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Alcool : l’inquiétante consommation des femmes

Les femmes boivent de plus en plus. Les conséquences sur leur santé sont encore plus graves pour elles que pour les hommes.

Pour le Pr Michel Reynaud, un des précurseurs de l'addictologie en France, l'un des faits marquants de ces dernières années est l'alcoolisme au féminin, indique Libération. "Entre un quart et un tiers de nos patients sont des femmes. Le plus impressionnant est la banalisation. (…). Il y a une normalisation sociale. Les femmes ont le droit de se saouler, de prendre une cuite. Cela ne choque plus personne", constate ce médecin.

Après le tabac, c'est donc l'alcool. Dans les années 70-80, note Libération, les femmes se sont mises à fumer autant que les hommes. Désormais, elles boivent malgré une baisse constante de la consommation depuis les années 60. Il y aurait entre 500.000 et 1,5 million buveuses excessives en France, selon Michel Reynaud, en colère contre l'inaction des pouvoirs publics en la matière. "Les nouvelles autorités sanitaires n'arrêtent pas de dire qu'il faut (…) mettre l'accent sur la prévention. Là, rien. Pas même des discours…"

"L'alcoolisme au féminin est différent de celui des hommes, souligne le quotidien. Il touche plus particulièrement les classes aisées. Sur le plan de l'âge également, la consommation d'alcool diffère : chez les hommes, elle est la plus forte vers 18 ans, chez les femmes autour de 27 ans. Ces dernières associent plus souvent alcool et médicaments. Lorsqu'apparaissent des symptômes physiques (comme les tremblements) liés à une consommation excessive d'alcool, les femmes vont se rendre plus rapidement chez le médecin… sans pour autant évoquer leur problème d'alcool.

"Il y a deux types de consommation problématique, explique le Pr Reynaud, dans Libération. (…) D'abord, le binge drinking, cette alcoolisation massive un soir donné. Au début c'était un monopole des jeunes garçons. Aujourd'hui, ces ados filles complètement saoules le vendredi soir ne surprennent plus personne."

"Cette consommation juvénile diffère de l'alcoolisme des femmes adultes." Pour ces dernières, les causes sont multiples : certains l'expliquent par le stress, par la "charge mentale" qui pèse sur ces femmes surchargées par le travail, les enfants, les tâches ménagères... Leur cerveau, leur cœur et leur foie sont bien plus fragiles que ceux des hommes face à l'alcool. "Le risque de mortalité due à l'alcool augmente plus rapidement chez les femmes que chez les hommes", rappelle l'Institut national du cancer (Inca).

Que font les autorités sanitaires face à ce fléau ? Les industriels de l'alcool dépensent 100 fois plus pour la publicité que les campagnes officielles de prévention. Le 15 avril dernier, des médecins et des associations de lutte contre l'alcoolisme ont plaidé pour des mesures fortes, comme l'instauration d'un prix plancher par unité d'alcool, afin de lutter contre la consommation excessive. Un plan proposé par la filière viticole, celle des alcools et les brasseurs doit être soumis au gouvernement "d'ici l'été". Outre l'indication pour les femmes enceintes, il devrait aussi porter sur la consommation d'alcool par les mineurs, la conduite de véhicules et la consommation abusive. "Bref, en matière de prévention de l'alcoolisme, féminin ou pas, on progresse à très petit pas", conclut Libération.

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John Sutton

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