Toulouse : un centre de santé au cœur d’une zone sensible

A l'occasion du déplacement de Thierry Beaudet, ce mercredi 5 octobre 2016, à Toulouse (Haute-Garonne), reportage dans la zone urbaine sensible du Grand Mirail, où le centre de santé mutualiste de Basso Cambo propose une offre de soins de premier recours sans dépassement d'honoraires. Cette visite est la première d'une série de six "rendez-vous terrain" du président de la Mutualité Française, à la rencontre des mutualistes en région.

Durant l'échographie, Caroline regarde avec attention son bébé à l'écran. Cette jeune femme de 27 ans attend son premier enfant. Enceinte de plus de huit mois, elle est suivie par le Dr Jean-Luc Carnus, gynécologue-obstétricien au centre de santé mutualiste de Basso Cambo, à Toulouse (Haute-Garonne).

Cet établissement est géré et intégralement financé par la Mutualité Française Haute-Garonne Ssam (services de soins et d'accompagnement mutualistes). Il est situé au terminus de la ligne A du métro toulousain, dans la zone urbaine sensible du Grand Mirail regroupant trois quartiers : le Mirail, Reynerie et Bellefontaine.

"Un désert médical"

Caroline est venue ce lundi matin de Balma, à l'est de la ville, à l'autre extrémité de cette même ligne de métro. "Le Dr Carnus a très bonne réputation. Il a suivi plusieurs de mes amies durant leur grossesse et elles en étaient très contentes", rapporte cette patiente pour qui le bouche-à-oreille sur la qualité des soins a été le premier moteur. Elle fait ainsi partie des 40% de patients qui fréquentent le centre de santé sans habiter à côté.

La patientèle de proximité constitue, en effet, la majorité des 28.000 patients accueillis chaque année au centre, dont 30% sont des bénéficiaires de la couverture maladie universelle (CMU) ou de l'aide médicale de l'Etat (AME). Pour la présidente de la Mutualité Française Haute-Garonne Ssam, Elvire de Almeida Loubière, "cette offre de soins de premier recours est incontournable dans ce quartier particulièrement difficile de la ville".

Il est encore aisé de trouver un généraliste libéral, mais ce n'est pas le cas pour les spécialistes… Par exemple, en matière de suivi obstétrical, "l'offre a considérablement diminué", déplore le Dr Carnus, évoquant "un désert médical". "Les hôpitaux sont saturés et les cliniques aussi. Les généralistes prennent un peu le relais mais c'est difficile car ils sont peu formés dans ce domaine."

Or, dans ce quartier, il est primordial de bénéficier d'un suivi dès le début de la grossesse. Certaines femmes rencontrent des problèmes de santé en raison d'une alimentation trop sucrée. Cela peut provoquer un diabète, ce qui est dangereux durant la grossesse, poursuit cet obstétricien qui pratique plus de 400 accouchements par an tout en répondant à une forte demande sur la stérilité. Par ailleurs, les grossesses après 45 ans sont fréquentes alors qu'elles sont à "risque important".

Une offre globale de soins sans dépassements

En plus de l'activité de gynécologie, le centre propose à la population une offre globale de soins en médecine générale ainsi que plusieurs spécialités parmi lesquelles la pédiatrie, la cardiologie, la dermatologie, l'ophtalmologie, l'endocrinologie, la gastroentérologie, la psychiatrie ou la radiologie.

Au total, 30 praticiens y assurent des consultations du lundi au samedi, de 8 heures à 18h30. En outre, des dentistes exercent dans cet espace. Les patients bénéficient d'un suivi médical grâce à un dossier médical partagé informatisé. Tous ces professionnels de santé réalisent leurs consultations et actes techniques exclusivement à des tarifs de secteur 1, soit 23 euros pour une consultation de généraliste et 28 euros pour un spécialiste.

Une tarification appréciée par Sophie, qui habite à 25 minutes en voiture et consulte également le Dr Carnus : "Quand vous avez un médecin qui prend soin des patients et qui ne facture pas de dépassements d'honoraires, vous faites d'une pierre deux coups !" Ida, 30 ans, qui vient régulièrement depuis cinq mois et attend son tour auprès de son compagnon, est du même avis : "Là où j'allais avant, je devais faire un chèque de 115 euros !"

