Justice sociale : 5 idées reçues sur les inégalités en santé

À l’occasion de la Journée mondiale de la justice sociale, le 20 février, la Mutualité Française rappelle une réalité trop souvent minimisée : les inégalités sociales produisent des inégalités de santé. Alors que les États généraux de la santé et de la protection sociale invitent citoyens et professionnels à repenser collectivement notre modèle, certaines idées reçues freinent le débat.

Idée reçue n°1 – En France, tout le monde a accès aux soins

La réalité : la France dispose d’un système de santé solidaire mais l’égalité d’accès aux soins reste incomplète. Selon le Carnet de santé 2025, 6 millions de patients n’ont pas de médecin traitant. Huit Français sur dix déclarent rencontrer des difficultés d’accès aux spécialistes, 41% des Français ont du mal à obtenir un rendez-vous chez le généraliste et 65 % ont déjà renoncé à des soins dans l’année. Les difficultés ne sont pas seulement financières : elles peuvent être géographiques, sociales, administratives ou liées à l’information.

Pourquoi c’est un enjeu de justice sociale ?
L’accès aux soins ne devrait pas dépendre du lieu de vie d’une personne, de sa situation professionnelle ou de son niveau de revenus. La justice sociale implique que chacun puisse se soigner dans des conditions équitables. L’accès aux soins est l’un des thèmes centraux de la consultation citoyenne lancée par le collectif des Etats Généraux dont la Mutualité Française fait partie, qui vise à faire émerger des propositions pour répondre aux attentes citoyennes.

Idée reçue n°2 – Les inégalités de santé relèvent surtout des comportements individuels

La réalité : l’état de santé d’une personne dépend de nombreux facteurs : conditions de vie, logement, travail, revenus, accès à l’information et à la prévention. Aujourd’hui, un décès sur quatre dans le monde est lié à l’environnement. La pollution de l’air est responsable d’environ 40 000 à 48 000 décès prématurés par an en France, indique Santé publique France. Les conditions de travail, la qualité de l’air, l’alimentation et l’eau deviennent des déterminants majeurs de santé.

Pourquoi c’est un enjeu de justice sociale ?
Faire peser la responsabilité uniquement sur les individus revient à invisibiliser les déterminants sociaux de la santé et à renoncer à des politiques collectives efficaces. Les États généraux proposent une approche globale et citoyenne, qui interroge l’organisation, le financement et les priorités du système de santé, au-delà des seuls comportements individuels.

Idée reçue n°3 – La justice sociale, ce n’est pas un sujet de santé

La réalité : la santé est à la fois un révélateur et un amplificateur des inégalités sociales. Une mauvaise santé peut fragiliser l’insertion sociale et professionnelle, tandis que la précarité peut dégrader durablement l’état de santé. Notre société est confrontée à de nouvelles formes de précarité et d’inégalités, liées à la fragmentation des emplois, à la hausse du coût de la vie et à la perte de liens sociaux. Les Français les plus modestes sont plus de deux fois plus nombreux que les plus aisés à renoncer à des soins pour raisons financières, soit 51 % contre 23 %, rappelle l’enquête Odoxa réalisée en amont du Carnet de santé 2025.

Pourquoi c’est un enjeu de justice sociale ?
Sans équité en santé, il ne peut y avoir de justice sociale durable. Garantir à tous un accès effectif aux soins, à la prévention et à l’accompagnement est une condition de la cohésion sociale. La démarche des États généraux repose explicitement sur une dimension démocratique et d’intérêt général, visant à remettre la santé et la protection sociale au cœur du débat citoyen.

Idée reçue n°4 – Les citoyens n’ont pas leur mot à dire sur le système de santé

La réalité : les citoyens sont les premiers concernés par le système de santé et de protection sociale. Ainsi, 64 % des Français estiment que les questions de santé sont rarement ou jamais abordées dans les campagnes électorales et 72 % plébiscitent une réorganisation complète du système de santé, plutôt que des hausses de cotisations ou des restrictions budgétaires (Carnet de santé 2025). Leur expérience quotidienne est une source essentielle pour identifier les dysfonctionnements et les leviers d’amélioration.

Pourquoi c’est un enjeu de justice sociale ?
La justice sociale suppose que chacun puisse participer aux décisions qui le concernent, et pas seulement les experts ou les institutions. Les États généraux ont été conçus comme une démarche citoyenne ouverte, permettant entre autres aux citoyens, professionnels et acteurs de terrain de s’exprimer via la plateforme Place de la Santé. Toutes les réponses sont en train d’être compilées et analysées, puis seront étudiées lors d’ateliers territoriaux pour co-construire des solutions adaptées (voir encadré).

Idée reçue n°5 – Les inégalités de santé sont une fatalité

La réalité : les Français ne considèrent pas les inégalités de santé comme inévitables. Ils sont massivement favorables à des réformes structurelles et convaincus que les inégalités en santé résultent de choix collectifs, d’organisations et de priorités politiques qui peuvent et doivent évoluer. Ils ont été plus de 75 000 à participer à la consultation sur placedelasante.fr, dont plus de 10 000 professionnels de santé et de l’accompagnement, pour imaginer le futur de notre système de protection sociale.

Pourquoi c’est un enjeu de justice sociale ?
La France vieillit. Cette transformation met à l’épreuve notre modèle par répartition et creuse les inégalités en santé. Reconnaître que ces inégalités peuvent être réduites, c’est affirmer une ambition collective : bâtir un modèle plus juste et plus solidaire. Pour 83 % des Français, les propositions des candidats à la prochaine élection présidentielle en matière de santé et de protection sociale auront un impact important sur leur vote, révèle un sondage Odoxa réalisé pour les États généraux.

En lien avec la Journée mondiale de la justice sociale, la Mutualité Française rappelle que la santé est un bien commun. Avec les États généraux de la santé et de la protection sociale, chacun est invité à contribuer à une refondation plus juste, plus démocratique et plus solidaire de notre système.

La consultation en ligne des Etats généraux de la santé et de la protection sociale s’est achevée le 17 février 2026  Avec plus de 75 000 participants, dont plus de 10 000 professionnels de santé et de l’accompagnement, la légitimité de cette consultation citoyenne est assurée. Ce sont aussi 50 partenaires qui se sont engagés, aux côtés du Mouvement mutualiste, pour porter cette démarche démocratique et lui donner de l’ampleur auprès de leurs publics respectifs. Les contributions sont en phase d’analyse, en vue de la conférence de presse le 10 mars 2026.

Rendez-vous le 12 mars prochain pour suivre l’émission Backseat, animée par Jean Massiet sur Youtube et la plateforme Twitch, dédiée aux enseignements de la consultation.

A la fin du mois de mars, les Etats généraux entreront dans un autre temps fort : celui des ateliers dans les territoires.

24 mars : Rennes
30 mars : Nantes
9 avril : Cayenne
15 avril : Montpellier
29 avril : Dijon

Pour en savoir plus sur la participation à ces ateliers : www.placedelasante.fr

Auteur / Autrice : Chloé Beaufils