Tribune de Jean-Pierre Davant dans Les Echos : pour une nouvelle approche de la consommation de médicaments

La politique de la rupture pourrait tout aussi bien se manifester dans le secteur du médicament, estime Jean-Pierre Davant dans une tribune publiée aujourd’hui dans Les Echos (page 21). Pour ce faire, il faut tordre le cou à certaines "mauvaises habitudes", relève le président de la Mutualité française. En France, regrette Jean-Pierre Davant, "consultation égale ordonnance et ordonnance égale prescription". Or, cette situation "n’a pas de fondement sanitaire". Une nouvelle approche de la consommation des médicaments permettrait au système de protection sociale de réaliser des économies, "les fonds sociaux (devant) financer en priorité le progrès médical et les soins les plus efficaces".

Certains traitements innovants doivent légitimement être supportés par la collectivité, explique le président de la Mutualité. C’est notamment le cas de ceux qui interviennent pour lutter contre le cancer, c’est-à-dire de ceux qui améliorent le service médical rendu (SMR), "une notion complexe, parfois mal comprise". Pour bien la comprendre, il convient de "mesurer correctement" l’efficacité thérapeutique de ces traitements et "déterminer en conséquence" le niveau de leur remboursement. A ce titre, le gouvernement aurait dû "aussitôt" dérembourser les veinotoniques après l’avis de la Haute Autorité de santé constatant la faiblesse de ce SMR, note Jean-Pierre Davant.

Il revient au Comité économique des produits de santé (CEPS) de fixer le prix des spécialités admises sur le marché, rappelle le président de la FNMF. Mais, déplore-t-il, "l’industrie pharmaceutique est autorisée, même pour des médicaments peu innovants, à déposer elle-même son prix en référence aux prix pratiqués dans les autres pays européens". Ce procédé a pour conséquence que "les patients et leurs mutuelles paient les médicaments à un prix élevé". A l’avenir, un peu plus de transparence de la part de l’Etat, de la Sécurité sociale et des laboratoires pharmaceutiques permettra d’y voir plus clair sur "les composantes des coûts : recherche-développement, production, marketing, marges et remise".

Dans le même élan, la distribution devrait également connaître une réduction de ses marges brutes. Ces dernières années, indique en effet le président de la Mutualité, "les grossistes répartiteurs, qui distribuent les médicaments aux pharmaciens d’officine, ont vu leur chiffre d’affaires et leur rentabilité augmenter considérablement".

En supprimant les marges arrière, "qui ne profitent pas aux consommateurs, mais aux seuls distributeurs et pharmaciens d’officines", la réalisation d’économie sera possible, en particulier sur les médicaments génériques qui sont "trop chers".

Par ailleurs, constate Jean-Pierre Davant, "la distribution et la dispensation de médicaments en automédication font l’objet de débats". Quand il est en vente libre, c’est-à-dire sans prescription médicale, le prix d’un médicament n’est plus administré. "Et souvent il augmente fortement." Par conséquent, "les malades le savent rarement : il faut toujours demander le médicament remboursé, quand celui-ci peut-être délivré sans ordonnance car il est beaucoup moins cher".

Pour rendre "un grand service aux Français", suggère le président de la Mutualité Française, les médicaments en automédication pourraient être distribués "sous le contrôle de docteurs en pharmacie, dans d’autres points de vente que les pharmacies d’officine". "Il est possible d’améliorer l’accès aux médicaments courants, comme il est souhaitable que l’acheteur puisse librement choisir le produit qui lui convient au meilleur prix", poursuit-il. "Nous en sommes loin aujourd’hui", déplore Jean-Pierre Davant.

Cette évolution ne vise pas à nuire au métier de pharmacien. Elle permettrait, au contraire, aux officines de "passer d’une économie de produits à une économie de services". Le métier de pharmacien doit en effet, d’abord et avant tout, résider dans "le suivi personnalisé du patient et le conseil sur des produits thérapeutiques de qualité".

Le président de la Mutualité revient également sur la "mainmise" des laboratoires pharmaceutiques sur l’information des médecins. Cette emprise "explique pour partie le haut niveau qu’atteignent les prescriptions médicamenteuses dans notre pays". Une autre politique du médicament est donc possible, affirme-t-il. "Ne gâchons pas nos ressources en entretenant des pratiques plus mercantiles que sanitaires, car au bout du compte elles freinent les innovations qui sauveront demain des vies", conclut Jean-Pierre Davant.

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Aujourd’hui, le chef de l’Etat tient le "premier grand oral" de son quinquennat, annonce Le Figaro (page 6). En répondant aux questions des 600 journalistes accrédités, à la suite d’un "propos liminaire d’une trentaine de minutes", explique Le Parisien/Aujourd’hui (page 4), le président de la République devra aborder tous les sujets. "Il n’y aura pas de thème tabou", assure l’Elysée.

"L’éducation, la recherche, la ville et l’égalité des chances devraient donc tenir une bonne place dans les annonces d’aujourd’hui", signalent Les Echos (page 2). Cependant, poursuit le quotidien, il sera attendu par les Français sur les "retombées concrètes de son action".

L’opinion est en effet impatiente, explique à son tour Le Monde (page 2) dans son éditorial, car sept mois après son arrivée à l’Elysée, "tous les indicateurs économiques sont au rouge" : "La croissance ? En 2007 comme en 2008, elle devrait être inférieure à 2%, soit en dessous de la moyenne de la zone euro. Le chômage ? Après une baisse sensible en 2006, il ne diminue plus qu’à la marge." L’inflation devrait être supérieure à 2% en 2008 et, pour ce qui est du commerce extérieur, le déficit est "historique". Quant au moral des ménages constate Le Monde, "il est proche de son plus bas niveau historique de l’automne 1995".

Pour Nicolas Barré, l’éditorialiste du Figaro (page 15), les récents mauvais sondages sont "un peu le paradoxe de cette rentrée". Cette morosité observée devant le "grand nombre de réformes" engagées depuis six mois renvoie à des "interrogations de la société française sur l’avenir de ce qui, depuis trois générations, constituait des piliers et faisait peu ou prou consensus : le régime de protection sociale, le système éducatif, la place et le rôle de l’Etat".

Frédéric Lavignette

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