Un salarié sur deux souffre du bruit sur son lieu de travail

La moitié des salariés sont exposés au bruit dans leur environnement professionnel. Les ouvriers sont les plus exposés (70%), en particulier ceux travaillant dans le bâtiment et les travaux publics (BTP). Ces nuisances sonores ont des conséquences plus ou moins graves sur la santé. Tels sont les principaux enseignements d’une étude réalisée à l’occasion de la 11e journée nationale de l’audition, qui s'est tenue le jeudi 13 mars.

De plus en plus de salariés sont gênés par le bruit sur leur lieu de travail. C’est l’un des enseignements d’une récente enquête Ipsos intitulée "Le bruit au travail", à l’occasion de la 11e journée nationale de l’audition (JNA), qui a eu lieu le jeudi 13 mars. Cette enquête a été conduite au téléphone en décembre dernier, auprès de plus de 1.600 actifs.

Principal constat : 51% des travailleurs sont confrontés aux nuisances sonores dans leur environnement professionnel. Rappelons que l’audition est un danger au-delà de 80 décibels, soit le bruit d’une rue animée ou à fort trafic. Une proportion en forte augmentation depuis 2003. Cette année-là, l’enquête Sumer (Surveillance médicale des risques professionnels), réalisée par des médecins du travail, montrait que près d’un tiers des salariés était exposé au bruit.

Actuellement, 61% des actifs souffrant de ces nuisances sonores sont gênés "très fréquemment" ou "souvent". Ces personnes sont en grande majorité des ouvriers (70%), la plupart travaillant dans le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP). Dans une moindre mesure, les autres actifs se situent dans les catégories "professions intermédiaires et employé" (57%), ainsi que "indépendant et cadre supérieur" (53%).

Les voix, le téléphone et la musique

Quels sont les principaux désagréments ? Les bruits d’ordre mécanique sont les plus fréquents (58%). " Nul ne s’étonne que les ateliers, garages et chantiers soient le siège des bruits d’ordre mécanique", poursuit cette enquête. Ces trois lieux d’activité représentent à eux seuls près de la moitié des nuisances (43%).

Pour autant, "avec le développement du secteur tertiaire, ce sont d’autres types de nuisance qui émergent", indiquent les auteurs de l’étude. Ainsi, les voix, le téléphone et la musique constituent une gêne dans plus d’un cas sur trois. Le dérangement causé par la circulation automobile est cité dans une plus petite proportion (13%). Les bureaux et espaces ouverts aux publics ne sont pas à l’abri, puisque le niveau sonore constitue une nuisance pour respectivement 20% et 12% des salariés.

Autre volet de l’étude : les conséquences du bruit au travail sur la santé. Près de la moitié des actifs qui le subissent estiment quelles "ont des répercussions directes sur leur santé ou sur leur comportement". Ces effets néfastes se traduisent en premier lieu (58%) par la modification du comportement : énervement, agressivité, manque de patience... Les salariés souffrent également de baisse de l’audition (36%) qui se manifeste, par exemple, par des sifflements ou des bourdonnements d’oreille. Les problèmes de santé en général (maux de tête, perte de sommeil, angoisses...) constituent 29% des plaintes.

Action du bruit sur le comportement

Toutes ces répercussions sur la santé varient d’un secteur d’activité à l’autre. Plus d’un travailleur sur deux victime du bruit dans l’industrie et le BTP a des problèmes d’audition. Dans les autres secteurs, "le bruit agit principalement sur le comportement". Dans les administrations, c’est le cas des trois-quarts des salariés concernés.

Face à ce problème de santé publique, l’étude pointe l’insuffisance des réponses apportées. Ainsi, seuls quatre actifs sur dix disposent de protections auditives. Dans ce contexte, la prévention est primordiale. Or, "le dépistage est loin d’être systématique en France", déplorent les auteurs de l’étude. En effet, moins d’un salarié sur deux (43%) a bénéficié d’un dépistage auditif dans le cadre d’une visite médicale annuelle. Ce dispositif est mis en oeuvre uniquement auprès d’une personne sur trois dans le secteur tertiaire. La prévention sur le bruit au travail doit encore se faire entendre…

Christophe de La Mure

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)