Accès aux soins : l’urgence du quotidien
Pour des millions de Français, accéder à des soins de santé est devenu un véritable parcours du combattant. C’est ce constat, largement partagé par les citoyens comme par les professionnels, qui ressort avec force de la consultation des États généraux de la santé et de la protection sociale. Une priorité absolue, qui appelle des réponses concrètes et territorialisées.
Déserts médicaux, urgences saturées, délais d’attentes pour obtenir une consultation… Les difficultés d’accès aux soins suscitent de nombreuses questions et idées reçues. Vrai ou faux ? Nous avons passé au crible six affirmations.
Trouver un professionnel de santé est devenu la première difficulté du parcours de soins
Vrai
La consultation des États généraux est très claire : le parcours de soins commence désormais par une difficulté, celle de trouver un soignant disponible (médecin traitant, spécialiste, dentiste…). Ainsi, 53% des citoyens interrogés estiment que l’accès à un médecin relève d’un véritable parcours du combattant. Cette étape conditionne ensuite tout le reste du parcours, y compris la prévention ou le suivi des maladies chroniques. « Avoir accès à un soin aujourd’hui, c’est compliqué. Quand on n’a pas de médecin traitant, il est quasi impossible d’obtenir un rendez-vous », déplore Abassi Dassault, étudiant et alternant pour l’association Pass’Port Santé à Rennes.
Les déserts médicaux ne concernent que les zones rurales
Faux
La consultation montre que les difficultés d’accès aux soins touchent tous les territoires, y compris les grandes villes. Trouver un médecin généraliste ou un spécialiste devient un défi aussi bien en milieu rural que dans les zones urbaines denses. Les citoyens évoquent des délais d’attente importants et des refus de nouveaux patients, quelle que soit leur localisation. Jaqueline Bougeard, présidente du conseil d’administration de la clinique mutualiste La sagesse, à Rennes, propose de se pencher sur le dispositif des consultations avancées : « C’est quelque chose de positif parce que les patients pourraient avoir accès, près de chez eux, à des généralistes, mais aussi à des professionnels paramédicaux, des spécialistes, et n’iraient en ville ou dans les établissements de santé que s’il y a nécessité d’un plateau technique spécialisé. »
L’accès aux soins n’est donc plus seulement une question de ruralité, mais un enjeu national et territorial.
Les difficultés d’accès aux soins sont surtout liées à des comportements individuels
Faux
La consultation des États généraux montre que les obstacles à l’accès aux soins sont avant tout structurels et organisationnels. Les répondants décrivent une pénurie de professionnels de santé, des délais d’attente excessifs et des difficultés à trouver un médecin traitant, autant de freins qui dépassent largement les comportements individuels. Les témoignages recueillis mettent en évidence une forte charge émotionnelle liée à ces situations : appels répétés, sentiment d’impasse, découragement, voire renoncement aux soins. Dans ce contexte, les participants insistent davantage sur la nécessité de mieux organiser le système de soins que sur la responsabilité individuelle des patients.
L’accès aux soins dépend d’abord de la disponibilité, de la coordination et de la proximité de l’offre, et non d’un manque d’engagement des citoyens.
Les urgences sont saturées parce que les patients en abusent
Faux
Si la question de l’usage des urgences fait débat, citoyens et professionnels soulignent surtout une défaillance d’organisation du système de soins. Faute de solutions accessibles en ville, les patients se tournent vers les urgences pour des situations qui auraient pu être prises en charge plus tôt ou ailleurs. Depuis 1996, le nombre de passages aux urgences n’a cessé d’augmenter pour atteindre 20,9 millions de passages par an en 2022. La saturation des urgences est avant tout un symptôme du manque d’accès aux soins de premier recours.
Un large consensus se dégage autour de la nécessité de mieux organiser et coordonner les parcours de soins. Des pistes largement soutenues préconisent de développer les maisons de santé pluriprofessionnelles, renforcer la coopération entre médecine de ville et hôpital, ou partager certaines compétences entre professionnels.
La téléconsultation peut remplacer la consultation médicale classique
Faux
Si la téléconsultation est perçue comme un outil utile pour améliorer l’accès aux soins dans certaines situations, près de la moitié des citoyens et des professionnels se montrent réservés. Le lien humain, la relation de confiance avec le médecin traitant et l’adaptation aux pathologies restent essentiels. Selon Jaqueline Bougeard, « la téléconsultation est un complément mais elle ne s’adapte pas à toutes les pathologies ». Pour les personnes âgées notamment, ces nouvelles technologies sont difficilement accessibles.
La téléconsultation n’est pas une solution universelle et doit être utilisée de manière encadrée et au cas par cas.
L’accès aux soins est une priorité citoyenne majeure
Vrai
La réduction des délais d’attente et l’accès à des soins de qualité pour tous figurent dans le top 3 des priorités exprimées lors de la consultation des États généraux, aussi bien par les citoyens que par les professionnels de santé. Garantir un accès aux soins effectif, partout sur le territoire, apparaît comme un pilier incontournable de la refondation du système de santé.
L’accès aux soins n’est ni un problème marginal, ni une question individuelle. C’est un enjeu collectif, territorial et organisationnel, au cœur des attentes citoyennes. Les États généraux sont désormais dans la phase de co-construction pour transformer l’ensemble de ces constats partagés en solutions concrètes. Découvrez les prochains ateliers dans votre région.
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