croix

Veuillez effectuer une recherche.

Veuillez effectuer une recherche.

Thierry Beaudet : « Les mutuelles prêtes à jouer un rôle plus important demain »

Dans un entretien aux Echos, Thierry Beaudet, le président de la Mutualité Française, réagit aux propositions de certains candidats à l'élection présidentielle sur le rôle des complémentaires santé. Les mutuelles, assure-t-il, sont prêtes à "jouer un rôle encore plus important demain, en complémentarité avec la Sécurité sociale, les professionnels de santé, les élus locaux".

Il y a d'abord eu les premières propositions de réforme du système de santé de François Fillon : une prise en charge des remboursements selon la nature des risques. A l'assurance maladie obligatoire la couverture des affections "lourdes", aux complémentaires santé celle des autres risques.

En réponse au représentant de la droite à l'élection présidentielle, les candidats de gauche rivalisent aujourd'hui d'initiatives pour "revoir le rôle des complémentaires" santé, voire en faire le "procès", note Solveig Godeluck dans Les Echos.

Et de citer Jean-Luc Mélenchon, qui "veut transférer à l'assurance maladie la totalité des remboursements et supprimer le reste à charge des assurés", Arnaud Montebourg et sa mutuelle publique à 10 euros, ou encore Manuel Valls et son idée de réduire le "rôle des financeurs privés" en supprimant le ticket modérateur pour certains soins.

Pour sa part, Benoît Hamon propose de clarifier les aides publiques à l'acquisition d'une couverture complémentaire, pour permettre à tous d'en bénéficier. Et Emmanuel Macron envisage de rembourser à 100% les prothèses dentaires, d'optique et d'audition.

"Promouvoir l'idée d'une « assurance maladie universelle » avec pour seul organisme une Sécurité sociale qui rembourserait à 100%, c'est un slogan hélas séduisant mais simpliste", observe Jean-Francis Pécresse dans Les Echos au sujet du "mauvais débat qui s'est engagé à gauche autour de la répartition des rôles dans l'assurance maladie". D'autant, ajoute l'éditorialiste du quotidien économique, que "depuis des années, ce sont les complémentaires qui étendent la couverture santé. Dans l'optique et le dentaire notamment".

Pour Thierry Beaudet, le président de la Mutualité Française, la question du financement de la santé, thème-clef de la campagne présidentielle, a le mérite de soulever un vrai débat. Pour preuve, fait-il valoir, "un euro sur deux des soins parmi les plus fréquents n'est déjà plus remboursé, en ville. En optique, la Sécurité sociale ne paie plus que 4% des frais".

En réalité, souligne-t-il, les mutuelles occupent "l'espace que droite et gauche confondues nous ont donné ces trente dernières années au fil des déremboursements et de la liberté tarifaire laissée aux professionnels, faute de moyens pour augmenter les tarifs de la Sécurité sociale".

Interrogé sur la proposition de Martin Hirsch, directeur général de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) et de l'économiste Didier Tabuteau de remplacer les complémentaires santé par l'assurance maladie obligatoire, il défend l'idée d'une assurance maladie obligatoire qui "doit demeurer le pilier de notre système de santé". Mais, objecte-t-il en réponse à cette "vision simpliste" qui "suscite la colère de mutualistes", "faire reposer sur elle 100% des remboursements est infaisable et insoutenable".

Les complémentaires et les ménages, indique-t-il, financent plus de 42 milliards d'euros de dépenses qui seraient transférées à l'assurance maladie obligatoire. Or, rappelle-t-il, son déficit a été de 4 milliards d'euros en 2016 et la dette sociale accumulée atteint 120 milliards.

Par conséquent, juge Thierry Beaudet, "la vraie entorse à la solidarité nationale, ce n'est pas l'existence des complémentaires, c'est cette dette qu'on reporte sur les générations futures !".

Quant aux critiques sur les frais de gestion des mutuelles, qui, tous organismes confondus s'élèvent à 6,8 milliards d'euros, le président de la Mutualité Française répond que ces dépenses sont bien utilisées : elles financent le tiers payant, "des plates-formes techniques pour étudier les devis qui permettent à l'arrivée de faire baisser de 30% les factures d'optique" ou encore des actions de prévention.

Sur l'ensemble de ces sujets, poursuit Thierry Beaudet, les mutualistes sont prêts à débattre. "Nous plaidons pour jouer un rôle encore plus important demain, en complémentarité avec la Sécurité sociale, les professions de santé, les élus locaux."

A lire aussi dans la presse

Frédéric Lavignette

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)