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Viol : des stéréotypes toujours présents

Les stéréotypes sur le viol colonisent encore l'esprit de trop nombreux Français. Un certain nombre de personnes estiment ainsi par exemple que le comportement de la victime peut déresponsabiliser l'agresseur. C'est l'une des conclusions d'une enquête publiée le 2 mars 2016 par l'association Mémoire traumatique et victimologie.

"Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu'il soit, commis sur la personne d'autrui par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol." Cette définition légale, qui figure dans le code pénal, n'est pas connue d'un certain nombre de Français. Ainsi, une personne sur quatre ne considère pas comme un viol une pénétration digitale sur une personne qui le refuse.

Et plus d'un Français sur cinq estime qu'il n'y a pas viol lorsque la personne cède quand on la force. De même, une personne sur quatre ignore que forcer quelqu'un à faire une fellation est un viol. Ces résultats découlent d'un sondage sur les représentations sur le viol réalisé par l'institut Ipsos et l'association Mémoire traumatique et victimologie, rendue publique le 2 mars 2016 au Conseil économique, social et environnemental (Cese), à Paris.

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Infographie tirée de l'enquête Les Français-e-s et les représentations sur le viol de l'association Mémoire traumatique et victimologie.

Les résultats de cette enquête montrent par ailleurs que les stéréotypes sur les sexualités "masculine" et "féminine" perdurent. Près d'un Français sur cinq (19%) considère par exemple que beaucoup de femmes qui disent non à une relation sexuelle veulent en fait dire oui. Ils sont plus nombreux encore (21%) à penser que les femmes peuvent prendre du plaisir à être forcées à une relation sexuelle. Cette conception est encore plus répandue chez les jeunes, qui sont près d’un tiers (31%) à la partager. "Les stéréotypes sexistes perdurent, et pas seulement du fait des hommes. Les femmes sont elles aussi colonisées par ces représentations sexistes", assure Laure Salmona, chargée de mission pour l'association Mémoire traumatique et victimologie.

Déresponsabilisation de l'agresseur

L'enquête révèle aussi que 17% des Français estiment que forcer sa conjointe à avoir un rapport sexuel alors qu'elle le refuse n'est pas un viol. Ils sont par ailleurs 40% à penser que la responsabilité du violeur est atténuée si la victime a eu une attitude provoquante en public, et presque autant (38%) à déresponsabiliser l'agresseur dès lors que la victime a flirté avec lui.

Plus d'un Français sur trois (36 %) tend par ailleurs à trouver des circonstances atténuantes au violeur s'il est inconnu de la victime et qu'elle a accepté de se rendre seule chez lui. Se promener dans la rue en tenue sexy est aussi considéré comme un motif de déresponsabilisation du violeur pour 27 % des Français. "On s'intéresse plus aux comportements de la victime qu'à la stratégie de l'agresseur, sa préméditation, ou à l'existence d'autres victimes", déplore la Dre Muriel Salmona, psychiatre, présidente de l'association Mémoire traumatique et victimologie.

90% des victimes connaissent leur agresseur

Autre enseignement du sondage : une méconnaissance de la réalité des viols. Pour 44% des Français, le viol serait commis par une personne inconnue de la victime, une croyance encore plus répandue chez les jeunes puisqu’ils sont 52% des 18-24 ans à la partager. En réalité, 90% des victimes connaissent leur agresseur, qui est le plus souvent un membre de leur famille ou un proche.

Les Français sont également peu au fait de la réalité statistique du viol. Ainsi, 65% d'entre eux estiment que le nombre de viols ayant lieu chaque année ne dépasse pas le seuil des 50.000, alors que les statistiques disponibles font état de 98.000 viols ou tentatives de viol chaque année, pour les personnes de 18 à 75 ans, dont 84.000 sur des femmes et 14.000 sur des hommes.

Il faut y ajouter les chiffres des viols sur les mineurs et les personnes âgées. Les mineurs sont les premières victimes de violences sexuelles, avec une estimation de 124.000 viols ou tentatives de viol par an pour les filles, et 30.000 pour les garçons.

Les Français croient par ailleurs que 25% des victimes de viols portent plainte alors qu’elles ne sont que 10% à le faire. "Le déni, la loi du silence, la mise en cause des victimes sont encore trop répandus", regrette Laure Salmona.

Viol : former les professionnels

"Il faut former tous les professionnels en contact avec les victimes de viols et les agresseurs, qu'ils soient professionnels de santé, de la police, de la gendarmerie, ou encore du droit", estime Pascale Vion, présidente de la délégation aux Droits des femmes du Conseil économique, social et environnemental (Cese) et vice-présidente de la FNMF. Cette recommandation figure dans le quatrième plan triennal de lutte contre les violences faites aux femmes, mais "il existe un problème de moyens financiers", déplore-t-elle.

Si 95% des Français sont conscients des graves conséquences sur la santé que peuvent entraîner les viols, ils sont plus de deux sur trois à juger impossible de s'en remettre, selon l'enquête de l'association Mémoire traumatique et victimologie. "C'est la raison pour laquelle il est important de mener des campagnes auprès du grand public pour l'informer qu'il est possible de guérir des conséquences psychotraumatiques des violences par une prise en charge adaptée", déclare la Dre Muriel Salmona, présidente de l'association Mémoire traumatique et victimologie.

La formation des professionnels est cruciale, un tiers des victimes indiquant n'avoir pu trouver de psychiatre ou psychothérapeute formé pour les prendre en charge. "Il faut une connaissance des réactions des victimes. Pour les détecter, il faut leur demander si elles ont subi des violences sexuelles", insiste la Dre Salmona.

Pour en savoir +

Les résultats de l'enquête de l'association Mémoire traumatique et victimologie.

A l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars 2016, le collectif féministe contre le viol (CFCV) lance une campagne Après un viol en parler, c'est commencer à se reconstruire, qui présente le témoignage de trois femmes victimes, l'une dans le contexte conjugal, la deuxième par un proche et la troisième au travail.

Anne Baudeneau

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)