Tiers payant généralisé : les médecins poursuivent la grève

Les médecins poursuivent leur mouvement de protestation contre la loi de santé. Hier, les spécialistes ont répondu au Syndicat des médecins libéraux (SML) qui les invitait à fermer leur cabinet et à boycotter la carte Vitale des patients. Aujourd'hui, motivés par le syndicat MG France, les médecins généralistes pourraient faire de même, au même titre que les praticiens libéraux représentés par la CSMF.

Leur revendication de fin d'année reste la même, écrit Le Figaro (page 23). Les généralistes réclament non seulement une hausse de la consultation de 23 à 25 euros mais aussi le retrait du tiers payant généralisé et obligatoire à compter de 2017, une des mesures phares de la loi de santé.

Hier, sur France Inter, pour la seconde fois en une semaine notent Les Echos (pages 2 et 3), le chef de l'Etat a tenté d'apaiser les professions médicales. Comme l'indique Le Figaro, François Hollande a notamment déclaré qu'il comprenait "les médecins qui disent qu'il ne faut pas que ce soit compliqué". Ils ont "parfaitement raison, a-t-il ajouté. Il faut qu'on puisse être capable d'être beaucoup plus simple, beaucoup plus effi­­cace".

De son côté, la ministre de la Santé "tient bon", écrit La Croix (page 9). La généralisation du tiers payant permettra, affirme Marisol Touraine, un meilleur accès aux soins des Français qui n'ont pas les moyens d'avancer le prix de la consultation. Ce dispositif, a-t-elle indiqué, "c'est la colonne vertébrale de ma loi". Ce matin, sur RMC Info, la ministre a réitéré sa volonté de mettre en place un système "le plus simple possible", n'écartant pas l'hypothèse d'un dispositif de remboursement "qui regrouperait toutes les mutuelles".

Il n'en reste pas moins, ajoute le journal catholique, que "la ministre apparaît assez isolée dans ce bras de fer avec le corps médical. Aujourd'hui, en effet, seules les voix hostiles à son projet de loi se font entendre. Ceux qui soutiennent son texte ou auraient logiquement dû le soutenir sont d'une extrême discrétion". Il en est ainsi du Collectif interassociatif sur la santé (Ciss) qui "soutient plutôt la loi mais de manière timide".

D'après les sondages, les patients seraient, quant à eux, favorables à la généralisation du tiers payant. Mais, paradoxe, ils soutiennent aussi la grève des médecins.

A lire aussi – La Mutualité au cœur d'un colloque

Baptisé "Le Mouvement mutualiste, plus que jamais à la conquête du bien-être social", un colloque s'est tenu à Paris le 1er décembre dernier, en partenariat avec la MGEN et L'Humanité. Dans un cahier spécial de quatre pages, le quotidien revient aujourd'hui sur cette manifestation et observe que "le plus ancien mouvement social français, dont l'histoire s'enracine, bien avant la naissance de la Sécurité sociale, dans les valeurs de solidarité n'entend pas se laisser absorber par les règles du marché".

Une solidarité nécessaire à l'heure où "les déremboursements constants de soins génèrent une explosion des inégalités de santé, que les complémentaires ne parviennent plus à combler", écrit la journaliste Paule Masson. De surcroît, faute de moyens, de plus en plus de personnes sont obligées de renoncer à l'acquisition d'une mutuelle.

"Nous parlons d'accès aux soins, droits nouveaux. On nous objecte appel d'offres avec clause anticoncurrentielle et mieux disant économique. Cela montre bien que notre société a perdu tous ses repères et fait de la santé une marchandise comme les autres alors que nous, mutuelles, sommes attachés à la per­sonne", a déploré Thierry Beaudet, président de la MGEN.

De son côté, dans son intervention, le président de la Mutualité Française a demandé de disposer de "marges de manœuvre pour démontrer notre capacité à innover, à répondre concrètement aux besoins des populations, ce qui n'exclut pas une régulation du marché pour éviter que ceux qui sélectionnent les risques soient forcément les gagnants".

Frédéric Lavignette

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)