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Une campagne choc contre le tabagisme des jeunes

L'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (Inpes) et l'Alliance contre le tabac viennent de lancer une campagne télévisée et sur Internet qui dénonce les manipulations de l'industrie du tabac. Au ton volontairement décalé et cynique, le message joue sur la parodie et mise sur le sens critique des jeunes.

"Le tabac tue un fumeur sur deux. L'industrie du tabac compte sur vous pour les remplacer." C'est le slogan volontairement provocateur adressé aux jeunes par la nouvelle campagne anti-tabac, lancée conjointement par l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (Inpes) et l'Alliance contre le tabac.

"Chaque année, 270.000 jeunes, courageux et motivés, sont prêts à absorber plus de 50 substances cancérigènes pour nous aider à soutenir nos bénéfices. Comme eux, saisissez cette chance et remplacez dès aujourd'hui un de nos fidèles fumeurs décédés", déclare la voix off qui accompagne le spot télévisé. Il parodie un industriel du tabac de la société fictive "Toxic Corp", à la recherche de nouveaux clients.

Les fabricants de cigarettes profitent des codes des ados

Diffusé à la télévision et sur Internet du 20 août au 9 septembre, le spot est une réponse aux manipulations des cigarettiers. Cigarettes aromatisées au chocolat, à la vanille, à la fraise, packaging "tendance", couleurs à la mode, noms accrocheurs des paquets : l'industrie du tabac à plus d'un tour dans son sac pour s'assurer de nouveaux fumeurs dépendants. Les derniers produits qu'elle lance sur le marché des jeunes sont le fruit d'études poussées.

Les noms de ces cigarettes, "Black Devil" ou "Pink Elephant", n’ont pas été choisis au hasard. En réponse au mouvement gothique chez les adolescents, les "Black Devil" sont présentées dans un paquet noir illustré d’un diablotin ricanant. Le papier même de ces cigarettes est noir, le filtre est sucré, et le tabac qu’elles contiennent est aromatisé au chocolat ou au caramel.

Pour leur part, les "Pink Elephant" sont vendues dans un paquet bleu et rose sur lequel est dessiné un éléphant rose. Les fabricants ont, là aussi, misé sur un message décalé, entre humour et transgression, pour séduire les jeunes. Ces cigarettes sont rose fluorescent, serties d’un anneau doré, et aromatisées à la vanille. Avec leur côté glamour, elles semblent avoir la préférence des jeunes filles.

Autant de goudrons et de nicotine

"Les stratégies des fabricants de tabac ciblent les jeunes avec des messages, des thèmes, des couleurs qui les attirent. L’objectif est de les fidéliser dès le plus jeune âge pour qu’ils développent un sentiment d’appartenance et s’identifient à la marque", met en garde le Comité national contre le tabagisme (CNCT).

Vendues un peu moins cher qu’un paquet de Marlboro classiques, ces cigarettes sont tout aussi toxiques. Les arômes atténuent certes l’aigreur du tabac, mais elles contiennent les mêmes taux de goudrons et de nicotine que les cigarettes les plus fortes du marché. De fait, la dépendance à la nicotine qu’elles entraînent chez les jeunes consommateurs est tout aussi importante. Actuellement, 38% des jeunes âgés de 15 à 24 ans sont fumeurs. Plus de la moitié d’entre eux souhaitent déjà s’arrêter.

Tabac et alcool : même combat !

La stratégie de l’industrie du tabac est proche de celle des producteurs d’alcool avec leurs premix. Ces mélanges de soda et d’alcool fort, notamment de vodka, ont désormais envahi les rayons des supermarchés. Ce sont des boissons d’appel pour les jeunes de 12-14 ans, le plus souvent présentées dans des canettes qui rappellent celles des sodas. Passé cet âge, les jeunes se font eux-mêmes leurs mélanges, encore plus corsés en alcool. "Ces produits sont de plus en plus populaires chez les jeunes adolescents", note Franck Moulins, animateur de prévention pour l’Anpaa (Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie).

Habitué à intervenir dans les collèges et les lycées franciliens, l’animateur déplore les idées reçues des jeunes et parfois de leurs parents sur ces boissons. "lls ne pensent pas qu’elles sont dangereuses, puisqu’elles n’ont pas le goût de l’alcool", explique-t-il. Boire une canette de premix revient pourtant à boire un ballon de vin rouge ou une canette de bière. Mais cette boisson a pour elle une image de modernité, de nouveauté qui séduit les plus jeunes.

"La consommation d’alcool est de plus en plus précoce chez les jeunes, les stratégies marketing des fabricants sont très efficaces", remarque de son côté Michel Crapelet, alcoologue et médecin délégué à l’Anpaa. Et contrairement au tabac, les risques d’une consommation excessive d’alcool sont immédiats : coma éthylique, comportements à risque tels que rapports sexuels non protégés, conduite en état d’ivresse. Chaque année, des accidents mortels aux sorties de boîtes ou de soirées soulignent le lourd tribut que paie la jeunesse à l’alcool.

Joëlle Maraschin et Ghislaine Trabacchi

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)