Trois pistes pour 50 milliards d’économies

A priori, croient savoir Les Echos (pages 2 et 3), le nouveau Premier ministre devrait privilégier les annonces sur le pacte de responsabilité dans son discours de politique générale prévu pour demain soir. En revanche, il devrait "rester assez discret" sur la façon de trouver les 50 milliards d'économies envisagés pour les années 2015 à 2017.

Jean-Marc Ayrault, le prédécesseur de Manuel Valls à Matignon, s'était quant à lui déjà penché sur la question avec cinq autres ministres, réunis au sein d'un conseil stratégique de la dépense publique. Les pistes déjà étudiées pourraient se maintenir, remarque le quotidien économique. En d'autres termes, "Etat, Sécurité sociale, collectivités locales vont grosso modo, participer à l'effort à hauteur de leur poids respectif dans la dépense publique".

Certes, écrit Le Figaro (page 4), François Hollande a affirmé la semaine dernière que la santé devait être "une priorité". Mais, rappelle le quotidien, le chef de l'Etat avait également insisté, lors de ses vœux aux Français, sur la nécessité de traquer "les abus et les excès" en la matière. Pour ce faire, juge Le Figaro, il peut notamment s'appuyer sur les recommandations des inspections des Finances et des Affaires sociales, et celles de la Cour des comptes.

Selon Les Echos, "le tour de vis sur les dépenses remboursées par l'assurance maladie sera sans précédent : 10 milliards sur trois ans". En conséquence, poursuit le quotidien, "l'objectif de progression des dépenses de santé pour 2015, 2016 et 2017 ne devrait pas dépasser 2% par an, et il pourrait être encore plus faible (1,75%) pour l'une de ces trois années".

Il ne devrait pas y avoir de déremboursements pour les assurés a indiqué la ministre de la Santé, Marisol Touraine. En revanche, il s'agira de "mieux réguler les transports sanitaires", note Le Figaro, de sorte à dégager 450 millions d'économies. En misant sur le développement des ventes de médicaments génériques, l'économie serait de 750 millions d'euros, tandis qu'en incitant les médecins à moins prescrire, on table sur une économie de 500 millions d'euros.

Côté hôpital, poursuit Le Figaro, l'objectif est de soulager la coûteuse fréquentation des urgences "en favorisant la médecine libérale, moins dispendieuse". Près de 500 millions d'euros pourraient aussi être économisés à court terme en renforçant le développement de la chirurgie ambulatoire. A plus long terme, l'économie s'élèverait à 5 milliards d'euros.

En ce qui concerne les collectivités locales, dont les dépenses annuelles atteignent 236 milliards d'euros par an, le regroupement de certains services est une piste d'économies évoquée, au même titre que la fusion de certains départements ou certaines régions. Par ce biais, les dotations qui leur sont attribuées devraient diminuer de 10 milliards sur trois ans, écrivent Les Echos.

Enfin, du côté de l'Etat, la réalisation d'économies ne pourra se faire autrement qu'en touchant aux 5,2 millions de fonctionnaires et à leurs salaires, dont la masse totale représente 268 milliards d'euros.

 

Médicament : le coût-efficacité en débat

"Aujourd'hui, dans une économie contrainte, nous devons nous poser la question du prix d'un médicament", observe le professeur Yazdan Yazdanpanah. Pour cet infectiologue à l'hôpital Bichat-Claude Bernard, à Paris, les nouvelles molécules sont salutaires, en particulier dans les traitements des maladies graves. Encore faut-il que leur "coût-efficacité" soit le meilleur. En général, écrit Le Figaro (page 11), on considère comme "coût-efficace" tout traitement (hospitalisations, médicaments, consultations…) "qui coûte moins de trois fois le PIB par personne et par année de vie gagnée, soit, en France, 90.000 euros". Or, toutes les nouvelles molécules ne seraient pas "coût-efficace". De fait, en cancérologie, certaines ont été écartées des thérapies.

A l'hôpital Cochin, explique par exemple le Pr François Goldwasser, chef de service de l'établissement, "nous ne prescrivons pas l'ipilimumab dans le mélanome métastatique, car il est efficace seulement chez 10% des patients et nous ne pouvons pas savoir à l'avance lesquels. Surtout, il est très toxique et très cher."

Dès lors, en raison des coûts qu'elle entraîne, l'adoption de certains médicaments innovants est plus un fait politique que strictement médical. Ainsi, dans certains pays comme l'Angleterre, "les malades n'ont pas accès à tous les nouveaux médicaments". Tout au moins, ceux-ci ne sont pas pris en charge par la collectivité. C'est le cas d'un des trois traitements qui existent contre la leucémie myéloïde. Les patients sont libres de recourir au troisième traitement mais ils doivent payer de leur poche.

En France, un tel débat semble commencer à se poser. En tout cas, écrit le quotidien, le dossier de cette médecine à deux vitesses "est sur le bureau du prochain secrétaire d'Etat à la Santé, qui doit être nommé mercredi".

Frédéric Lavignette

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