FFSA et Centre technique des institutions de prévoyance) élaborent actuellement un "projet commun pour début 2015" relève Espace social européen n° 1054 (pages 4 et 5), qui publie une interview croisée des trois présidents des complémentaires : Etienne Caniard (FNMF), Pierre Mie (Ctip) et Bernard Spitz (FFSA).

"Lorsque le tiers payant sera généralisé, ce sont plus de 11 milliards d'euros qui seront ainsi avancés pour permettre à tous, notamment aux plus précaires, de ne plus renoncer aux soins" se réjouit Etienne Caniard. La Mutualité, rap­pelle-t-il a lancé depuis 2009 un dispositif de conventionnement pour permettre aux professionnels de santé de pratiquer le tiers payant avec de nombreuses mutuelles, en ne signant qu'une seule convention. Désormais, estime le président de la Mutualité Française, il faut "aller plus loin, car la situation n'est plus tenable".

"Il est indispensable que nous ayons une relation directe et privilégiée avec les professionnels de santé que nous finançons, exige Etienne Caniard. (…) Pour cela, nous devons agir ensemble, avec les autres complémentaires, car la généralisation du tiers payant, voulue par les pouvoirs publics, doit prendre en compte la diversité des réalités du terrain."

En écho, Bernard Spitz déplore le fait que la Cnam et les pouvoirs veuillent imposer aux complémentaires un "passage obligé" par les systèmes d'information de l'assurance maladie obligatoire. Ce serait une "vraie régression" estime le président de la FFSA. "Nous étions déjà des payeurs aveugles, nous ne voulons pas devenir des payeurs aveugles et invisibles, comme cela arriverait si la solution choisie était la même que pour l'aide à la complémentaire santé », met en garde Jean-Paul Lacam, délégué général du Ctip, sur le site www.argusdelassurance.com.

Pour contrer ce mouvement, "nous souhaitons nous appuyer sur la réussite de nos travaux inter-AMC de ces deux dernières années pour pousser la réflexion jusqu'au bout, aboutir à l'élaboration d'une stratégie commune et à un plan d'action dès le début de l'année 2015".

Quelle forme cette association prendra-t-elle ?, interroge Espace social européen. "Nous n'excluons aucune hypothèse : GIE, plateformes de service communes, services partagés, répond Pierre Mie, président du Ctip. Nous ferons le choix le moment venu avec nos membres, plusieurs d'entre eux ont déjà entamé des réflexions et souhaitent également faire des propositions." L'objectif, indique-t-il, est, entre autres, de "simplifier les relations avec les professionnels de santé et d'améliorer le service à l'assuré en simplifiant ses démarches et en garantissant la visibilité des différents acteurs".

Ophtalmologistes : des délais inadmissibles

Les délais d'attente pour obtenir un rendez-vous chez un ophtalmologiste n'ont jamais été aussi longs : 108 jours en moyenne, constate Le Parisien/Au­jourd'hui (pages 1 à 3). Dans le département de la Loire, il faut compter 205 jours ! Paris et sa banlieue ouest sont mieux lotis, mais en Seine-et-Marne et dans l'Essonne, il faut compter entre trois et six mois de délais.

Autre constat : les Français sont de moins en moins nombreux à consulter. Ainsi, 72% d'entre eux ont fait contrôler leur vue au cours des deux dernières années (contre 78% auparavant). Mais certains n'hésitent pas à parcourir des centaines de kilomètres pour prendre rendez-vous dans une grande ville. "Si vous avez une mauvaise vue, il vaut mieux habiter Paris que Saint-Etienne », conseille Le Parisien/Aujourd'hui (page 2). Comment en est-on arrivé là ? Pendant des années, l'Etat n'a pas ouvert assez de postes en ophtalmologie dans les facultés de médecine. Par ailleurs, les ophtalmologistes préfèrent s'installer en Ile-de-France ou en Paca, régions plus attractives en termes de clientèle et de cadre de vie mais médicalement sur dotées, et boudent l'Auvergne et le Limousin.

"Nous avons fait un effort sans précédent en augmentant fortement le nombre de postes, passé de 106 en 2010 à 150 en 2014 », se défend le ministère de la Santé. Il souhaite également faire réaliser des bilans visuels par des personnels paramédicaux pour un renouvellement de lunettes, sans passer par un ophtalmologiste. "Marisol Touraine a effectivement un peu augmenté le nombre de postes », reconnaît Thierry Bour, secrétaire général adjoint du Syndicat national des ophtalmologistes de France (Snof), mais il estime que "ça ne va pas suffire" en raison des nombreux départs en retraite prévus. "Dans quelques années, on risque vraiment la grande pénurie. (…) Il faut davantage de postes », conclut-il.

"Il est urgent de trouver des solutions, car les Français ont la vue qui baisse" souligne Le Parisien/Aujourd'hui (page 2). En effet, 51% d'entre eux souffrent de problèmes de vision de près (contre 44% en 2013), selon le baromètre 2014 de l'Association nationale pour l'amélioration de la vue (Asnav). Une situation qui s'explique par le nombre d'heures de plus en plus élevé passées devant les écrans, ainsi que par le vieillissement de la population.

John Sutton

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