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Perte d’autonomie : « Mutations » tire la sonnette d’alarme

Dans sa dernière livraison, "Mutations", le magazine prospectif de la Mutualité Française, montre l'urgence de trouver de nouveaux financements de la perte d'autonomie en raison de la croissance attendue du nombre de personnes dépendantes dans les prochaines années.

A elles seules, les projections démographiques donnent une idée des défis lancés par la perte d'autonomie. Selon la direction de la Recherche, des Etudes, de l'Evaluation et des Statistiques (Drees), le nombre de personnes âgées dépendantes devrait atteindre 1,5 million en 2030, puis 2,3 millions en 2060. Celui-ci était de 1,1 million en 2010 !

Les réponses à ces défis sont de plusieurs ordres, comme le montre "Mutations", le magazine prospectif et de débats de la Mutualité Française, dans sa dernière livraison. En termes de structures d'abord.

Alors que les politiques publiques tendent à favoriser le maintien à domicile, le plus longtemps possible, des expérimentations permettent d'associer ce maintien avec l'offre proposée dans un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Direction Sartrouville, dans les Yvelines, où la Croix-Rouge teste un Ehpad "hors les murs" au sein duquel une équipe pluridisciplinaire se relaie autour des premiers bénéficiaires pour les accompagner au quotidien.

De l'incapacité à la dépendance

Si la question de l'accompagnement est centrale, celle de la prévention l'est tout autant. Dans "Mutations", le gériatre Bernard Cassou démontre, étude à l'appui, l'efficacité de programmes d'exercices physiques destinés à prévenir les chutes chez les plus de 75 ans, facteur le plus souvent de situation d'incapacité.

Mais le passage de l'incapacité à la dépendance résulte d'une inadaptation de la société (habitat, transport…) à la personne en situation de fragilité. "Il faut prendre en compte toute la complexité du problème, et se demander ce que la collectivité pourrait faire pour améliorer l'environnement, plutôt que de braquer le regard sur les incapacités de la personne", affirme cet expert.

Assurance obligatoire

L'évolution attendue du nombre de personnes dépendantes impose naturellement une réflexion sur les modalités de financement de la perte d'autonomie. Et cela sans tarder, car les générations issues du baby-boom arriveront en 2025 à l'âge ou le risque de dépendance est élevé. Aujourd'hui, le coût total de la dépense, autrement dit en y intégrant le coût informel du travail des aidants, est estimé entre 41 et 45 milliards.

Au regard des projections démographiques, entre 5 et 6 milliards d'euros supplémentaires seront nécessaires. Plusieurs pistes de financement sont déjà sur la table : création d'une deuxième journée de solidarité, instauration d'un prêt dépendance financé par les banquiers et les assureurs, ou d'une assurance dépendance obligatoire. Pour l'économiste Roméo Fontaine, co-auteur d'une étude sur la prise en charge de la dépendance par les assurances privées, si le marché de l'assurance dépendance a aujourd'hui du mal à décoller en France, c'est parce que beaucoup y voient "un risque de cotiser à fond perdu et préfèrent se tourner vers l'épargne".

En écho, Thomas Béhar, directeur de la performance financière du groupe CNP Assurances, estime qu'un caractère obligatoire permettra de "massifier l'assurance, en évitant l'anti-sélection". "Avec l'accord national interprofessionnel (Ani), notamment, la complémentaire santé a été généralisée avec succès. On pourrait faire de même avec la couverture dépendance, non pas sur la base d'un modèle viager et individuel, mais sur la base de groupes professionnels constitués", juge cet expert.

Au-delà de ces mesures, c'est l'ensemble de l'architecture du financement qui sera amené à évoluer. "La principale question est avant tout celle de la répartition de l'effort de financement entre part publique et part privée et des formes que l'on souhaite donner à la solidarité publique", indiquent les auteurs d'une étude du Conseil d'analyse économique (CAE) intitulée "Quelles politiques publiques pour la dépendance", publiée en octobre 2016.

La France compte plus de 8 millions d'aidants, dont la moitié s'occupe d'une personne âgée. Ce nombre, explique Florence Leduc, présidente de l'Association française des aidants, dans le dernier numéro de "Mutations", est inéluctablement amené à croitre, en raison de l'allongement de l'espérance de vie et du développement des maladies chroniques. Aujourd'hui, la moitié d'entre eux sont "en très grande difficulté" : épuisement, isolement, difficulté à trouver des personnes ressources pour les aider dans leurs tâches quotidiennes… "Il est crucial de préserver la qualité de vie des aidants et de donner un peu d'air aux personnes aidées", affirme Florence Leduc. Ce qui ne passe pas par un statut de l'aidant, mais par la nécessité de leur donner les moyens de vivre : "Se balader, voir leurs petits-enfants, côtoyer leurs amis et pratiquer leurs activités habituelles."

Jean-Michel Molins

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)