Le vaccin DTP doit revenir dans les pharmacies

Le Conseil d'Etat a estimé mercredi que les vaccins protégeant de la diphtérie, du tétanos et de la poliomyélite (DTP) doivent être disponibles sans association avec d'autres vaccins.

Le Conseil d'Etat a enjoint le gouvernement de prendre des mesures pour rendre disponibles, d'ici à six mois, des vaccins contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite (DTP). Ce sont les seuls qui soient obligatoires pour les enfants de moins de 18 mois, mais qui sont aujourd'hui introuvables sans être associés avec d'autres, signale Le Monde.

L'Etat serait toutefois dispensé d'une telle obligation si la loi devait évoluer "en élargissant le champ des vaccinations obligatoires". Le vaccin DTP avait été suspendu en 2008 en raison de "complications allergiques", et sa production n'a ensuite jamais redémarré. L'arrêt de sa commercialisation a donc obligé les parents à recourir à des vaccins combinés, donc plus chers, protégeant également de la coqueluche, de l'hépatite B et l'Haemophilus influenzae de type B, un germe responsable des méningites.

La ministre de la Santé a annoncé hier qu'elle avait saisi les services du ministère de la Santé et l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) "pour que l'Etat puisse mettre en œuvre la décision du Conseil d'Etat dans le délai imparti", rapporte Le Monde. Une mission impossible, estiment plusieurs experts.

"Personne ne peut raisonnablement penser que l'Etat puisse de nouveau proposer en six mois [le DTP] qui n'existe plus et qui n'existe nulle part ailleurs", explique Daniel Floret, ancien président du Comité technique des vaccinations (CTV). "Il faudrait élaborer un nouveau vaccin, ce qui nécessiterait des essais cliniques, une autorisation de mise sur le marché, une nouvelle chaîne de production…", ajoute-t-il dans Le Monde, estimant que ce vaccin n'était plus utilisé en 2008 que par 2 à 3% des familles.

Face à cette impossibilité de remettre sur le marché le vaccin DTP, a fortiori dans un délai aussi court, le gouvernement pourrait donc décider d'augmenter le nombre de vaccins obligatoires.

Cette décision serait difficile à faire admettre aux Français, tant la défiance envers les vaccins est forte, constate Le Figaro-santé.

Le Figaro-santé a demandé à la Pre Anne-Marie Moulin, médecin et philosophe des sciences au CNRS, d'expliquer pourquoi "l'hésitation vaccinale gagne du terrain ?". "La plupart des vaccins apparus ces dernières années sont des vaccins abstraits. Les maladies contre lesquelles ils protègent n'évoquent rien aux gens", répond-elle. C'est par exemple le cas pour "l'hépatite B, relativement mal connue, d'autant que ses conséquences, la cirrhose ou le cancer du foie, apparaissent des années après l'infection".

"Alors qu'en Afrique, presque toutes les familles connaissent un cas de cancer du foie provoqué par ce virus, en France il semble absurde de faire vacciner son nouveau-né tant le risque paraît irréel", précise-t-elle.

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John Sutton

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