Comment s’attaquer aux actes médicaux inutiles

Plus d’un acte médical sur cinq serait inapproprié, qu’il s’agisse de prescriptions, d’examens ou de soins inutiles. "Des solutions existent, encore faut-il qu’elles soient acceptées par les médecins et les patients", estime Jacques Marceau, un expert santé.

"Parions que "la transformation en marche" qui s'est visiblement emparée de la sphère politique française ne nous épargnera pas les traditionnelles et récurrentes discussions de marchands de tapis à l'occasion du prochain vote du PLFSS. Les Français sont prévenus, il va falloir faire des économies et la santé n'y échappera pas !", écrit Jacques Marceau, expert santé à la Fondation Concorde, un think tank économique, dans une tribune publiée dans Les Echos.

Les soins et examens inutiles représenteraient un peu plus du quart du budget de la Sécu, soit environ 50 milliards d'euros. La faute au prescripteur ? Pas vraiment, selon l'expert en santé : "L'évolution de la complexité ambiante, associée aux transformations technologiques, à la normalisation des protocoles et des parcours de soins, au risque judiciaire et au poids croissant des contraintes administratives, sans oublier les incitations économiques, vient aggraver une situation devenue non seulement économiquement insupportable mais humainement condamnable".

Il se montre plus sévère avec le patient. Il "est conscient de ses droits mais de moins en moins de ses devoirs, notamment depuis que l'on a érigé en progrès le dogme de la démocratie sanitaire. Un patient, informé et désinformé par Internet, qui se comporte de plus en plus comme un consommateur de soins et qui n'hésite plus à faire pression sur son médecin pour orienter sa prescription d'examens ou d'actes que lui-même juge pertinents."

Ces erreurs et prescriptions inappropriées ne sont pas une fatalité et ne doivent plus être un tabou. Une politique intelligente et volontariste dans ce domaine permettrait, à court terme, d'obtenir des résultats, estime-t-il. Tout d'abord pour le patient lui-même, en évitant des souffrances inutiles et les effets indésirables de traitements inappropriés. Sur la qualité des soins, ensuite, avec une meilleure adhésion des malades à leurs traitements. Sur un plan économique, enfin, dans un contexte d'augmentation du coût des médicaments et de la recherche d'économies dans la santé, avec de surcroît un impact positif avec les politiques de prévention.

Jacques Marceau préconise des solutions, comme la généralisation de logiciels de prescription signalant les interactions ou les incohérences, le renforcement de la formation continue des médecins, le déploiement d'un vrai dossier numérique du patient ou l'institutionnalisation et la prise en charge de la pratique du deuxième avis médical en cas de maladie grave.

"A l'heure de la personnalisation des traitements, de l'industrie 4.0 et du travail collaboratif, pourquoi refuser à notre système de santé la pratique du deuxième avis, aussi peu coûteuse que ses bénéfices sont immenses et immédiats ?" interroge-t-il. "Face à de tels enjeux, pourquoi est-il difficile, chez nous plus qu'ailleurs, d'obtenir l'adhésion de l'ensemble des professionnels de santé et des patients ? Avons-nous encore les moyens de fuir nos responsabilités et de ne pas en finir avec nos tabous ? Avec 50 milliards d'euros d'économies à la clef, ce n'est pas sûr !", conclut Jacques Marceau.

 

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John Sutton

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