Handicap psychique : la réinsertion par le logement

Patrick, 63 ans, locataire d'un studio à la résidence accueil de Joué-les-Tours (Indre-et-Loire), gérée par la Mutualité Française Centre-Val de Loire.

Des personnes souffrant d'un handicap psychique louent leur propre studio à la résidence accueil de Joué-les-Tours (Indre-et-Loire). Géré par la Mutualité Française Centre-Val de Loire, cet habitat communautaire permet de retrouver son autonomie et de se réinsérer progressivement.

A la résidence accueil de Joué-les-Tours (Indre-et-Loire), l'isolement est banni ! Cet habitat communautaire permet à des personnes en situation de handicap psychique de louer un logement privatif tout en bénéficiant d'un cadre collectif, pour la prise des repas ou la participation à des loisirs.

"Je vais tous les jours à l'hôpital de jour pour mes problèmes neurologiques et je suis content de rentrer chez moi le soir", nous raconte Patrick, 63 ans. Installé dans son studio, équipé d'une kitchenette et d'une salle d'eau, il est heureux de préserver son autonomie sans être totalement seul : "Ici, je peux pratiquer des activités avec d'autres personnes. On fait de la cuisine, des randonnées, on visite des châteaux !"

"Nous accueillons des locataires dont la situation sociale, psychologique, voire psychiatrique, est handicapante. Notre objectif est de répondre à leurs difficultés d'accès au logement en milieu ordinaire, notamment du fait d'addictions, de troubles psychotiques ou psychiatriques sévères", explique Chloé Saulnier, directrice-adjointe du pôle handicap psychique de la Mutualité Française Centre-Val de Loire.

Alternative à l'hospitalisation

"Certains d'entre eux ont parfois passé dix, quinze ou vingt ans de leur vie en institution psychiatrique avant d'arriver ici", renchérit Bruno Papin, directeur général adjoint de la Mutualité Française Centre-Val de Loire et coordonnateur du pôle handicap psychique, devant le président de la Mutualité Française, Thierry Beaudet, en visite le 2 mars 2017.

"Nous avons une réelle valeur ajoutée en tant qu'alternative à l'hospitalisation publique ou privée. Nous participons à la réinsertion des personnes grâce à un accompagnement plus facile", ajoute Bruno Papin, également directeur du centre de prévention et de réadaptation cardio-vasculaires Bois-Gibert, autre établissement visité par Thierry Beaudet à cette occasion (lire notre encadré à la fin de l'article).

"La Mutualité, contrairement aux idées reçues, ce n'est pas que la complémentaire santé ! La Mutualité est un acteur global de santé qui accompagne les personnes tout au long de la vie, en répondant à leurs besoins de prise en charge, lance Thierry Beaudet. A travers les actions des services soins et d'accompagnement mutualistes (Ssam), nous démontrons au quotidien l'utilité sociale du mouvement mutualiste."

Gérée par la Mutualité Française Centre-Val de Loire, cette résidence accueil fait en effet partie des 2.600 Ssam que compte le réseau de la Mutualité Française, rappelle-t-on.

Sport, théâtre, cinéma…

La résidence accueil propose 26 places de location : 9 en logements individuels, 17 en colocation dans la ville de Tours et sa périphérie. Début 2018, 10 places de colocation devraient être transformées en places de logement individuel pour faire face à une demande croissante. Le prix du loyer varie de 350 à 500 euros par mois, avec la possibilité de bénéficier d'aides au logement.

"Deux travailleurs sociaux accompagnent les locataires dans leur vie quotidienne et sociale, de 9 à 17 heures. Une permanence téléphonique est assurée le soir et le week-end, précise Chloé Saulnier. Un hôte de maison est chargé du fonctionnement de la résidence, de son animation et des bonnes relations entre les résidents."

La seule obligation pour les locataires : assister à une réunion collective hebdomadaire. Pour le reste, chacun est libre de participer ou non aux activités communes : sorties culturelles (théâtre, cinéma…), sport le vendredi matin, initiation au bénévolat, etc. Assurée sur place, une permanence "Bouge tes loisirs" permet aux résidents de proposer et d'organiser de nouvelles occupations.

Par ailleurs, une assistante sociale et un psychologue apportent leur soutien. Par exemple, ils peuvent aider les résidents à accéder à un logement classique, lorsque leur état de santé et leur autonomie le permettent enfin. Si ce n'est pas le cas, la personne conserve son logement à la résidence accueil sur une longue période. Cette forme de logement constitue une sorte de relais avant une éventuelle réinsertion dans la société.

Coordination des acteurs

Ce travail d'intégration est mené en collaboration avec les psychiatres, grâce à des échanges réguliers et formalisés. Les autres services du pôle handicap psychique contribuent à cette synergie en optimisant et en coordonnant les différentes réponses apportées aux personnes dans le domaine social et médico-social.

Le service d'accompagnement à la vie sociale (SAVS) favorise ainsi la resocialisation des personnes. Les membres du SAVS peuvent être amenés à rencontrer des bailleurs pour un nouveau logement, faire le lien avec les tuteurs ou curateurs, ou tout simplement aller prendre un verre au café, ce qui peut être très anxiogène pour certaines personnes en souffrance psychique.

Si le service d'accompagnement médico-social pour adultes handicapés (Samsah) apporte aussi son soutien dans les démarches de la vie quotidienne, il assure essentiellement la coordination des soins nécessaire au suivi du résident. Cela consiste notamment à assurer un lien avec l'infirmière libérale, conduire une personne chez le dentiste, un médecin ou tout autre professionnel de santé.

L'utilité sociale du mouvement mutualiste

En plus de la résidence accueil de Joué-les-Tours (Indre-et-Loire), le président de la Mutualité Française, Thierry Beaudet, s'est rendu le 2 mars 2017 dans trois autres services soins et d'accompagnement mutualistes (Ssam) gérés par la Mutualité Française Centre-Val de Loire. Objectif : aller à la rencontre des mutualistes sur le terrain et montrer l'utilité sociale du mouvement mutualiste à travers les activités des Ssam.

Véritable acteur de l'économie sociale et solidaire, cette union territoriale compte plus d'une centaine de services et établissements répartis sur quatre départements (Cher, Indre, Indre-et-Loire, Loir-et-Cher) pour un total de 1.400 salariés.

A Ballan-Miré, Thierry Beaudet s'est tout d'abord rendu dans deux structures liées au handicap moteur : l'Institut d'éducation motrice Charlemagne accueille soixante enfants de 4 à 20 ans ; la Grande maison accueille des adultes, notamment au sein d'une maison d'accueil spécialisé (14 places) et d'un foyer d'accueil médicalisé (15 places).

Troisième établissement visité à Ballan-Miré : le centre de prévention et de réadaptation cardio-vasculaires Bois-Gibert où la télésurveillance sera lancée en 2018 pour éviter des hospitalisations (lire également notre article).

Ces visites font suite à un précédent déplacement de Thierry Beaudet à Saint-Etienne (Loire), le 9 février 2017. Le président de la Mutualité Française a rencontré les équipes de plusieurs établissements mutualistes gérés par la Mutualité Française Loire-Haute Loire Ssam et soutenus par Eovi-MCD mutuelle.

Parmi eux, la clinique de services et de soins mutualistes, un centre de santé qui réunit quatre types de compétence : dentaire, rééducation, radiologie et un pôle de la femme. Autres exemples de lieux visités : le pôle de consultations de la clinique mutualiste chirurgicale, ouvert en mai 2016 ; la résidence mutualiste Bellevue qui offre différents types de prise en charge aux personnes âgées (96 lits).

Paula Ferreira

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)