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Personnes âgées dépendantes : les effets bénéfiques de la marche rapide

A raison de trois séances hebdomadaires, la marche rapide améliore la condition des sujets âgés, explique le Dr David Hupin, maître de conférences des universités - praticien hospitalier au CHU de Saint-Etienne. C'est le résultat d'une étude menée en partenariat avec les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) de la Mutualité Française Loire-Haute-Loire.

Quel est l'objet de vos recherches sur la marche rapide chez les personnes âgées ?

Dr David Hupin – L'idée était de mesurer, sur une population de personnes âgées, les effets de l'activité physique sur le système nerveux autonome. Il s'agit de la partie du système nerveux qui contrôle certaines fonctions automatiques, telles que les battements du cœur, la respiration ou encore la digestion. Or, le vieillissement diminue ses performances, ce qui provoque des infarctus, des accidents vasculaires cérébraux, ou des maladies neurodégénératives. Nous avions observé, lors d'une précédente étude longitudinale sur 15 ans, que l'activité physique pouvait réactiver ce système. Le but de cette étude interventionnelle était donc de confirmer ces premières observations et de déterminer la dose optimale d'activité physique dans ce cadre.

Ces travaux sont financés par la Fondation Paul-Bennetot, sous l'égide de la Fondation de l’Avenir, et sont menés dans les 14 établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) de la Mutualité Française Loire-Haute-Loire Ssam (services de soins et d'accompagnement mutualistes), en partenariat avec le centre hospitalo-universitaire (CHU) de Saint-Etienne, l’Université Jean Monnet de Saint-Etienne et le Gérontopôle Auvergne-Rhône-Alpes.

Comment se sont déroulés les travaux ?

Dr David Hupin – L'étude a débuté en 2016. La première année, nous avons inclus 30 sujets âgés de 80 ans en moyenne, tous résidents des Ehpad mutualistes. Et nous venons d'inclure 30 autres volontaires. Répartis en plusieurs groupes et équipés d'un cardiofréquencemètre, ceux-ci ont pratiqué la marche rapide, y compris avec des aides à la marche comme une canne ou un déambulateur.

Auparavant, nous leur avions fait subir une épreuve cardio-respiratoire, d'abord pour nous assurer que l'activité physique ne serait pas délétère pour eux, et pour déterminer leur fréquence cardiaque d’entraînement. Lors des séances, ils ont été entraînés à une fréquence cardiaque qui leur permettait de parler, même en étant essoufflés. L'enseignant en activité physique adaptée qui les supervisait disposait, sur une tablette, des paramètres de chaque participant. Il pouvait ainsi adapter la vitesse de marche et proposer un programme personnalisé. Par ailleurs, pour certains groupes, nous avons ajouté un dispositif de neurostimulation vagale post-entraînement, car on sait qu'un effort inhabituel et important peut avoir un effet inverse sur le système nerveux autonome, surtout chez des personnes qui ne font jamais de sport. En stimulant le nerf principal du système nerveux autonome, le nerf vague, on améliore la récupération du sujet, ce qui rend la séance plus efficiente.

Quels sont les premiers résultats de cette étude ?

Dr David Hupin – La première observation concerne l'adaptabilité cardiaque. On a longtemps cru qu'il ne servait à rien de faire travailler un cœur fatigué de sujet âgé. Or, on note une réponse de la fréquence cardiaque adaptée à l'entraînement : le coeur est mieux contrôlé, il se contracte plus efficacement quand on lui demande un effort.

Les premières semaines, les résidents montent rapidement en fréquence cardiaque. Et au fil du temps, pour une même charge de travail, ils arrivent à marcher à la même allure en baissant ce rythme. Les courbes sont assez parlantes : un sujet de 85 ans montait à 130 battements par minute au début de l'expérience, soit quasiment sa fréquence cardiaque maximale. Et quelques mois après, pour un même effort, il était à 120 puis 100 battements par minute. Il pouvait parler sans être essoufflé. Il y a donc une adaptabilité cardiaque fascinante chez ces gens de 85 ans !

Quels sont les effets de la marche rapide sur le système nerveux autonome ?

Dr David Hupin – Sur le système nerveux autonome, nous obtenons également des résultats significatifs, mesurés grâce à un enregistrement nocturne de la fréquence cardiaque. A trois séances par semaine, les résidents améliorent leur système nerveux autonome. En revanche, une fois par semaine ne semble pas être une dose suffisante.
Autre observation : la marche rapide agit sur la sarcopénie, la fonte de la masse musculaire qui survient lorsque nous vieillissons. Une évolution qui peut être à l'origine des pertes d'équilibre ou de chutes. Les volontaires inclus dans l'étude ont gagné en force et endurance musculaire, avec trois entraînements par semaine. Il faut noter que ces résultats sont surtout intéressants après trois et six mois d’entrainement. Au-delà du neuvième mois, les patients paraissent stagner, les effets bénéfiques diminuent.

Quelle est la prochaine étape pour cette étude ?

Dr David Hupin – Nous avons recueilli ici des paramètres objectifs. Ce qui nous intéresse, à présent, c'est de savoir si on améliore l'autonomie et la qualité de vie. Pour le déterminer, nous devons faire la corrélation entre ces données et les paramètres subjectifs obtenus grâce à des questionnaires auxquels nous avons soumis nos sujets tous les trois mois : sur la qualité de vie, sur la douleur, avant et après les séances, sur la survenue de chutes, la diminution ou non de leurs traitements médicaux, et le nombre d'hospitalisations. Nous ferons également le lien avec leurs bilans neuropsychologiques. A terme, l'objectif est d'émettre des recommandations en termes d'activité physique en fonction de l'âge. Grâce à la modélisation mathématique d'une séance de marche rapide, nous allons pouvoir dire qu'à 75 ans par exemple, la dose efficace, c'est 18 minutes par jour, à 80 ans, 15 minutes… Les résultats définitifs devraient être publiés en décembre 2018.

Propos recueillis par Sabine Dreyfus

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)