Complémentaire : les oubliés de la généralisation

Le président de la Mutualité Française, Etienne Caniard, était "L'invité de l'économie" ce matin sur Radio classique, sur le thème de la généralisation de la complémentaire santé en entreprise. Quel est l'intérêt pour un salarié déjà couvert par un contrat individuel de basculer dans un contrat collectif ?, l'a interrogé le journaliste Nicolas Pierron. "La généralisation améliore grandement la situation des salariés, mais pose un problème en dehors du monde du travail, qui ne bénéficie quant à lui d'aucune aide", estime Etienne Caniard. Certes, le nouveau dispositif "représente 400.000 nouveaux accédants à une couverture complémentaire", mais ces dernières années, a-t-il fait valoir, "500.000 personnes, essentiellement des retraités, ont renoncé à leur complémentaire parce qu'elle était trop onéreuse. Nous sommes face à un mouvement contradictoire : d'un côté, une amélioration de la situation des salariés et de l'autre, une dégradation générale de l'accès aux complémentaires." "Lorsqu'on sait qu'une personne qui n'a pas de complémentaire renonce deux fois plus aux soins, on voit les conséquences immédiates", a-t-il déploré.

Nous sommes face à un mouvement contradictoire : d'un côté, une amélioration de la situation des salariés et de l'autre, une dégradation générale de l'accès aux complémentaires.

La guerre des prix déclenchée par la généralisation aura-t-elle pour conséquence une augmentation des cotisations ?, interroge Nicolas Pierron. "Si certains acteurs de la complémentaire proposent des contrats à perte, ils remonteront leurs prix tôt ou tard, affirme Etienne Caniard. Il faut que les entreprises soient très vigilantes et paient le juste prix pour la couverture proposée. Il y a aujourd'hui beaucoup de compétition sur ce marché. Je conseille aux entreprises d'examiner l'ensemble des prestations, notamment les programmes de prévention et de conseil, des réseaux de soins adaptés à leur activité et à leurs métiers spécifiques."

"Des hausses de tarifs déjà à prévoir", titre d'ailleurs Le Parisien/Aujourd'hui (page 2). "Pour gagner des marchés, certains ont préféré perdre de l'argent, analyse Laurent Ouazana, président de Ciprès vie, assureur spécialisé dans les TPE-PME. Ils espèrent compenser en vendant aux salariés des entreprises où ils ont réussi à entrer, des options au prix fort. Les entreprises qui ont choisi ces contrats discount risquent de voir doubler leurs cotisations d'ici deux ans."

"Tous couverts désormais ? Pas vraiment", relève L'Humanité (page III), qui consacre son dossier mensuel, "Les rendez-vous de l'économie sociale et solidaire", à la généralisation de la complémentaire santé. "Nous sommes favorables à une généralisation de la couverture complémentaire", mais "cet Ani "minoritaire" aggrave la segmentation de la population, réservant ses effets aux seuls salariés du privé, laissant les fonctionnaires, les jeunes, les chômeurs, les retraités hors de cette généralisation", déplore Pascale Vatel, secrétaire générale de la Fédération des mutuelles de France (FMF) et représentante des organismes mutualistes au Fonds CMU.

Cet Ani "minoritaire" aggrave la segmentation de la population, réservant ses effets aux seuls salariés du privé, laissant les fonctionnaires, les jeunes, les chômeurs, les retraités hors de cette généralisation

Etienne Caniard était également ce matin l'invité de l'émission "C l'action" sur LCI. "Je lisais le titre d'un quotidien ce matin : "La complémentaire pour tous". C'est faux, car c'est une transformation de contrats individuels en contrats collectifs pour 90% de la population. Sur les 4 millions de personnes concernées, il n'y en a que 400.000 qui n'avaient pas de couverture auparavant. Cet avantage pour les salariés, n'est pas offert aux populations qui ont le plus de mal à accéder à une mutuelle : les retraités, les chômeurs de longue durée et les jeunes en difficultés professionnelles. Est-il judicieux de consacrer 3,5 milliards d'euros d'aides publiques pour couvrir une population qui l'était déjà à 90%, alors qu'une grande partie reste en dehors ?"

"Aujourd'hui le système ne fonctionne pas correctement, a poursuivi le président de la Mutualité Française. Les complémentaires sont fortement taxées. Une grande partie de ces taxes sert à financer le filet de sécurité pour ceux qui ne peuvent pas avoir accès aux complémentaires." Pour Etienne Caniard, la priorité est de "permettre l'accès de tous à une mutuelle».

En bref

Social

– "Médecin suicidé : la famille veut une enquête pour homicide." L'AP-HP a lancé une enquête administrative après le suicide sur son lieu de travail d'un cardiologue de l'hôpital européen Georges-Pompidou (Paris). Le Figaro page 9 et Le Parisien/Aujourd'hui page 11.

– "La simulation, voie d'avenir pour mieux former les médecins." Pour la formation initiale ou continue des professionnels de santé, on utilise de plus en plus les mannequins high-tech pilotés par ordinateur. La Croix page 13.

– "Vaccin contre l'hépatite B, un non-lieu requis dans le dossier pénal." Selon le parquet, l'instruction n'a pas permis d'établir un lien de causalité entre le vaccin et cette affection neurologique. La Croix page 10.

– "Le défi des sept nouvelles régions." Les nouveaux exécutifs élus hier ont six mois pour trouver un nom à leur région et répartir les lieux de pouvoir. Le Monde page 7 et Les Echos page 5.

Santé

– "Tabac et alcool, un cocktail redoutable pour la bouche." En France, deux cancers oro-pharyngés sur trois sont dus à l'association de ces deux substances toxiques. Le Figaro page 10.

Economie

– "Le Français Nanobiotix pousse ses pions aux Etats-Unis." La biotech, déjà très avancée en Europe, lance une étude clinique décisive pour le marché américain. Le Figaro-économie page 23.

John Sutton

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