Une information sur le médicament : oui, mais objective !

Du 16 au 20 octobre, le syndicat des entreprises pharmaceutiques mène une vaste campagne de communication à destination du grand public pour promouvoir le bon usage du médicament. Pour le président de la Mutualité Française, Jean-Pierre Davant, l'information sur le médicament est indispensable mais elle doit avant tout être "objective et dénuée de tout intérêt commercial".

Le syndicat de l'industrie pharmaceutique vient de lancer une campagne intitulée : "Le médicament, parlons-en !" Du 16 au 20 octobre, les firmes regroupées sous la bannière du Leem (Les Entreprises du médicament) nous invite à "mieux comprendre le médicament pour mieux se soigner". Forums, débats citoyens, visites de labos : en apparence, cette opération de communication ne vise qu'à promouvoir le bon usage du médicament. Mais ses objectifs s'arrêtent-ils là ?

"Les industriels du médicament reprennent toujours les campagnes de santé publique à leur compte. Il se font les défenseurs de sujets consensuels pour nous faire croire qu'ils ne visent qu'à l'intérêt général", analyse Philippe Pignarre, un observateur averti des pratiques des labos. Directeur de la maison d'édition "Les empêcheurs de penser en rond" (Le Seuil), cet enseignant à Paris-VIII a travaillé pendant des années dans de grands groupes pharmaceutiques.

"Progressivement, nous explique cet expert, ces campagnes sont destinées à habituer le public à la présence de l'industrie pharmaceutique dans son univers quotidien. N'oublions pas qu'au même moment où elle lance cette campagne de communication en France, elle se bat au niveau de Bruxelles pour avoir le droit de faire de la pub sur les médicaments prescrits, remboursables par l'assurance maladie". Actuellement en France, la publicité sur les médicaments est strictement réglementée : elle ne peut s'exercer que dans le cadre de l'automédication.

Dans les deux pays où elle existe – les Etats-Unis et la Nouvelle Zélande – la publicité sur les médicaments engendre de nombreux effets pervers : augmentation de la consommation médicamenteuse nationale, pression des patients sur les médecins, relâchement des pratiques de prévention. Aux Etats-Unis, par exemple, les jeunes qui regardent fréquemment les campagnes des labos sont enclins à moins se protéger du sida, en raison de l'image positive des personnes contaminées, telle qu'elle est véhiculée par les spots publicitaires.

L'information du public doit être labellisée et aux mains d'une autorité indépendante

L'information directe des patients est donc le cheval de bataille de l'industrie pharmaceutique. Mais le médicament n'est pas un produit comme les autres. Son bon usage peut considérablement améliorer la santé alors que sa mauvaise utilisation risque d'avoir de graves conséquences. Quand ils communiquent auprès du grand public sur un médicament, les labos pharmaceutiques peuvent choisir de mettre en avant certains bénéfices et d'en occulter, pour des raisons commerciales, les effets négatifs. Difficile d'être objectif quand on est à la fois juge et partie !

Pour la Mutualité Française, une information fiable doit impérativement être " fondée sur des données scientifiquement probantes, indépendantes et contrôlées". Les firmes pharmaceutiques devraient se concentrer sur leurs obligations légales : l'information qui figure sur les notices et conditionnements des médicaments. Pour le président de la Mutualité Française, Jean-Pierre Davant, "ces documents sont actuellement difficilement compréhensibles par le grand public". Quand elles sont bien conçues, les notices contribuent pourtant à une bonne utilisation des médicaments et à la prévention des erreurs de médication : surdosage, interactions médicamenteuses, contre-indications, etc.

Le défi de l'information des patients consiste aujourd'hui à encourager un comportement responsable en matière de santé. "Il faut aider nos concitoyens à identifier les informations fiables, objectives, dénuées de tout intérêt commercial dans le labyrinthe actuel des informations disponibles". Pour cela, la Mutualité Française juge "primordial" de mettre en place une labellisation de l'information par une autorité indépendante.