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Violences contre les femmes : « On ne voit souvent que la partie émergée de l’iceberg »

Pascale Vion est vice-présidente de la Mutualité Française et membre du Conseil économique, social et environnemental (Cese). Le 25 novembre, elle a présenté en séance plénière de cette assemblée les résultats d’une étude, dont elle est la rapporteure, sur les violences faites aux femmes. Pour elle, ces violences, qui peuvent prendre des formes très diverses, constituent une urgence de santé publique aux conséquences "multiples, graves et chères".

Vous avez, au sein de la délégation aux Droits des femmes et à l’Egalité du Conseil économique, social et environnemental (Cese), dressé un panorama de l’ensemble des violences auxquelles les femmes peuvent être confrontées. Quels sont les principaux constats de votre étude ?

Pascale Vion – Tout d’abord, les violences faites aux femmes peuvent prendre de multiples formes. Il peut s’agir par exemple de violences conjugales, qui font plus de 200.000 victimes chaque année. Celles-ci commencent souvent par des violences psychologiques, des agressions verbales, puis peuvent se poursuivre par des violences physiques allant jusqu’au viol conjugal. Mais il y a d’autres formes de violences, comme le harcèlement de rue, qui se traduit par des insultes, des blagues salaces, mais aussi des attouchements et des violences sexuelles.
Les agressions sexuelles et les viols font bien évidemment partie du phénomène. Mais il ne faut pas s’imaginer que ces actes sont majoritairement perpétrés dans des parkings contre des femmes trop court-vêtues : notre étude montre bien que 83% des victimes connaissent leur agresseur.

Il y a enfin ces formes de violences dont on parle beaucoup moins, mais qui sont tout aussi graves, telles que les mutilations sexuelles, les mariages forcés, ou encore l’esclavage…

Bien que multiformes, les violences faites aux femmes sont encore cachées et donc méconnues. On ne voit souvent que la partie émergée de l’iceberg, parce que les femmes n’osent pas en parler. Paradoxalement, elles se culpabilisent et se sentent responsables d’une situation dont elles sont les victimes. En face, leurs interlocuteurs ne sont pas toujours réceptifs. La société n’a pas forcément envie de s’emparer de ces questions-là.

Vous représentez la Mutualité Française au Cese : quel lien peut-on faire entre ce mouvement social et la question des violences faites aux femmes ?

Pascale Vion – Les violences faites aux femmes constituent une urgence de santé publique dont les conséquences sont multiples, graves et chères. En ce sens, la Mutualité ne peut que se sentir concernée par ce sujet qui est à la fois une question de société et un enjeu de santé publique.

On sait que les femmes victimes de violences ont toutes au moins un problème de santé par la suite. Elles doivent recevoir des soins, subissent des arrêts de travail, et supportent le contrecoup de leur agression tout au long de leur vie : une femme victime de violence est hantée par ce qu’elle a vécu et sa santé en est inévitablement affectée.

Les conséquences physiques vont des plaies aux fractures, des nausées aux insomnies, des brûlures d’estomac aux maux de tête, des douleurs pelviennes chroniques aux maladies sexuellement transmissibles.

Le stress occasionné par les violences peut provoquer la destruction de neurones, réduire l’espérance de vie et engendrer des pathologies telles que le diabète, l’infarctus ou la mort subite. Les répercussions peuvent aller jusqu’au suicide. Tous ces problèmes de santé sont surreprésentés chez les victimes.

Quelles pistes d’action préconisez-vous ?

Pascale Vion – La première chose que l’on peut faire, c’est libérer la parole. Il faut dire aux victimes qu’on les croit, que ce sont bien elles les victimes et que les agresseurs sont bien les agresseurs. Il faut également les orienter vers le numéro d’appel qui leur est destiné, le 3919.

Il est également essentiel d’agir dès l’école. L’apprentissage du respect de l’autre et la prévention des comportements violents et sexistes doivent être inclus dans la formation initiale des intervenants scolaires.

Les employeurs ont aussi, bien sûr, un grand rôle à jouer. Depuis la loi du 4 août dernier pour l’égalité entre les femmes et les hommes, ils ont l’obligation de s’assurer que les travailleurs ne sont pas victimes de violences. Ils peuvent en outre apposer des affiches dans leurs locaux, faire de la prévention sur le sujet, et organiser des conférences d’information à destination de leurs salariés.

Et que peut faire la Mutualité ?

Pascale Vion – La Mutualité Française peut et doit évidemment agir en tant qu’employeur, mais elle a aussi un rôle à jouer en tant que prestataire de soins.

Il appartient aux professionnels de santé mutualistes, comme à l’ensemble des professionnels de santé, de contribuer à détecter ces violences, et ces derniers doivent être formés dans ce sens. Il existe des films pédagogiques qui peuvent être utilisés à cet effet. L’un des messages clés de l’étude, c’est, je le rappelle, "sensibiliser, informer, former".

La délégation aux Droits des femmes et à l’Egalité du Conseil économique, social et environnemental (Cese) a présenté le 25 novembre les résultats d’une étude intitulée "Combattre toutes les violences faites aux femmes, des plus visibles aux plus insidieuses". Celle-ci a mis en évidence "les chiffres accablants" qui caractérisent ce phéno­mène.
- Chaque année plus de 200.000 femmes se déclarent victimes de violences conjugales ce qui correspond à 1,2% des femmes de 18 à 59 ans vivant en France métropolitaine.
- En 2013, 121 femmes sont décédées à la suite de violences conjugales.
- En 2013, 0,5% des femmes de 18 à 59 ans soit 83.000 environ, ont déclaré avoir été victimes de viols ou tentatives de viols. Le nombre de viols s’établit à environ 75.000 par an, soit plus de 200 par jour.
- Seules 11% des victimes ont porté plainte en 2012.
- Très majoritairement (dans 83% des situations), l’auteur est connu et fait même partie de l’environnement proche de la femme agressée.
- 63% des femmes violées le sont dans leur enfance et leur adolescence par quelqu’un qu’elles connaissent.
- Plus de 20% des femmes déclarent avoir subi au moins une forme de violence dans l’espace public au cours des douze derniers mois.
- En 2014, 20% des femmes actives disent avoir été confrontées à une situation de harcèlement sexuel au cours de leur vie professionnelle.

Appelez le 39 19

Le "39 19", est le numéro vert pour l’écoute et d’orientation des femmes victimes de violence.

Consulter le site de la Fédération nationale Solidarité femmes.

Propos recueillis par Adrien Renaud

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)