Insuffisance cardiaque : la télésurveillance pour éviter les hospitalisations

La Dre Catherine Monpère, cardiologue et médecin chef du centre de prévention et de réadaptation cardio-vasculaires Bois-Gibert, à Ballan-Miré (Indre-et-Loire).

Thierry Beaudet, le président de la Mutualité Française, a visité le 2 mars 2017 le centre de prévention et de réadaptation cardio-vasculaires Bois-Gibert, à Ballan-Miré (Indre-et-Loire). Cet établissement mutualiste prépare le lancement d'une activité de télésurveillance de l'insuffisance cardiaque. "L'objectif est de réduire de 50% l'incidence des réhospitalisations" des malades suivis dans ce cadre, explique la cardiologue Catherine Monpère, médecin chef de ce centre.

L'établissement de soins de suite et de réadaptation Bois-Gibert de Ballan-Miré (Indre-et-Loire), géré par la Mutualité Française Centre-Val de Loire, ouvrira début 2018 une activité de télésurveillance des patients insuffisants cardiaques. Comment est né ce projet ?

Dre Catherine Monpère – Il part du constat, à la fois d'un vieillissement de la population, assorti du développement des maladies chroniques, comme les affections cardio-vasculaires, et d'une diminution de l'offre de soins observée, certes, sur l'ensemble du territoire, mais en particulier en Centre-Val de Loire.

Notre région présente en effet un déficit de médecins généralistes, mais aussi de cardiologues.

Dans ce contexte, il nous a semblé que la télémédecine, dans le cadre d'un parcours coordonné, pouvait constituer une réponse pertinente à ce paradoxe. Dès 2011, la direction générale de l'offre de soins (DGOS) avait d'ailleurs défini la télésurveillance de l'insuffisance cardiaque comme une priorité nationale. Et le cahier des charges précisant les modalités de cette activité a été publié dans un arrêté du 6 décembre 2016.

Ces choix signifient que l'insuffisance cardiaque est un vrai sujet de santé publique…

Dre Catherine Monpère – L'insuffisance cardiaque est un manque de puissance dans la contraction du cœur. Quand la pompe marche mal, cela entraîne une stagnation du sang en amont du cœur et donc une mauvaise alimentation des organes, en premier lieu des muscles, une hausse de la pression au niveau des poumons et un essoufflement majeur.

C'est une affection grave, responsable d'hospitalisations répétées. Une récente étude de l'agence régionale de santé (ARS) Centre-Val de Loire montre que l'incidence de cette pathologie a augmenté de 2% par an entre 2009 et 2015. Environ 12% des patients sont à nouveau hospitalisés moins d'un mois après leur sortie de l'hôpital, et un patient sur trois connaît au moins une nouvelle hospitalisation dans l'année qui suit l'accident initial.

D'un point de vue médico-économique, c'est l'une des premières pathologies en termes de dépenses hospitalières. Or, une partie de ces nouvelles hospitalisations est évitable : dans les cinq à six jours qui précèdent une décompensation cardiaque, il y a des signes avant-coureurs, qui auraient pu permettre d'intervenir.

En quoi consiste concrètement la télésurveillance de ces patients ?

Dre Catherine Monpère – Il s'agit de suivre à distance les données de santé d'une cinquantaine de patients dans un premier temps. Puis le projet, financé par l'ARS, devrait être étendu au niveau régional, après évaluation.

En général, les décompensations cardiaques sont le fait d'écarts de régime, d'une mauvaise adéquation ou d'une mauvaise observance du traitement, de la survenue d'une affection saisonnière, ou encore d'une mauvaise préparation du retour à domicile.

C'est pourquoi nous recueillons des données sur le poids du patient, sa fréquence cardiaque et sa pression artérielle. Grâce à des objets connectés tels que des balances, des cardiofréquencemètres ou des actimètres, qui mesurent l'activité du patient, ce sont des informations facilement transmissibles.

Les personnes nous signalent également tout symptôme inquiétant, comme un essoufflement, une fatigue inhabituelle ou des jambes enflées. Si elles sont atteintes d'une grave insuffisance cardiaque, nous leur demandons une transmission quotidienne de ces informations, ce qui leur prend entre cinq et dix minutes.

Comment traitez-vous ces données ?

Dre Catherine Monpère – Nous avons défini un certain nombre d'alertes pour chaque patient. Si celles-ci se déclenchent, les informations recueillies sont lues par une infirmière coordinatrice, qui prévient le médecin traitant en cas de besoin. Il suffit, dans la plupart des cas, de modifier légèrement le traitement ou de corriger des écarts de régime alimentaire pour que le patient aille tout de suite mieux et ne soit pas obligé de retourner à l'hôpital.

Quelles sont les clés du succès d'un tel projet ?

Dre Catherine Monpère – Nous avons pris connaissance de diverses études sur la télésurveillance de l'insuffisance cardiaque : certaines présentent des résultats très positifs, d'autres laissent penser que cela n'améliore pas la prise en charge. Nous avons donc repris attentivement ces travaux, qui montrent que, derrière la technique, il faut des personnes réelles. Par exemple, le patient doit savoir qui est l'infirmière coordinatrice qui reçoit ses données. Il ne faut pas d'anonymat, pas de répondeurs téléphoniques !

Autre facteur de réussite : l'accompagnement thérapeutique. Il est fondamental que le patient comprenne pourquoi il prend un traitement, pourquoi il doit se peser et suivre un régime alimentaire. Il doit également être rassuré sur la protection de sa vie privée : une étude que nous avons menée avec la faculté de psychologie de Tours a en effet révélé que ce dispositif, qui peut à première vue sembler sécurisant, est parfois vécu comme intrusif.

Nous avons ainsi développé trois modules d'accompagnement thérapeutique sur la diététique, le traitement, et l'activité physique. Tout est mis en œuvre pour réduire les retours à l'hôpital. L'objectif est d'en réduire l'incidence de 50%.

Propos recueillis par Sabine Dreyfus

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