5 conséquences de la dénatalité en France

La France enregistre depuis plus de dix ans une baisse continue des naissances. Avec un recul de 21,5 % depuis 2010 et une fécondité au plus bas depuis des décennies, la dénatalité n’est plus seulement un indicateur démographique : elle reconfigure déjà les équilibres sociaux, économiques et territoriaux de notre pays.

Une baisse des naissances installée dans la durée

Le phénomène n’a plus rien d’un simple accident conjoncturel. Depuis 2010, la France a perdu près d’un quart de ses naissances. En 2025, 643 905 bébés sont nés en France, soit une diminution de 2,3 % par rapport à 2024. « Ce que nous observons aujourd’hui, c’est une baisse des naissances qui semble désormais durable et ancrée dans le temps », souligne Chloé Tavan, cheffe de la division « Enquêtes et études démographiques » à l’Insee.

Parallèlement, le nombre de décès augmente : pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le solde naturel en France est négatif en 2025. Il s’établit à ‑6 000.
L’économiste Maxime Sbaihi, interrogé sur France Inter en 2025, évoquait déjà cette évolution « vertigineuse  » par sa durée et son ampleur. « Cette baisse des naissances ne peut plus être lue comme un simple creux passager puisqu’elle commence à produire des effets très concrets sur le fonctionnement collectif », expliquait-il.

La dénatalité n’est pas un sujet du futur, c’est déjà un fait social installé.

« C’est plus dans la réorganisation de l’offre de soins et dans l’adaptation à une demande qui évolue sous l’effet du vieillissement de la population que se situent les conséquences »

Hippolyte d’Albis
Professeur à l’ESSEC Business School

Une population qui vieillit et des besoins de santé qui changent

Le recul des naissances modifie la structure par âge de la population. La donnée la plus frappante est sans doute celle-ci : au 1er janvier 2026, les bébés de moins d’un an sont désormais moins nombreux que les personnes âgées de 79 ans. Cette sous-représentation des classes jeunes accentue un vieillissement déjà porté par l’arrivée aux grands âges des générations du baby-boom.

Plus la natalité baisse, plus la part des personnes âgées augmente, avec des besoins accrus en santé, en accompagnement de la perte d’autonomie et en solidarité intergénérationnelle. Hippolyte d’Albis, professeur à l’ESSEC Business School et auteur de “Economie des âges de la vie. En finir avec la guerre des générations” (Editions Odile Jacob), invite toutefois à distinguer les temporalités : à court terme, la baisse des naissances a peu d’effet sur les dépenses de santé dans leur ensemble, les enfants consommant relativement peu de soins. « C’est plus dans la réorganisation de l’offre de soins et dans l’adaptation à une demande qui évolue sous l’effet du vieillissement de la population que se situent les conséquences », explique-t-il. Le défi tient donc moins à un choc immédiat qu’au basculement progressif des besoins vers le grand âge, les maladies chroniques et la perte d’autonomie.

Pour la Mutualité Française, le vieillissement de la population appelle moins une réponse centrée sur la dépendance qu’une politique globale du bien vieillir, fondée sur la prévention, le soutien aux aidants, l’adaptation des parcours et des lieux de vie, ainsi que sur une solidarité intergénérationnelle durable.

La dénatalité renforce le basculement de notre système vers des enjeux de longévité, de prévention et de dépendance.

Un modèle social fragilisé et déséquilibré

En 2025, l’indicateur conjoncturel de fécondité est tombé à 1,56 enfant par femme, contre 2,02 en 2010, rappelle Chloé Tavan. Dans un système de protection sociale fondé en grande partie sur la solidarité entre actifs et retraités, cette évolution soulève une question de soutenabilité dans le temps. Dans son scénario central, l’Insee prévoit que la fécondité poursuivrait sa baisse pour se stabiliser à 1,45 enfant par femme à partir de 2028. Cette évolution contribuerait à réduire durablement le nombre de naissances et, avec le vieillissement, à creuser le déficit naturel de la France.

En d’autres termes : moins d’enfants aujourd’hui, ce sont potentiellement moins d’actifs demain pour financer les retraites, la santé ou la dépendance. Cette mécanique devient plus fragile à mesure que le poids relatif des jeunes se réduit.  
À plus long terme, Hippolyte d’Albis déplace également le regard vers « la capacité collective à faire fonctionner le système de soins avec une population active moins nombreuse ». Les pays confrontés depuis plus longtemps au vieillissement ont déjà dû accélérer la numérisation, l’innovation technologique et les transformations organisationnelles. Pour la France, il identifie trois leviers complémentaires : mieux accompagner l’emploi des professionnels expérimentés, renforcer l’attractivité des métiers du soin et améliorer l’accueil ainsi que la reconnaissance des professionnels formés à l’étranger. Le système de santé apparaît ainsi comme un « laboratoire des adaptations démographiques à venir ».

