Troubles du sommeil : une nuit dans une consultation spécialisée

Insomnies, fatigue, apnée, somnambulisme : les troubles du sommeil ont tous d’importantes répercussions sur la santé et la qualité de vie. Leurs origines sont très variées. Pour bien les appréhender, un avis adapté et des examens approfondis peuvent être nécessaires. Reportage dans le centre du sommeil de l’Hôtel-Dieu, à Paris, où les malades viennent passer une nuit sous le contrôle d’une équipe spécialisée.

"Bonne nuit, à demain !" Il est 22h30 lorsque Joseph, technicien de nuit au centre du sommeil de l'Hôtel-Dieu, à Paris, éteint la lumière et s'éclipse. A l’intérieur de la chambre, Jacques, 65 ans, s'apprête à passer une nuit pas tout à fait comme les autres. Pendant huit heures, des électrodes, disposées un peu partout sur son corps et reliées à un ordinateur, vont enregistrer son sommeil et sa respiration. Le but : détecter les troubles à l'origine des somnolences qui perturbent ses journées. "C'est mon pneumologue qui a souhaité que je fasse cet examen, explique Jacques. Comme je me réveille souvent la nuit et que je suis très fatigué le jour, il suspecte un problème d'apnée du sommeil."

Pour Jacques, l'aventure ne se limitera pas à cette séquence d'enregistrement nocturne. Dès le lendemain, il effectuera aussi plusieurs tests de vigilance, pour évaluer sa propension à dormir le jour. Toutes les deux heures, sa chambre sera plongée dans le noir et Jacques sera invité à faire la sieste pendant vingt minutes. En tout, il restera ainsi une vingtaine d'heures sous surveillance, mais il ne s'en plaint pas. "Cela fait plus de dix ans que je suis fatigué en permanence, raconte-t-il. J'ai envie de comprendre ce qui m'arrive et de trouver enfin une solution."

Chaque année, le centre du sommeil de l'Hôtel-Dieu, l'un des quarante services spécialisés dans l'étude du sommeil en France, accueille ainsi 3.000 patients venus, comme Jacques, chercher une réponse à leurs problèmes. L'insomnie, qui touche environ 20% de la population, constitue bien sûr l'un des principaux motifs de consultation, mais ce n'est pas le seul. Les différentes formes d'hypersomnie, qui se caractérisent par un besoin excessif de sommeil (environ 5% de la population), le syndrome d'apnée du sommeil (4 à 6% de la population) et les troubles du comportement, tels que le somnambulisme, font également l'objet de nombreuses plaintes.

Des troubles complexes, difficiles à diagnostiquer

"Quelle que soit la nature des problèmes, la plupart des patients que nous recevons ont derrière eux une longue histoire, marquée parfois par dix ou quinze ans de souffrances inexpliquées", précise le Dr Damien Léger, responsable du centre. En cause : la complexité des troubles du sommeil, souvent difficiles à diagnostiquer. "L'insomnie, par exemple, peut être le fait de pathologies très variées, comme l'asthme, l'hyperthyroïdie, les rhumatismes ou encore la dépression, poursuit-il. Cela rend le diagnostic, et donc le traitement, particulièrement délicats."

L'intérêt de centres spécialisés comme celui de l'Hôtel-Dieu est justement de proposer une panoplie d'examens ciblés - tous pris en charge intégralement par l'assurance maladie - pour affiner ce diagnostic et adapter les traitements. "Grâce à la polysomnographie, qui est un enregistrement complet du sommeil, on va ainsi pouvoir repérer les baisses du taux d'oxygène dans le sang, caractéristiques de l'apnée du sommeil, résume Maxime Elbaz, responsable de l'équipe médico-technique. On pourra également relever d'éventuels mouvements des membres inférieurs, qui nous mettront sur la voie d'un syndrome des jambes sans repos."

Tous les troubles du sommeil ne nécessitent cependant pas un examen approfondi. Le premier rendez-vous à l'Hôtel-Dieu est donc toujours une consultation avec un médecin, destinée à évaluer la nature exacte du problème et son degré de gravité. "En matière d'insomnies, en particulier, il faut faire la part des choses entre les troubles transitoires, souvent liés à un événement de la vie, et les insomnies plus sévères, qui durent plusieurs mois, voire plusieurs années, expose Damien Léger. Seules ces dernières feront l'objet d’examens complémentaires. Pour les autres, on proposera directement un traitement, associant le plus souvent somnifères et techniques cognitives et comportementales, comme la sophrologie."

S'armer de patience pour obtenir un rendez-vous

Pour faciliter le suivi des troubles, mais aussi garantir un remboursement optimal des examens, mieux vaut s'adresser au centre par le biais de son médecin traitant. Dans tous les cas, il faudra s'armer de patience, un délai d'un an pouvant s'écouler entre la prise de contact et la première consultation... "Depuis quelques années, nous assistons à une hausse importante des demandes de consultation, car les gens sont de mieux en mieux informés sur les troubles du sommeil et sur les possibilités de prise en charge. Mais l'offre de soins ne progresse pas en conséquence !", regrette le Dr Léger.

Heureusement, les enregistrements du sommeil peuvent parfois s'effectuer en ambulatoire. Pour Maxime Elbaz, "cela permet de raccourcir les délais d'attente mais aussi de dédramatiser l'examen". Ce matin-là, Maryse arrive au centre du sommeil vers 9 heures. Dissimulés sous sa veste et son chapeau, les électrodes et le boîtier qui lui ont permis d'effectuer sa polysomnographie à domicile. "Je suis venue hier après-midi pour me faire poser les capteurs, puis je suis rentrée dormir chez moi avec tout l'attirail, raconte cette femme de 60 ans, qui souffre de graves problèmes d'insomnies. Pour moi, cette formule était vraiment idéale, car dormir à l'hôpital aurait perturbé encore plus mon sommeil."

Comme tous les autres patients, Maryse devra à présent attendre un mois pour connaître les résultats de cet examen, qui lui seront restitués lors d'une consultation avec un médecin du centre. En fonction des troubles détectés, un traitement sera initié, qui pourra être repris ensuite par son médecin traitant : "Voici plus de trois ans que je ne dors pas plus de trois heures chaque nuit, dit-elle. Inutile de dire que j'attends beaucoup de cette consultation."

Stéphanie Lampert

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