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Vaccination : le magazine « Mutations » décrypte les enjeux

Alors que onze vaccins infantiles sont obligatoires depuis le 1er janvier 2018, "Mutations", le magazine de débat de la Mutualité Française, illustre, dans son numéro de janvier 2018, l'efficacité de cet acte.

Dans sa dernière livraison, "Mutations", le magazine de la Mutualité Française, met en débat la vaccination, alors que l'obligation vaccinale est étendue depuis le 1er janvier 2018 à onze vaccins (contre trois précédemment) pour les jeunes enfants.

Le sujet est clivant, en particulier en France. Depuis une décennie, la confiance envers les vaccins souffre d'un sérieux déclin. Principale origine des réticences : "La prolifération des fausses informations circulant sur Internet, les réseaux sociaux et même dans les médias", observe le pédiatre Robert Cohen. Au cours de ces vingt dernières années, ce professionnel de santé a constaté que "la part des parents hésitants est passée de 10% à 30%".

Ceux qui sont farouchement contre représentent "entre 1% et 3% peut-être de la population", estime Patrick Zylberman, professeur émérite d'histoire de la santé à l'Ecole des hautes études en santé publique (EHESP). Mais, ajoute-t-il, "aucune étude n’a été conduite concernant leur pouvoir d’influence sur l'opinion, ce qui en dit long sur l'indifférence des pouvoirs publics dans ce domaine".

Des critiques depuis le 18e siècle

Notre époque ne fait pas preuve, en la matière, de singularité. Comme le montre Jocelyn Raude, maître de conférences en sociologie à l’EHESP de Rennes, des mouvements analogues étaient déjà observés au 18e siècle. Les inquiétudes portaient sur le paradoxe apparent consistant à "s'injecter une substance pathogène pour s'immuniser contre une maladie".

A la fin du siècle suivant, période où les Etats développés s’engagent dans de grandes campagnes de vaccination contre la variole, les critiques se cristallisent sur trois points. En premier lieu, perdure l'idée que "la vaccination peut être dangereuse, avec des effets secondaires graves".  En outre, on la suspecte d'être "une supercherie visant à enrichir le corps médical". Et, dernier tort, la vaccination viendrait contrarier l'ordre cosmique "en évitant les épidémies voulues par Dieu".

En revanche, la visibilité de ses bénéfices a facilité son acceptation au sein de la population. Avec la diminution des cas de variole, de poliomyélite ou de rougeole, elle a pu trouver "un puissant moteur d'adhésion". A l'échelle mondiale, les vaccins "sauvent chaque année 2,5 millions de vies", affirme Alain Fischer, professeur d'immunologie pédiatrique à l'hôpital Necker (Paris).

Les adjuvants aluminiques en débat

Aujourd'hui, les réticences envers les vaccins se sont accentuées "après l'épisode de la grippe aviaire et du vaccin H1N1", analyse la Dre Elisabeth Marsan, directrice médicale et qualité du soin à la Mutualité Retraite, dont le siège social est situé à Nantes. Face au flou concernant la composition et les effets des sérums, les parents sont alors restés dans l'incertitude. La présence des adjuvants aluminiques sont notamment été au cœur des récentes craintes.

Soupçonnés sans preuves épidémiologiques d'entrainer des effets indésirables (la sclérose en plaques pour le sérum contre l'hépatite B, par exemple), les adjuvants sont "nécessaires dans plusieurs vaccins utilisés de nos jours", plaide le Pr Philippe Sansonetti, infectiologue et microbiologiste à l'institut Pasteur. Grâce à eux, il est possible "d'induire une réponse immunitaire adéquate et suffisamment longue dans le temps". Depuis qu'ils sont utilisés, à savoir les années 1920, "s'ils étaient responsables de l’apparition de maladies neurodégénératives, nous le saurions déjà", ajoute-t-il.

De son côté, le Pr Romain Gherardi, chercheur au centre de référence des maladies neuromusculaires de l'hôpital Henri-Mondor (Créteil), déplore que "les études sur la sécurité à long terme des adjuvants aluminiques n'aient jamais été réalisées ni chez l'enfant, ni chez l'adulte". Il en ressort que "le risque faible ou de survenue modérée n'est pas mesuré". Des effets indésirables (fatigue, douleurs musculaires et articulaires notamment) ont été relevés sur certaines personnes vaccinées, relève-t-il.

"On ne peut pas se reposer sur l’expérience passée, avec peu de vaccins administrés et pas de vaccinovigilance à long terme, pour garantir qu'il n’y aura pas de problème dans l'ère d’intense vaccination qui commence", estime Romain Gherardi, qui se qualifie de "pro-vaccin".

En conclusion, si la balance bénéfices-risques est favorable aux premiers, il reste nécessaire d'engager un travail de pédagogie et d'éducation à la santé. L'urgence est donc de vacciner nos concitoyens contre le doute.

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Frédéric Lavignette

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)