La dénatalité ne concerne pas seulement la famille ou la démographie, elle interroge le financement et l’organisation de la solidarité.

« On n’assiste plus seulement à un report de l’âge de la maternité. Les jeunes générations souhaitent aussi, en moyenne, avoir moins d’enfants »

Chloé Tavan
Cheffe de la division « Enquêtes et études démographiques » à l’Insee

Des contraintes concrètes pour les jeunes adultes

Il ne s’agit pas seulement de savoir si les Français « veulent » moins d’enfants, mais aussi de comprendre ce qui empêche ou retarde les projets familiaux. Les résultats de l’enquête Erfi 2, menée par l’Institut national d’études démographique (Ined) en 2024, montrent un recul des aspirations aux familles nombreuses, tandis que les intentions de n’avoir aucun enfant ou un seul progressent. Chez les 18-29 ans, ces dernières dépassent désormais les intentions d’avoir trois enfants. « On n’assiste plus seulement à un report de l’âge de la maternité. Les jeunes générations souhaitent aussi, en moyenne, avoir moins d’enfants », résume Chloé Tavan.

Cette évolution se combine à des contraintes très concrètes : difficultés d’accès au logement, pénurie ou coût des modes de garde, précarité des débuts de carrière, conditions de travail peu compatibles avec la parentalité et inégalités persistantes entre les femmes et les hommes. Selon Chloé Tavan, les études disponibles suggèrent que les freins à la parentalité « tiennent davantage à l’organisation et à la conciliation des temps de vie qu’aux seules considérations financières ». L’âge au premier enfant se situe désormais autour de 30 ans : il atteignait 29,1 ans en moyenne en 2023. Mais le report des naissances ne compense plus la baisse de la fécondité aux âges plus jeunes. Celle-ci diminue également chez les 30-34 ans, tandis qu’elle a cessé de progresser après 35 ans.

Hippolyte d’Albis insiste sur un levier encore insuffisamment pris en compte : le partage des responsabilités parentales. Pour cet économiste, « l’arrivée du premier enfant continue d’entraîner, pour les femmes, un décrochage de l’emploi ou des salaires et une hausse des inégalités dans la répartition des tâches domestiques ». Or, souligne-t-il, les comparaisons internationales montrent que « la fécondité est généralement plus élevée là où les pères participent davantage à l’éducation des enfants ». L’allongement du congé paternité et l’implication précoce des pères peuvent donc contribuer à réduire le « coût » de la maternité pour les femmes et à rendre possibles les naissances souhaitées.

La dénatalité n’est pas seulement une affaire de valeurs ou de choix personnels ; elle dit aussi quelque chose des conditions matérielles de la vie contemporaine.

Des conséquences sur l’offre de soins dans les territoires

Dans les territoires, la dénatalité produit déjà des effets très concrets sur l’organisation des services et du cadre de vie. La baisse du nombre de naissances fragilise l’équilibre économique de certaines structures, entraînant la fermeture progressive de maternités notamment dans les zones rurales et les villes moyennes, où les effectifs deviennent insuffisants pour maintenir une activité continue. En France, en 2024, on recensait 445 maternités, contre 721 en 2000, indiquent les données publiées par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees).
Cette recomposition de l’offre de soins périnatals oblige parfois les femmes à parcourir des distances plus longues pour accoucher, accentuant les inégalités d’accès aux soins et les tensions sur les établissements restants.

La petite enfance est également concernée. Selon le rapport de l’Observatoire national de la petite enfance (Onape), en 2023, la France comptait environ 1,3 million de places d’accueil formel pour les moins de 3 ans, soit un taux de couverture de 60,9 places pour 100 enfants, avec de fortes disparités territoriales.
Plus largement, cette dynamique interroge l’adéquation des infrastructures : écoles, services de petite enfance ou équipements publics peuvent se retrouver surdimensionnés dans certains territoires, tandis que d’autres, plus attractifs, peinent à suivre la demande.

La dénatalité agit ainsi comme un révélateur des déséquilibres territoriaux, obligeant les acteurs de santé, comme la Mutualité Française, à repenser l’offre de services au plus près des besoins réels des populations.

La dénatalité a des effets avérés sur l’attractivité des territoires.

Merci à Chloé Tavan, cheffe de la division « Enquêtes et études démographiques », Insee et Hippolyte d’Albis, professeur à l’ESSEC Business School et auteur de “Economie des âges de la vie. En finir avec la guerre des générations” (Editions Odile Jacob).

Auteur / Autrice : Chloé Beaufils