Les médicaments onéreux creusent la dépense

27,2 milliards d’euros : c’est le montant net (après déductions et remises) remboursé par l’assurance maladie obligatoire pour les médicaments délivrés en pharmacie en 2024.

Au cours de ces dernières années, les dépenses de médicaments ont connu une augmentation continue. Leur montant net des remises conventionnelles et de la clause de sauvegarde est passé de 22,8 milliards en 2019 à 27,2 milliards en 2024. Cela correspond à une augmentation de +7,2% sur 2024, après une dynamique soutenue de +2,6% par an entre 2019 et 2023. Une telle augmentation s’explique dans un contexte démographique marqué par le vieillissement de la population et la prévalence des maladies chroniques. Mais au-delà de la démographie, c’est l’arrivée de traitements innovants et onéreux qui entraîne l’accélération des dépenses.

L’analyse des chiffres-clés du médicament met en évidence un paradoxe apparent entre le volume et la valeur. Le paracétamol, avec ses 430 millions de boîtes pour 42,5 millions de patients, reste la molécule la plus consommée en volume (cf. graphique) avec 371,6 millions d’euros remboursés. Cependant, cette dépense est relativement faible comparée à celle du Vyndaqel®, qui est le médicament délivré en officine le plus couteux en 2024. Utilisé dans le médicament de l’amylose cardiaque, il totalise à lui seul 966 millions d’euros de remboursements pour 14 000 patients, à fin juin 2025. Ce constat est généralisé : les médicaments de plus de 1 000 euros ne représentent que 0,5 % du volume des ventes, mais absorbent pourtant un tiers de l’enveloppe globale de l’assurance maladie obligatoire.

Top 10 des molécules les plus prescrites en volume (DCI)

Médicaments les plus remboursés en montant (y compris ceux réservés à un usage hospitalier)

La concentration des dépenses sur les médicaments à haute valeur ajoutée se reflète aussi dans les comportements de prescription. Si les médecins généralistes génèrent le plus gros volume, notamment pour le renouvellement de soins courants, les établissements de santé génèrent les prescriptions les plus coûteuses, atteignant 9,6 milliards d’euros contre 7,1 milliards pour la médecine de ville en 2024. Sur la période 2015-2025, une inflation spectaculaire des prix des médicaments a été observée parmi les plus innovants, selon la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam). Ainsi, alors qu’en 2015, seul le Kalydeco®, indiqué pour le traitement de la mucoviscidose, dépassait le seuil d’un coût de traitement annuel moyen par patient de 80 000 € (80 277 €), 26 médicaments dépassent ce seuil en 2025. Aujourd’hui, les 10 médicaments les plus onéreux en coûts de traitement annuels excèdent 195 000 € par patient et par an.

Par ailleurs, il est important de noter l’augmentation des remboursements pour les médicaments d’ASMR IV et V, qui sont passés de 8,8 à 11,5 milliards d’euros, malgré une amélioration du service médical jugée faible ou inexistante.

Pour un modèle de santé durable et réellement efficient

Cette trajectoire financière place notre système de santé à la croisée des chemins. Face à un déficit considérable et tandis que les dépenses totales de santé s’intensifient (+22 % en 5 ans), portées par le vieillissement et l’innovation, la Mutualité Française rappelle que cette dérive n’est pas une fatalité.

Désormais, l’urgence absolue réside notamment dans la recherche d’efficience. Sur ce point, la Cour des comptes estime que des économies pourraient être réalisées dans 15 domaines, par exemple en renforçant les contrôles antifraude (1,5 milliard d’euros) ou en réduisant les prescriptions et procédures inutiles (2,8 milliards d’euros).

Pour les 80 ans de la Sécurité sociale, l’enjeu est clair : sortir d’une gestion comptable pour construire, avec les citoyens, un modèle de santé durable et réellement efficient.

Avec d’autre acteurs de la société civile, la Mutualité Française, lance un appel fort aux professionnels et aux citoyens, dans le cadre des États généraux de la santé et de la protection sociale, pour choisir le modèle de santé de demain. Pour répondre à la consultation, jusqu’au 17 février 2026 : Place de la Santé – États généraux de la santé et de la protection sociale – Notre système de santé a besoin de vous.

Sources :