Autre avantage : les patients mutualistes bénéficient d'une dispense d'avance de frais. "Quand on n'a pas forcément les moyens, c'est pratique de ne pas avancer les frais", témoigne Caroline, la future maman. Le centre étant ouvert à tous, seul le ticket modérateur est dû par les personnes qui n'ont pas de complémentaire santé mutualiste.

Pour améliorer les services aux patients, une vaste rénovation du centre de santé, créé en 1975, a été menée. Aux lambris de bois foncé succèdent des couloirs clairs dotés d'une signalétique adaptée. "L'ensemble de la rénovation a été finalisée en mars 2015", précise la présidente. Mais au-delà de l'esthétique, c'est surtout la qualité des soins qui est au cœur de cette réhabilitation. "Nous avons changé tous les plateaux techniques du centre de santé", se félicite-t-elle. Par exemple, l'ensemble du matériel de radiologie a été numérisé et les échographies peuvent être réalisées en 3D.

Dépistage des affections de la rétine

Illustrant l'exemplarité des techniques utilisées, le pôle rétinopathie s'adresse aux malades souffrant d'affections touchant la rétine : dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA), œdèmes maculaires entraînant une importante baisse de la vision, etc. C'est justement en raison d'un œdème maculaire que Pierre, un commercial à la retraite, consulte son ophtalmologue, le Dr Philippe Rivayrand. Lui aussi a parcouru 30 kilomètres pour être pris en charge dans ce centre de santé mutualiste.

Il vient pour une injection intravitréenne, une piqûre pratiquée sous anesthésie locale, directement dans le blanc de l'œil. "L'objectif est d'améliorer mon acuité visuelle", explique ce patient averti dont la vue a d'abord été "stabilisée au laser".

Ce pôle dispose d'un angiographe-rétinographe, un appareil servant à photographier la rétine afin de diagnostiquer et suivre l'évolution de maladies telles que la DMLA ou les rétinopathies liées au diabète.

"Auparavant, pour pratiquer ce genre d'examen, il fallait aller en centre-ville, à l'hôpital ou dans un centre privé", explique le Dr Rivayrand. "Ce matériel innovant complète les plateaux techniques déjà existants sur la ville de Toulouse. On prend en charge le patient dans sa globalité, des soins de première intention aux examens exploratoires poussés", renchérit-il.

La tomographie à cohérence optique, dite OCT du nom anglais Optical Coherence Tomography, est un autre examen de pointe proposé au centre médical. Cette technique indolore, basée sur la réflexion de la lumière infrarouge, donne des images en coupe de la rétine, permettant d'en apprécier l'épaisseur. L'OCT peut compléter les angiographies dans le dépistage d'une DMLA. Autant d'exemples prouvant qu'au centre de santé Basso Cambo, la médecine sans dépassements d'honoraires rime vraiment avec qualité !

Délégation de tâches entre professionnels de santé

Si son chiffre d'affaires augmente chaque année pour atteindre près de 3 millions d'euros fin 2015 (2 millions d'euros en 2012), le centre de santé de Toulouse Basso Cambo présente encore un déficit structurel. Pour permettre à cet établissement de mener à bien sa mission de service public, la Mutualité Française Haute-Garonne Ssam (services de soins et d'accompagnement mutualistes) a donc mis en place des axes d'amélioration.

Comme le permet la loi Hôpital, Patients, Santé et Territoires (HPST), la délégation des tâches a été progressivement instaurée entre professionnels de santé du centre médical : d'abord entre gynécologues-obstétriciens et sages-femmes puis, entre ophtalmologistes et orthoptistes. Outre l'amélioration du suivi des patients, cette forme de coopération permet une meilleure efficience en matière de fonctionnement du centre.

La Mutualité Française Haute-Garonne Ssam a également recruté de nouveaux professionnels de santé, optimisé le taux d'occupation des cabinets et amélioré les délais de rendez-vous. Elle développera prochainement la prise de rendez-vous en ligne dans ce centre de santé. Cette pratique a déjà été mise en place avec succès dans son centre situé en zone semi-rurale de Villefranche de Lauragais et dans son centre de Toulouse, installé dans l'hypercentre.

Enfin, le centre Basso Cambo devrait bénéficier des retombées de l'accord national des centres de santé, à savoir la transposition des pratiques libérales aux centres de santé. Le financement de la pratique en équipe, la mise en place d'un forfait médecin traitant ou encore le contrat d'accès aux soins dentaires devraient permettre au centre mutualiste d'optimiser ses recettes, tout en maîtrisant ses dépenses.

Paula Ferreira

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)